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La fille dans l’escalier, Louise Welsh

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 19.02.15 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Polars, Roman, Métailié

La fille dans l’escalier (The Girl on the Stairs), octobre 2014, traduit de l’anglais (Écosse) par Céline Schwaller, 256 pages, 18 €

Ecrivain(s): Louise Welsh Edition: Métailié

La fille dans l’escalier, Louise Welsh

 

 

La fille dans l’escalier est un thriller original et inquiétant, la plongée dans la folie d’une future mère, persuadée de pouvoir sauver une gamine paumée, au détriment de sa propre vie et du devenir de son enfant à naître.

Jane est Anglaise. Elle a suivi sa compagne Petra à Berlin, sa ville d’origine. La voici coupée de son univers, sans travail, enceinte de six mois, dans un appartement de luxe certes mais isolée et désœuvrée. Son allemand est plus que rudimentaire et elle a du mal à communiquer avec les habitants. Ce n’est pas la présence de son jovial beau-frère ou de sa belle-sœur, mère épanouie mais effacée, qui peuvent remplir ses journées. Petra travaille beaucoup et les accrochages deviennent réguliers. Sautes d’humeur liées à la grossesse ? Bizarrerie profonde de Jane ? Le lecteur la voit glisser peu à peu dans un monde de soupçons, d’hypothèses et d’actions irréfléchies jusqu’à tourner à l’obsession.

Car Jane s’est trouvé un centre d’intérêt : Anna, sa toute jeune voisine, lolita haut perchée et ultra-maquillée qui refuse les contacts et se faufile dans l’immeuble désaffecté qui jouxte le leur. Son père, Alban Mann, médecin réputé et voisin mielleux, s’occupe seul de sa fille ; la mère ayant disparu dans des circonstances inconnues. Une nuit d’insomnie, Jane entend des bruits sourds dans leur appartement, mitoyen du sien, puis des voix stridentes et enfin des insultes destinées à Anna. À partir de ce moment, à défaut de pouvoir convaincre Anna de se faire aider, Jane se lance dans une enquête pour prouver que Mann est un père abusif et peut-être bien l’assassin de sa femme.

« Jane pressa ses doigts sur son ecchymose. Ce n’était peut-être pas Anna. La nuit était froide et il y avait plein de clochards à Berlin. Mais la possibilité qu’il s’agisse de la fille rivait Jane à la faible lueur. Qu’est-ce qui pouvait persuader une enfant de se cacher dans un bâtiment abandonné parmi les fientes de pigeons et les cavalcades de rats ? Que pouvait-il y avoir de si terrible pour préférer la compagnie des fantômes à son foyer ?

Jane caresse son ventre à travers le tissu doux de la couverture. La première préoccupation d’une mère était son propre enfant. La lumière scintilla, faible et persistante comme la lanterne d’un naufrageur. Seule une idiote mettrait la vie de son enfant à venir en danger pour le leurre d’une flamme tremblotante ».

Petra, son frère Tielo, le docteur Mann, même la police cherchent à montrer à Jane à quel point elle se fatigue, elle est perturbée par ses idées délirantes mettant en péril sa grossesse. De sorties nocturnes en repérages dans les cimetières, Jane rencontre des inconnus qui se révèleront les acteurs de ce drame caché et pousse les uns et les autres à délivrer leurs secrets. Sa détermination est sans faille et le lecteur voit avec fascination et crainte ses actes devenir de plus en plus audacieux et insensés, les soins qu’elle s’apporte se réduire jusqu’à ne plus manger.

« Dans les contes de fées, les mères attiraient des malédictions sur leurs bébés aussi sûrement que la mer attirait les tempêtes. Elles oubliaient d’inviter une sorcière à un baptême ou privaient sans le vouloir un troll de sa dîme, et c’était l’enfant qui en subissait les conséquences. Même laisser un bébé tout seul dans son berceau revenait à provoquer une catastrophe. Les histoires n’étaient que des histoires, mais elles s’inspiraient de la réalité. Pères tyranniques et marâtres cruelles, enfants abandonnés et épouses assassinées, telles étaient les matières premières des légendes, mais aussi de la vie ».

Louise Welsh oriente savamment les informations délivrées, toujours du point de vue de Jane, mettant le lecteur dans l’impossibilité de savoir ce qui est plausible ou pas dans cette histoire de vivants hantés par des fantômes. Elle construit également avec réussite la formidable présence de cet immeuble abandonné, plongé dans l’obscurité la plus totale où tout peut se passer, où des crimes ont pu être commis et peuvent se produire encore. Il envahit de son ombre la chambre de l’enfant, à l’image des ténèbres qui gagne l’esprit de la mère. De quoi est capable cette femme convaincue de lutter pour le bien d’une enfant ?

Habilement mené et écrit, La fille dans l’escalier donne un visage nouveau au genre, démontrant la puissance de l’imagination dans sa création même comme dans l’aventure vécue par son héroïne, aux confins de la folie meurtrière et de l’amour maternel.

 

Myriam Bendhif-Syllas

 


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A propos de l'écrivain

Louise Welsh

 

Louise Welsh est née en 1965 à Glasgow. Après des études d’histoire, elle dirige une librairie pendant de nombreuses années avant de se consacrer à plein temps à l’écriture. Traduite dans plus de vingt langues, elle est l’auteur de plusieurs best-sellers et a reçu le prix du Crime Writer’s Association Creasey Dagger et le Saltire First Book Award. Elle écrit également pour le théâtre, la radio et l’opéra. Sont publiés aux éditions Métailié Le Tour maudit (2007) et De vieux os (2011).

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.