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La Dédicace, Leila Bouherrafa (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel 06.06.19 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Allary Editions, Roman

La Dédicace, janvier 2019, 288 pages, 18,90 €

Ecrivain(s): Leila Bouherrafa Edition: Allary Editions

La Dédicace, Leila Bouherrafa (par Tawfiq Belfadel)

 

Paris : la ville des solitudes

La Dédicace est l’histoire d’une jeune fille qui vit à Paris. Elle mène une vie solitaire et morne. Même Paris est dans ses yeux une ville de solitudes, de saletés, et de misères.

La jeune fille va publier son premier roman, l’éditrice lui donne trois jours pour trouver une dédicace avant d’envoyer le livre à l’imprimerie.

« J’avais donc écrit un roman et voilà. Des formalités. J’aurais voulu qu’il se passe quelque chose. Que Paris se mette à trembler. J’avais écrit un roman, 172 pages, des milliers de mots, quelque chose avec un commencement, une fin » (pp.23-24).

Durant ces trois jours, elle rencontre sa mère, sa sœur, son amie, toutes solitaires. La ville lui donne la nausée. Rien n’est plus important pour elle autant qu’une dédicace. Dans un bus, elle tombe sur un numéro auquel manquent deux chiffres. Elle fait tant d’appels en ajoutant des chiffres au hasard pour compléter le numéro.

Le temps passe et elle n’a aucun nom en tête. Les solitudes se multiplient. A qui dédicacera son roman, cette écrivaine solitaire ? Le roman peint le thème de la solitude à travers un angle contemporain. Ce n’est plus l’héroïne cloîtrée dans sa chambre ou le héros assis face à la mer toute la journée. La jeune romancière vit seule, n’a pas d’amant, et personne ne l’appelle au téléphone. Elle passe ses jours en piétinant dans un Paris qui, malgré ses milliers d’habitants et de passants, amplifie la solitude. Piétiner pour combler la solitude et l’insignifiance de l’existence.

« Paris me fait vomir. Je me sens nauséeuse. Comme quelqu’un qui a trop bu » (p.217).

L’auteure pose une question philosophique profonde à travers une intrigue simple : pourquoi dans un Paris immense les solitudes sont immenses ? Le roman présente une anti-héroïne. Tout lui semble insignifiant dans la vie, hormis dormir et fumer.

« D’ordinaire, je ressentais jusque dans ma chair la futilité de toute existence, à commencer par la mienne. Je savais que j’étais insignifiante. C’était inscrit au fer rouge dans mes veines et ça se disséminait partout dans mon organisme » (p.97).

Le lexique du personnage est cynique, nourri de mots familiers. Cela permet de montrer le caractère antipathique de l’anti-héroïne. Les personnages ne sont pas nombreux.

La Dédicace est un roman qui miroite la vie de trois jours d’une romancière solitaire qui a le mal de vivre. C’est aussi une sorte d’hommage à une catégorie de personnes qui piétinent pour lutter contre la solitude et l’insignifiance de l’existence.

 

Tawfiq Belfadel

 


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A propos de l'écrivain

Leila Bouherrafa

 

Leila Bouherrafa a 29 ans. Elle enseigne le français dans une association qui accueille de jeunes réfugiés. La Dédicace est son premier roman.

 

A propos du rédacteur

Tawfiq Belfadel

 

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Jeune écrivain algérien de langue française, auteur de Kaddour le facebookiste (éd. Edilivre). A suivi des études de Lettres à l’université de Mostaganem.