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La part de l'homme, Kari Hottakainen

Ecrit par Sophie Adriansen 17.05.12 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Roman, Pays nordiques, Jean-Claude Lattès

La part de l’homme, trad. finnois par Anne Colin du Terrail, 2011, 290 p. 19,80 €

Ecrivain(s): Kari Hotakainen Edition: Jean-Claude Lattès

La part de l'homme, Kari Hottakainen

« L’écrivain n’existe qu’à travers ses livres » (page 155).

Parce qu’il a l’impression de ne plus exister, alors même qu’il en a désespérément besoin, l’écrivain imaginé par le Finlandais Kari Hotakainen propose un étrange marché, dans cette foire du livre où il la rencontre, à Salme, âgée de 80 ans, dont l’activité, lorsqu’elle travaillait encore, consistait à vendre des boutons.

En échange de 7.000 euros, elle lui racontera sa vie. Lui en fera un livre.

Salme Malmikunnas a besoin d’argent. Elle accepte.

L’idée de départ est improbable, comme le sont souvent celles qui font les grands livres – improbable, mais ici fascinante. De son développement, que l’auteur organise autour d’une galerie de personnages qualifiés selon leur rôle à un moment précis de l’intrigue, Kari Hotakainen fait une histoire formidable, une histoire de famille tragique mais riche.

Les antihéros, bourrés de défauts et de traumatismes, évoluent tant bien que mal dans une société qui ne convient jamais, et qu’ils subissent.

« Qui ne s’est jamais soudain demandé, au milieu d’une fête d’entreprise dont il voulait pourtant être, qu’est-ce que je fais là, d’où sortent tous ces costumes et ces tailleurs pleins de chair tremblotante et gorgée d’eau, d’où viennent ces cliquètements et ces claquètements, de ces verres à cocktails où de cerveaux en ébullition épuisés par un long automne fait de nouvelles idées et rencontres, de rapports, de groupes de travail et de réunions sans fin au cours desquels chacun est sûrement resté au moins une fois, un jour, à fixer un sandwich sans vie abandonné sur un plateau de bois design, sa tranche de jambon s’imbibant des derniers sucs d’une rondelle de poivron ? » (page 55).

 

Si rien dans La part de l’homme ne sonne faux, les séquences dans le monde de l’entreprise sont d’une justesse époustouflante.

Et il s’installe, au fil des pages, un suspense jouissif, alimenté par la découverte des secrets des différents protagonistes sans que jamais le fil conducteur ne soit trop loin.

Quant à la révélation du double sens du titre… Elle constitue un moment aussi fort qu’inévitable.

 

« Mieux vaut choisir avec soin le drapeau qu’on brandit. Il a intérêt à être assez grand pour servir de tente au besoin » (page 197).

 

Ce roman pose beaucoup de questions sur les rapports aux autres et la force des liens du sang : comment s’accommoder des écarts qui se creusent entre membres d’une même famille ? comment se défaire de l’obligation d’être à la hauteur ? de quelle façon cette obligation naît-elle, si personne d’autre que soi n’en est à l’origine ?

Il interroge également sur le rôle de l’écriture, les libertés que peut prendre l’écrivain avec la réalité, sa responsabilité.

 

« L’écrivain rentra chez lui, transcrivit l’enregistrement, relut ses notes et s’attela à bâtir une histoire. Il savait la tâche difficile, mais réalisable. Il incorpora à son récit tout ce qu’il connaissait du monde, ou ne faisait même qu’en pressentir » (page 154).

 

Une très belle découverte récompensée par le prix Courrier International en octobre dernier.

 

Sophie Adriansen

 

Livre déjà recensé sur La Cause littéraire

http://www.lacauselitteraire.fr/la-part-de-l-homme-kari-hotakainen.html


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A propos de l'écrivain

Kari Hotakainen

Kari Hotakainen, né en 1957 à Pori, en Finlande, est considéré comme l'un des auteurs les plus talentueux et originaux de sa génération.

Son œuvre compte de la poésie, des pièces de théâtre, de la littérature jeunesse et plusieurs romans, dont Rue de la Tranchée, qui a remporté en 2002 le Finlandia Prize, puis le prestigieux Prix de littérature nordique.

Avant de devenir écrivain à plein temps, il a été journaliste et rédacteur publicitaire. Il se consacre aujourd'hui à son œuvre littéraire et vit avec sa femme et ses deux enfants à Helsinki.


A propos du rédacteur

Sophie Adriansen

 

Sophie Adriansen est l'auteur de plusieurs ouvrages en littérature générale et en littérature jeunesse, notamment Je vous emmène au bout de la ligne (Max Milo), Trois années avec la SLA (Editions de l'Officine), Un meeting (StoryLab), J'ai passé l'âge de la colo ! (Editions Volpilière), Louis de Funès - Regardez-moi là, vous ! (Editions Premium), Quand nous serons frère et sœur (Editions Myriapode). Ses nouvelles ont été publiées en recueils et dans différentes revues.

Elle participe à des jurys littéraires et tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit.

www.sophieadriansen.fr

 

http://www.lacauselitteraire.fr/j-ai-passe-l-age-de-la-colo-sophie-adriansen J'ai passé l'âge de la colo !