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La France d'Alphonse Boudard, Pierre Gillieth

13.12.11 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Biographie, Essais

La France d’Alphonse Boudard, (Avant-propos de Michel Déon de l’Académie française), Editions Xenia (Coll. La France de), 139 p, 14 €

Ecrivain(s): Pierre Gillieth

La France d'Alphonse Boudard, Pierre Gillieth

 

Alphonse Boudard est peut-être quelque peu oublié. Cependant que les amateurs de style et de faconde continuent à le révérer.

Un style épris d’argot, travaillé et à nouveau travaillé, jusqu’à être sans doute réinventé, à la manière de Céline, dont Alphonse Boudard était en effet grand admirateur et qu’il avait rencontré à plusieurs occasions par l’intermédiaire d’Albert Paraz, qui fut son ami, son compagnon en tubardise, celui qui, ayant repéré son talent, l’aida autant qu’il le lança dans le monde des lettres. Mourir d’Enfance fut primé par l’Académie française.

Décoré de la Croix de guerre avec étoile d’argent pour son comportement héroïque à la bataille de Colmar, Alphonse Boudard connut toutefois la prison, où il fit régulièrement du séjour, condamné pour fausse monnaie et fausses cartes de restriction, braquage et « refourgue de photos et films cochons ». Il fréquenta la truanderie, les « potes à la sauce scoumoune » dont il tira de truculents portraits, tout en rétablissant la vérité, crue et sordide, loin de la légende, façon polar ou Série noire, qui les nimbe.

Il fut aussi dans le cinéma. Comme figurant dans Quai des orfèvres. Comme dialoguiste du Rififi à Paname, du Soleil des voyous, du Tatoué… En adaptant ses romans, Le corbillard de Jules. En collaborant avec Michel Audiard, avec lequel, on n’en sera pas étonné, passa le courant, ou encore Claude Sautet.

Alphonse Boudard, c’est un monde, le monde d’avant l’actuelle asepsie généralisée, le temps des maisons closes et des ribaudes, d’un Paris qui était encore Paname, le temps d’une France que la correction politique n’avait pas anémiée, où « on était machiste, raciste, sexiste… et, en toute liberté, en toute candeur », où Bernard-Henri Lévy et Attali n’avaient pas sévi, où les médias n’étaient pas, ni la télévision qui « vous coince les crottes au cul, plus personne n’ose aller aux gogues pendant l’émission vedette… ».

Composée de courts chapitres, foisonnante d’anecdotes, sérieusement référencée, d’une écriture pleine d’alacrité, La France d’Alphonse Boudard de Pierre Gillieth est une invitation à découvrir, à relire, une œuvre qui assortit verve et profondeur de pensée.


Arnaud Bordes


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A propos de l'écrivain

Pierre Gillieth

Né en 1970, Pierre Gillieth collabore à la presse culturelle et musicale. Il a écrit plusieurs livres (histoire, romans, musique) dont un roman salué par Michel Déon et A.D.G.