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La cause des livres, Mona Ozouf

Ecrit par Didier Bazy 31.07.13 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Anthologie, Essais, Gallimard

La cause des livres, Gallimard 2011, 547p, 24 €

Ecrivain(s): Mona Ozouf Edition: Gallimard

La cause des livres, Mona Ozouf

 

La cause littéraire ne pouvait pas ignorer La cause des livres. Et Mona Ozouf défend et illustre ici plusieurs causes : la cause du patrimoine littéraire français, la cause des lettres et des épistules, la cause des autres littératures et des étrangères, la cause des femmes bien sûr, la cause de la république et la cause de l’histoire. Autant abréger : la cause de la vie, notre vie, nos vies, passées et présentes, présentes et à venir.

Ce petit pavé est un collier de perles. Le Nouvel Obs en fut le réceptacle hebdomadaire. Mona Ozouf en a confectionné un florilège en cercles de cercles, maîtresse des anneaux. Modestement, voici quelques extractions (un devoir de l’échotier n’est-il pas de couper les fils du collier pour jeter une autre lumière sur l’orient de la perle ?) et d’abord un titre d’article sur la femme de Marx, Jenny vue par Françoise Giroud, la mère, la bourgeoise sacrifiée sur l’autel du prolétariat concrétisé dans la misère des Grandes Espérances et les exils multiples, un titre qui dit tout, un titre modèle pour tout apprenti critique, un titre pour la critique rongeuse des souris, un titre éloquent et sobre, un concentré de sens et d’allusions assumées, pour le meilleur et pour le pire, un titre trouvaille : Une épouse capitale.

Autre titre fameux : Le guide Michelet. Gastronomie de l’Histoire. « Le génie de Michelet a été de muer l’adversité en énergie, les contradictions en actions, de transformer en annonciation la lumière d’orage de l’histoire, la sienne, et celle de la France aussi bien ».

Devinette triviale : qui est La reine des lettres ? Réponse : la correspondance publiée en 2005 chez Taillandier de la dernière souveraine décolletée, Marie-Antoinette.

Plus loin, plus tard, tout le monde connaît Jaurès : « Le coup de pistolet du Café du Croissant a juché Jaurès sur le socle du martyre. Puis la patrie reconnaissante l’a rangé au Panthéon… ». Mais qui se souvient de Jaurès critique littéraire et critique d’art ? Jaurès a utilisé le pseudo de Liseur dans une série d’articles pour La Dépêche de Toulouse de 1893 à 1898. Il aura fallu un siècle pour les retrouver grâce au travail de Françoise Laurent-Prigent. Jaurès et la cause : « il faut s’aider des livres pour voir l’univers ».

Autre cause : un détour retour breton obligé du côté de Louis Guilloux dont Le Sang Noir pourrait irriguer un peu plus les salles de cours studieuses (où sont-elles aujourd’hui ?) où fermentent en silence les révolutions des esprits (rassurons-nous : les anciennes « études » ont laissé la place aux recoins de la Toile et à ses sympathiques pirates). « Pour Guilloux, une histoire quelconque, si on la porte à une oreille délicate, c’est la mer tout entière qu’on entend ».

On se délectera des recensions des grands classiques littéraires. On s’éveillera en fin PARMI LES HISTORIENS : Veyne, Corbin, Gauchet, Agulhon, Manent, Furet…

Mona Ozouf transmet ce qu’il y a de meilleur dans le flot de tant de « livres ». Choix parmi des choix. « Telle est la cause des livres… celle du cadeau gratuit, des bonheurs qu’on n’a pas mérités, de l’imagination en cavale et de l’échappée belle, comme dans la forêt de Brocéliande on a parfois la chance d’entrer au hameau de Folle Pensée ». Pas si folle Mona. Son discret sourire camoufle un talent subtil et un travail de titan. C’est le lot des passeurs et de l’indispensable transmission. Parlons, passons, causons oui mais dans un seul but : lire les œuvres elles-mêmes.


Didier Bazy


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A propos de l'écrivain

Mona Ozouf

Mona Ozouf, née en 1931, est fille d’instituteurs bretons. De son père, militant de la cause bretonne, elle tire sa sensibilité aux sentiments d’appartenance aux « petites patries ». De son éducation républicaine, elle retient les valeurs de l’excellence scolaire. Normalienne, agrégée de philosophie, elle se distingue par ses travaux sur la Révolution, la République et son école, les femmes de lettres et, aussi, sur les liens qui s’établissent entre la littérature et l’histoire.

Chroniqueuse littéraire au Nouvel Observateur depuis près d’un demi-siècle, servie par une écriture d’une rare élégance, elle aura jeté sur les travaux de ses pairs un regard bienveillant mais justement critique.


A propos du rédacteur

Didier Bazy

 

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Co-fondateur de La Soeur de l’Ange (Ed. Hermann)

Directeur-adjoint &  co-fondateur de  lacauselitteraire.fr

Editeur du 1er texte de HD Thoreau en Français

– Préfacier chez Pocket (Molière, Corneille)

– Deleuze et de Cuse (Collectif) Aux sources de la pensée de Deleuze. Vrin, 2005) dir : Stéfan Leclercq

– Après nous vivez (G S Editions, 2007)

– Brûle-gueule (Ed Atlantique, 2010) préface de Michel Host

– Thoreau, Ecrits de jeunesse (bilingue. Ed de Londres, 2012) préface de Michel Granger

L’ami de Magellan (Belin Jeunesse, 2013) sélectionné 2014 prix roman historique jeunesse

– Cendres    (Publie.net, 2015)

– Traitements de textes ( Ed. de Londres 2015 )
– Explorateurs, qui êtes vous ? (Ed. Bulles de savon 2016)

Sélection 2018 prix Michel Tournier Jeunesse

– Savants, qui êtes-vous ? ( Ed. Bulles de savon, diff-distr Flammarion )2017

à paraître 2018

– Péguy internel