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La garçonne et l’assassin, Fabrice Virgili, Danièle Voldman

Ecrit par Patryck Froissart 30.08.13 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Petite bibliothèque Payot, Roman

La garçonne et l’assassin, mai 2013, 198 pages, 8,65 €

Edition: Petite bibliothèque Payot

La garçonne et l’assassin, Fabrice Virgili, Danièle Voldman

 

« Que pouvait faire un déserteur recherché dans le Paris de 1915 ? Comment le fugitif se cacherait-il au milieu de cette ville à deux doigts d’avoir été prise par les armées ennemies (…) ? De quelle façon disparaître alors que la vie quotidienne des Parisiens, tendus vers les nouvelles du front, était rythmée par les communiqués militaires et l’attente des listes des morts, des blessés et des disparus ? »

Pour échapper aux recherches des autorités militaires après avoir déserté du front dix mois après le déclenchement de la première guerre, le citoyen Paul Grappe se travestit, devient Suzanne, et vit tranquillement avec Louise, qu’il a épousée quatre ans plus tôt.

Dès la promulgation de la loi d’amnistie de 1925, il/elle reprend son identité, et connaît pendant quelques années une célébrité médiatique dont il/elle profite pour donner libre cours, tout en cultivant sa nature androgyne, à son penchant, qu’il/elle tente de faire partager par sa femme, pour les situations hétéro et homo sexuelles considérées à l’époque comme déviantes par la majorité de la population.

Mais le public se lasse de ses frasques.

Une fois les projecteurs détournés de sa personne, ne supportant pas de retomber dans l’anonymat, Paul-Suzanne devient ivrogne et violent, ce dont pâtissent sa femme et son enfant.

Cela finira mal, on le pressent.

C’est un patient travail de recherche et de reconstitution qu’ont mené les auteurs pour faire découvrir au lecteur friand des petites histoires de l’Histoire l’extravagant destin de Paul et de Louise.

Leur souci de restituer le moindre détail trivial de la vie quotidienne populaire d’entre les deux guerres, le réalisme avec lequel ils recréent le contexte en se référant avec pertinence aux documents issus de fouilles qu’on devine passionnées dans les archives journalistiques, leur volonté de faire voir au plus près la vérité en insérant dans le texte des témoignages, des fac-similés, des photographies authentiques des personnages et des lieux, conjugués avec un indéniable talent de conteurs et de solides connaissances d’historiens, confèrent à cet ouvrage original un double caractère, documentaire et romanesque, scientifique et littéraire.

Alors que le titre évoque l’émancipation féminine consécutive à l’absence de l’homme au foyer et à l’hécatombe des maris et des pères pendant la Grande Guerre (on pense immédiatement à La Garçonne de Victor Margueritte ou à l’ambiguïté sexuelle que développe publiquement Colette), en filigrane du texte sont posés des problèmes, récurrents, de société, qui débordent largement du cadre spatio-temporel du récit pour rejoindre ceux qui agitent régulièrement notre actualité.

Sexe et morale, culture médiatique du fait divers et du sensationnel, versatilité de l’opinion publique et, en corollaire, caractère éphémère et fragile de la célébrité, dualité et ambiguïté du genre en la nature humaine, relations de couple, alcoolisme, violence et misère sociale, controverse sur la notion de devoir patriotique et sur l’objection de conscience, toutes ces questions traversent le récit et lui donnent l’épaisseur qui caractérise généralement les volumes de la collection Histoire de la toujours intéressante Petite Bibliothèque Payot.

 

Patryck Froissart

 


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A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Patryck Froissart, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis proviseur, et de diriger divers établissements à La Réunion et à Maurice. Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix. Il est membre de la SGDL, de la SPAF, de la SAPF.

Il a publié : en 2011 La Mise à Nu, un roman (Mon Petit Editeur); en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ipagination Editions), Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Editions iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Editions iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF; en février 2018, La More dans l'âme, un roman (Ipagination Editions); en mars 2018, Frères sans le savoir, Bracia bez wiedzy, Brothers without knowing it, un récit trilingue (Editions CIPP).