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La Comtesse de Ségur ... et nous !, Collectif

Ecrit par Christian Massé 08.02.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais

La Comtesse de Ségur… et nous ! Ouvrage collectif, Editions Le Jardin d’Essai, 2012, 175 p. 18 €

La Comtesse de Ségur ... et nous !, Collectif

 

Qui se souvient d’avoir lu ou d’avoir eu à lire un roman de la Comtesse de Ségur ? La réponse est imprécise, comme le sont parfois certaines couleurs, bleue, grise ou rose.

Pourtant, ce nom-là a en chacun de nous une résonnance familière. La raison en est simple : à l’école primaire, tout petit, le maître ou la maîtresse nous a fait connaître Les malheurs de Sophie, Les mémoires d’un âne, etc.

Depuis, bien des auteurs/res et des livres sont passés sous le pont de nos rivières assoiffées de lectures… Mais il suffit de relire l’un des innombrables titres de la Comtesse pour ressentir ce que Marcel Proust éprouva et développa avec sa petite madeleine trempée dans une tasse de thé : Les petites filles modèles, Pauvre Blaise, La sœur de Gribouille…

Il ne faut pas se raconter d’histoire. Née en Russie en 1799, Sophie Rostopchine, dite Comtesse de Ségur, s’est révélée une romancière digne d’être considérée comme une écrivaine française ayant donné aux femmes leurs premières vraies lettres de noblesse. Sans aucun doute, elle a influencé Colette (et ses Claudine…), George Sand (Contes d’une grande mère…), Marguerite Yourcenar (Souvenirs pieux). Elle est décédée à Paris en 1874.

N’est-ce pas surprenant et élogieux que Simone de Beauvoir ait reconnu dans ses célèbres Mémoires d’une jeune fille rangée « La simplicité des dits repères : les bons sont bons, les méchants, méchants, bien qu’ils se repentent parfois, les bons sont récompensés et les méchants sont punis. Il n’arrivait de mésaventures qu’aux gens ridicules et stupides ».

Conteuse – écrivaine prolixe, elle met en scène, dans des scénarios multiples… l’enfance dans le monde des adultes où se croisent tous les caractères de l’espèce humaine, que celle-ci soit riche ou pauvre.

Ce qu’en dit la compagne de Jean-Paul Sartre mérite notre attention, aujourd’hui, à propos de la place de l’enfant dans notre société, quant à ses nécessaires stades de développement dans un cadre familial bien défini. Force est de constater que la notion d’enfant roi, notion que l’on peut considérer comme une dérive pernicieuse de celle, révolutionnaire et incontestable, de Françoise Dolto, le bébé est une personne, a engendré une certaine inversion des rôles parents-enfants. Il est courant d’entendre parler de parents qui ont « baissé les bras », et d’enfants tyranniques.

Certes, ce n’est pas une majorité, mais le phénomène est considéré comme un phénomène sociétal dans la mesure où enfants et adolescents n’ont plus les repères traditionnels d’identification et d’épanouissement personnel.

Les spécialistes de l’enfance et de l’adolescence ont été les premiers à alerter les pouvoirs publiques – c’était un minimum – sans pouvoir proposer de solutions réparatrices. De nombreux collèges et lycées sont devenus de véritables petits enfers, se lamentent les enseignants d’aujourd’hui.

Par ailleurs, dans le débat politique engagé ces temps-ci à propos du mariage des homosexuels/les et de l’adoption par eux et elles d’un enfant à qui on ne demandera pas son avis, on peut trouver dans la relecture de l’œuvre toute en verve et écrite avec aisance de la Comtesse de Ségur des pistes de réflexion : les propos de Simone de Beauvoir sur l’écrivaine aristocrate au grand cœur, peuvent nous y engager.

Certes, notre société n’est pas celle qui a inspiré la Comtesse de Ségur. Elle a évolué, comme il convient de dire. Et elle continue à le faire : on peut prétendre que, dans ses bouleversements, un minimum de repères solides soient les bienvenus !

Pour le plaisir du lecteur, jeune ou moins jeune, et des parents, revisiter cette œuvre immense, en effet, peut constituer un moment original d’émotions, de sourires, d’éclats de rire, de clairvoyance et de nostalgie amusée ! Souvenons-nous de :

– Blondine qui cueille des fleurs à ne plus savoir qu’en faire, piégée par Gourmandinet pris à son propre piège à son tour !

– Marianik, malingre et dégourdie, qui vit dans une roulotte à Mantes-la-Jolie, ville qu’elle ne trouve pas du tout jolie !

– Blaise, pauvre mais honnête, fasciné par les flammes des fours à chaud, véritables tabernacles de conversion !

– Gribouille, penaud attendant on ne sait quoi sous une pluie battante !

– Les deux nigauds ? On se croirait chez les frères Marx, Laurel et Hardy, les Simpson !

– Giselle, fillette outrageusement gâtée par des parents désunis, qui, adulte, s’en mordra les ongles malgré leur vernissage !

– Etc.

– Sans oublier Cadichon, dont la vie de souffrances est écrite à la première personne, comme par identification à un autre âne, biblique celui-là : Balthazar !

Bien mal acquis ne profite jamais !

 

Christian Massé

 

http://jardindessai.free.fr

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A propos du rédacteur

Christian Massé

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Rédacteur


Christian Massé, la soixantaine, vit installé en Touraine depuis 1990, après dix huit années passées à Paris. Marié, père de cinq enfants.

A publié :


Entre noir à Jean-Jaurès, éd. Denis Jeanson, 1997.
Le Drôle-au-diable, récit, éd. Le Temps des Cerises, Paris, 2001.
La mesure du temps, anthologie, éd. Denis Jeanson, 2004, épuisé.
La Loire dans tous ses ébats, nouvelle ligérienne, éd. Le Petit Pavé, Brissac, 2007.
La dernière nuit de Josepha, roman, éd; Le Temps des Cerises, 2008.
Les troubadours dans la ville, ouvrage collectif (? De la plume à la dague ?, nouvelle de CM) édité par le

La mesure du temps, anthologie, éd. Denis Jeanson, 2004, ré-édité en 2012.

Le mauvais génie, nouvelle, façon Oulipo, La comtesse de Ségur et nous, ouvrage collectif, éd. Le Jardin d'Essai.

La colère des imbéciles remplit le monde. Opuscule sur l'écrivain Georges Bernanos, à partir de son essai "Les grands cimetières sous la lune". BNF 2013.

Lettres de Lucien Gerfault à son père, roman épistolaire, éd. Antya, 2013.

Et Siroco nous était conté?Récit d'un séjour effectué en mer Méditerranée sur le vaisseau de guerre SIROCO, du 9 au 14 juin, éd. Antya,2013.

Palestine...Terre sainte, Terre souffrante.Opuscule d'une conférence tripartite organisée par la paroisse de Saint Côme en Loire en octobre 2010. Ed. Antya.

Le temps ininterrompu, anthologie, éd. Antya, 2014.

Consuelo, c'est moi, récit critique, "Lire George Sand", ouvrage collectif, éd. Le Jardin d'Essai, 2014.

Le temps numérique, anthologie (chroniques littéraires numériques), éd. Antya, 2015.

L'atelier de l'avenue du Maine, adaptation théâtrale du roman de Marguerite Audoux, "L'atelier de Marie-Claire", éd. Le Jardin d'Essai, 2015.

Le Journal retrouvé, récits auto biographiques, auto édité, 2016.

Les genêts, éd. Antya, 2017, ré édition (1ère édition: Les Lettes Libres, 1986)

La dernière nuit de Josepha, roman, éd. Antya, 2017, ré édition (1ère édition: Le Temps des cerises, 2008)

Flaure, peintre du figuratif,éd. Les Dossiers d'Aquitaine, collection Beaux livres. 2018

 

A été membre de l'Union des écrivains, pendant 15 ans.
Membre de la Société des Gens de Lettres (depuis fin décembre 2010)

- Animateur de rencontres littéraires et artistiques (Tours).

- Président de l'association Les Arts en écho !


Président de l'Association littéraire La Plume ligérienne (organise des soirées littéraires dans des lieux non institutionnels)