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La chienne de l'ours, Catherine Zambon

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 04.05.12 dans La Une Livres, Les Livres, Actes Sud Junior, Recensions, Jeunesse, Roman

La Chienne de l’ours, mars 2012, 57 pages, 7,80 €

Ecrivain(s): Catherine Zambon Edition: Actes Sud Junior

La chienne de l'ours, Catherine Zambon

 

La Chienne de l’ours contient un aveu qui dépasse tous les autres, un fleuve d’émotions qui déferlent et laissent le souffle coupé. Dans son corps trop grand, trop fort, trop lourd, la jeune narratrice étouffe et renferme des pensées qui l’effraient, des sentiments qui l’affolent, des sensations qui la font vaciller. En une course éperdue, elle va chercher à se perdre, à gagner de la distance sur les vérités qu’elle ne veut pas accepter : « ce je-ne-sais-quoi de honteux qui me rend étrangère à moi-même ».

Laissant derrière elle, la fête de Léo, « l’immense bête cannibale » qu’est le lycée, sa famille, elle disparaît dans la nuit. Elle marche de son pas d’ourse jusqu’à l’épuisement. Elle revient là où ses souvenirs ne la blessent pas, là elle peut être elle-même. Dans la montagne, aux Vergnands, chez la vieille Mme Burridon. « Sèche comme une trique », cette solitaire au grand cœur ne parle pas beaucoup, se contentant d’injurier le monde entier et de servir ses fromages. Dans l’obscurité, la narratrice rencontre Diane, la chienne affectueuse à laquelle elle se confie tout en éclusant une bouteille de whisky. « Mais Diane ne pourra pas me faire oublier ce que je suis. Une chienne, comme elle, mais qui hurle à la mort en silence ». Lorsque sa présence est révélée, l’adolescente se fait d’abord engueuler vertement, puis la fermière l’accueille, attentive et désarmée. Par bribes, la jeune fille nous raconte son histoire et relate sa conversation avec Mme Burridon.

« Je n’ai pas peur d’écrire. Pas peur d’être habitée par des sentiments passionnés. Je ne sais combien de fois ils me sont venus, les mots d’amour et de déraison. Ma vie est faite de ces mots empilés les uns sur les autres. Un gros millefeuille craquant d’émois troubles. Ils ne sortent pas de ma bouche mais ils sont là, au fond de moi ».

 

L’aveu se dédouble, se déploie, s’affronte aux réactions de la confidente. Ça accroche, ça craque, ça se fissure. Entre les deux femmes, il y a de l’incompréhension, de la douleur, du dégoût, de l’admiration, du respect. La narratrice a rencontré Liv. « Le sentiment enfin d’avoir trouvé mon pays, une sœur ». Depuis, Liv occupe toutes ses pensées, le désir la ronge. « Ça se soigne le désir ? Cette saloperie ». Alors que Liv répond à son amour, la narratrice recule, elle trahit ses promesses, elle a peur de basculer, peur d’être cataloguée, animal mis en cage. A la confusion intense de ses sentiments s’ajoutent une honte douloureuse et l’intime conviction de l’échec.

 

Rien d’étonnant à ce que Jeanne Benameur se soit penchée sur cet ouvrage pour la collection « D’un seul souffle ». On retrouve chez Catherine Zambon des échos de l’écriture lumineuse de la romancière, cette pudeur capable d’affronter sans crainte les interdits. Passant de la plainte à l’invective, la parole de l’ourse, murmurée, expulsée, hurlée, nous secoue, nous emporte comme un torrent. Les phrases courtes, crues, sautant hardiment la ponctuation, se pressent dans un élan vital, une urgence démesurée. Elles appellent la mise en voix, elles requièrent relecture. De ce frêle et rare monologue se dégage une force incroyable, le ton juste pour dire le trouble et la puissance mêlés de l’ourse qui saura se faire chienne.

A partir de 15 ans

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Catherine Zambon

Catherine Zambon est née en 1957. Actrice, dramaturge et metteur en scène, elle écrit des pièces pour adultes et pour la jeunesse. Elle anime également des ateliers d’écriture, tout en poursuivant ses projets de spectacles. Sa dernière pièce parue à L’Ecole des Loisirs s’intitule Mon frère, ma princesse (2012). Elle est l’auteur de Kaïna-Marseille dans la collection « D’une seule voix » chez Actes-Sud Junior.

 

Photographie :

©perrinegriselin


A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.