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La physiologie des fantômes, François-George Maugarlone

Ecrit par Cyrille Godefroy 25.11.16 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Récits, Christian Bourgois

La physiologie des fantômes, 228 pages, 15 €

Ecrivain(s): François-George Maugarlone Edition: Christian Bourgois

La physiologie des fantômes, François-George Maugarlone

 

Adepte du pseudonyme, de la discrétion, de l’édition confidentielle, François-George Maugarlone, né en 1947, s’applique à fuir le cirque médiatique et à brouiller les pistes, ne serait-ce qu’en réunissant sur la même page la philosophie et la dérision.

La tentation première de classer cette œuvre de l’écrivain goguenard se révèle délicate voire scabreuse. La physiologie des fantômes, comme son titre ne l’indique pas, n’est pas un traité scientifique ou un précis de scientologie, n’en déplaise aux manipulateurs de cellules ou aux maniaques du paranormal. Ce n’est pas non plus un roman à proprement parler, ni un essai ni un poème en prose ni même un pastiche pur mais l’entrelacs insolite de ces diverses formes d’écriture. Les élucubrations abrasives de François-George Maugarlone alimenteraient à la rigueur un genre rare et précurseur, celui des mémoires fictifs, tellement les aventures avariées de Levéritable, héros raté et jobard du récit, s’entremêlent à merveille à l’ironie amère et nonchalante de l’auteur.

Ce livre météore vaut avant tout par la qualité de sa langue et l’élégance de son style. Marivaudage salé entre la poésie et la loufoquerie, union décomplexée entre l’énigmatique et le métaphysique, amalgame sulfureux entre l’absurde et l’iconoclasme, La physiologie des fantômes est un saphir farci d’ellipses, un fragment littéraire où rien ne se passe réellement mais dont la phrase, ruisseau de mots cristallin, hypnotise le lecteur et l’attire inexplicablement vers le clapotis de la phrase suivante. Serait-ce là le miracle de l’écrivain ?

Armé d’une plume acerbe, Maugarlone, au gré des aléas amoureux de son obscur morosophe Levéritable, raille les affèteries de l’intelligentsia française. Il assaisonne plus spécialement les politiciens et les philosophes qu’il fait passer avec une attique élégance, au mieux pour des olibrius grotesques, au pire pour de colossales andouilles. Il les affuble de noms saugrenus (Dieuringard, Grosmiterre, Propriol, Merloir de Beauvartre, Broutechoux…) et leur fait tenir un discours dont la grandiloquence le dispute à la vacuité.

De ce gloubi-boulga persifleur et impertinent, truffé de subtilités, de paradoxes résolus et de jeux lexicaux, se détachent quelques saillies savoureuses : « Je ne vous trompe pas, je vous complète », « Décidément, l’amour est fondulaire », « D’être trop parfaite leur union ressemblait à une conclusion », « L’imprévu a quelque chose d’impertinent quand il paraît prémédité », « L’assouvissement ne va pas sans la sensation de la chute », « Ce qui reste de l’attente, c’est le socle des calvaires », « L’oisiveté me travaille ».

Certes, quelques platitudes ou hermétismes écorchent sporadiquement la mélodieuse symphonie de cette cocasserie pataphysique qui n’en demeure pas moins une tentative sérieuse et profonde d’approcher le mystère de l’existence et d’en saisir l’harmonie secrète.

 

Cyrille Godefroy

 


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A propos de l'écrivain

François-George Maugarlone

 

Né en 1947, lycéen brillantissime dont le premier livre parut quand il avait 17 ans, François George conjugue sa vocation de philosophe et d’essayiste avec une carrière de haut fonctionnaire parlementaire. Ses essais sur Sartre, sur Arsène Lupin ou contre Lacan (L’Effet ‘Yau de poêle), son Histoire personnelle de la France sont les jalons marquants d’une œuvre originale et puissante. Depuis dix ans, il a écrit, sous le nom transparent de Maugarlone, des ouvrages consacrés à François Mauriac, Jankélévitch et Merleau-Ponty, et signé dans la presse de nombreux articles.

 

A propos du rédacteur

Cyrille Godefroy

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Rédacteur

Ecrivain dilettante de 42 ans (pièces de théâtre, nouvelles, critiques littéraires). Fabricant d’étrange le jour, créateur d’irrationnel la nuit, semeur d’invraisemblance le reste du temps. Les mots de Beckett, Ionesco, Cioran, Tchékhov, Kundera, Bobin s’entrechoquent dans sa caboche amochée comme des cris en forme de points de suspension.

Ses publications : Tout est foutu, réjouissons-nous (L’Harmattan, 2015), Les vacances de Markus (Mon petit éditeur, 2014), Le jeu du désespoir (Edilivre, 2014), L’errance intérieure (La cause littéraire, 2014).