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La Dernière Œuvre de Phidias, Marilyne Bertoncini

Ecrit par Pierre Perrin 23.05.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Encres vives

La Dernière Œuvre de Phidias, 2016, 16 pages, 6,10 €

Ecrivain(s): Marilyne Bertoncini Edition: Encres vives

La Dernière Œuvre de Phidias, Marilyne Bertoncini

Après l’édition numérique de Labyrinthe des nuits chez Recours au poème, l’an dernier, que j’avais commenté dans le n°5 de Possibles, Marilyne Bertoncini publie La Dernière Œuvre de Phidias, une sorte d’épopée concise, en une douzaine de pages.

Dans un avertissement, elle précise que « le mystère de cette vie, toute tournée vers une quête d’absolu et de réalisme, de cette vieillesse – solitaire – de proscrit, m’a longtemps fait rêver à cette fin de Phidias et à celle de sa dernière œuvre, dont il me plaît de penser qu’elle est à portée de main ».

Le départ de ce poème ample malgré sa concision convoque… « la caresse / de ton nom ». Dès la seconde page, « la voix d’un enfant s’élève dans le soir / et les deux syllabes de ton nom s’élancent ». Pour quelle raison ce double est-il convoqué ? Opérer un dédoublement partiel, sans doute tandis que la poète reste seule à la manœuvre, à « l’improbable conjonction de / l’éphémère à l’éternel » et que la traversent des catastrophes anciennes, telles ces « Momies de Pompéi / muettes abandonnées à la cime du cri ». L’espace même est incertain, Ostende, Brighton, écrit-elle par deux fois. Rien ne tient : « les lieux sont fuyants plus que le sable même », à la façon des êtres : « Phidias dont le pas jamais ne se pose […] et la voix de l’enfant / à jamais suspendue / entre les deux syllabes de son nom ».

C’est un des mystères de ce bel opuscule, comme en laissent derrière eux les savants, une incertitude qui ajoute à la fascination qu’exerce sur le lecteur le poème de Marilyne.

Cependant, du marbre vient le salut, par le mouvement. « La matière fait signe / au sculpteur ». Le recueil pourrait ici s’étoffer. Revient l’enfant, pour mieux disparaître. Marilyne Bertoncini a pour le dire des vers de génie : « Les ombres s’évaporent avec l’odeur des roses // Sur l’arbre / une cigale / cisèle le silence ». Un troisième personnage affleure aussi les pages de cette épopée d’un souffle, ainsi que quelques citations extraites de L’Odyssée, traduite par Victor Bérard, et d’autres tirées d’Héraclite dans une traduction de P. Dumont pour la Pléiade.

Savant et d’accès aisé à la fois, ce bref volume conduit à rêver sur les traces de Phidias, sur ce qu’il demeure d’un être, quand même son œuvre serait mangée par le temps. L’invention des souvenirs, à travers l’espace et le temps confondus, c’est une façon de poète d’accompagner ces « oracles que les dieux cachent dans la nature ». Marilyne est de cette taille-là, qui, tel René Char, ne se courbe que pour aimer.

 

Pierre Perrin

 


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A propos de l'écrivain

Marilyne Bertoncini

 

Née dans les Flandres, Marilyne Bertoncini vit entre Nice et Parme,  manière pour elle d'habiter les marges. Docteur en Littérature et spécialiste de Jean Giono dans une autre vie, elle est l'auteure de nombreuses critiques littéraires et d'articles sur la pratique pédagogique. Après avoir enseigné la littérature, le théâtre et la poésie, elle  se consacre désormais à sa passion pour l'art, le langage et la photo, collaborant avec des artistes plasticiennes et traduisant des poètes du monde entier. Ses traductions, ses articles,  photos et  poèmes (également traduits en anglais et en bengali) paraissent dans des revues françaises et internationales, dont La Traductière, Recours au Poème, Autre Sud, Subprimal, Cordite, The Wolf... et sur son blog où dialoguent textes et photos en cours d'élaboration : http://minotaura.unblog.fr.

Sa traduction, Tony's Blues de Barry Wallenstein, et son premier recueil, Labyrinthe des Nuits, sont parus chez Recours au Poème éditeurs . A paraître en 2015, l'édition des poèmes de Martin Harrison, et de Ming Di.

Rédactrice de la Cause Littéraire

A propos du rédacteur

Pierre Perrin

 

Pierre Perrin habite le pays de Courbet. Il a créé la revue Possibles, 22 numéros de 1975 à 1980, dont les n° spéciaux Jean Breton, Éroticothèque et Yves Martin. Il a publié une vingtaine d’ouvrages depuis 1972, notamment Manque à vivre, un choix de poèmes en 1985, un autre avec La Vie crépusculaire, chez Cheyne [prix Kowalski de la ville de Lyon en 1996]. Il a donné au Rocher un bref essai critique : Les Caresses de l’absence chez Françoise Lefèvre. Ces trois ouvrages sont épuisés. Mais on peut encore trouver, au Cherche Midi, Une mère, le Cri retenu en 2001, un récit sans concessions.

Il a aussi publié de courts essais et des nouvelles ainsi qu’une bonne centaine de notes de lecture dans Autre Sud, Lire, Poésie1/Vagabondages, dont une trentaine, entre 1999 et 2008, dans La Nouvelle Revue Française.

Il publie désormais essentiellement sur le net où il tient à jour son propre site qui donne aussi à lire, à l’occasion, quelques invités : http://perrin.chassagne.free.fr

 

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