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La cause Buissonnière (9) - Des classiques réinventés (1)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas le 13.11.12 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

La cause Buissonnière (9) - Des classiques réinventés (1)

 

Les classiques demeurent une source inépuisable pour notre imaginaire. Les auteurs s’en emparent et recréent, parodient, transcendent leur objet, métamorphosent leur forme ou bien leur offrent simplement une nouvelle vie en les réinterprétant. Lire un classique consiste également pour le lecteur à réinventer des trames connues ou à en découvrir certaines méconnues. Dans notre panier de classiques du jour, un roman sur l’amitié, un Roman de Renart fidèle aux origines, des Fables sublimement illustrées et un melting-pot de contes déjantés.

 

La Forêt des cœurs glacés présente une histoire d’amitié authentique et touchante revisitant le conte La Reine des neiges d’Andersen ‒ et le bien connu Narnia du même coup. Le récit emporte son lecteur dans son rythme trépidant et révèle ses secrets avec finesse. Rosalind Elland-Goldsmith nous fait accéder à l’écriture d’Anne Ursu, précise sans être pesante, faite d’images sensibles et d’une réelle consistance, une belle langue où il fait bon se laisser prendre.

Dans la vie d’Hazel, tout semble compliqué : elle a été adoptée, ses parents sont séparés, à l’école elle est isolée et on se moque souvent d’elle. Mais elle reste une petite fille heureuse malgré tout car elle a un ami, Jack. Et cette amitié suffit à remplir toute sa vie et tout son cœur. Avec lui, elle part dans des aventures extraordinaires, elle se libère des lourdeurs de sa vie quotidienne. Entre eux, c’est à la vie, à la mort. Pourtant, un matin, Jack se détourne et délaisse Hazel. Il semble lui préférer un groupe de garçons débiles. L’intimité s’envole, et avec elle, les parties de luge et les histoires inventées à deux. Entre colère et résignation, Hazel fréquente une autre fillette et son oncle, un original qui semble comprendre les enfants. Au moment où Hazel tente de refaire la paix avec Jack, elle apprend que ce dernier a disparu et elle n’hésite pas une seconde : elle doit lui venir en aide. Partie à la recherche de Jack, dans une quête éperdue, Hazel pénètre dans un monde parallèle où règne une Reine blanche dans son splendide palais de glaces. Des loups arpentent la forêt. Les abris et la bienveillance des personnes rencontrées se révèlent encore plus dangereux que les loups. Hazel retrouvera-t-elle Jack ? Parviendra-t-elle à échapper aux influences trompeuses de ce monde enchanté ?

Roman à partir de 9 ans

 

 

Envions les jeunes lecteurs qui découvriront Le Roman de Renart. Ce très grand classique médiéval n’a pas pris une ride et déridera les plus sérieux. En quarante pages en couleurs et à travers plusieurs esquisses au crayon à découvrir sur les couvertures intérieures, Quentin Gréban accompagne de ses illustrations tout en douceur et en malice la première partie de ces récits transposés en prose et qui met en scène la querelle des deux barons Renart et Ysengrin, le premier, maître ès tromperie, le second, violent et avide. Renart le goupil multiplie les bons tours aux dépens de son oncle le loup Ysengrin, de Primaut ou de Tybert, tente de s’emparer de Chantecler le coq ou de la Mésange, d’anguilles et de bacons, fait tourner en bourrique les moines et les marchands, séduit dame Hersent… A chaque aventure, la ruse légendaire du coquin triomphe et l’on s’amuse de ses inventions et de sa belle éloquence. Chacun des personnages incarne un ou plusieurs défauts, laissant apparaître la satire de la société des hommes sous les masques à fourrure ou à plumes. L’ouvrage se présente comme un roman graphique élégant et accessible dont on peut souligner le prix plus que raisonnable. Le second volume contiendra le procès de Renart et ses nombreuses péripéties.

A partir de 8 ans

 

 

Esope est un classique parmi les classiques. Mais qui connaît encore ces fables du VIe siècle avant J-C., si souvent occultées par celles de son héritier La Fontaine ? Simone Réa nous donne l’occasion de faire découvrir aux jeunes lecteurs cet univers si riche et si humble à la fois. En quelques lignes, le fabuliste grec trace les lignes de son histoire, accompagnée d’une moralité sans appel, voire cruelle, souvent complexe, véritable appel à la réflexion. Dans un format italien imposant, le texte centré occupe la page de sa présence discrète mais évidente. Il précède les illustrations somptueuses de Simone Réa : tantôt oniriques, tantôt drolatiques ou dérangeantes, elles apportent une touche d’étrangeté à ces animaux humanisés. Vingt fables sont ainsi présentées, épinglant les vaniteux, les inconséquents… Certaines sembleront familières, d’autres seront l’objet d’une véritable découverte. Toutes étonneront et nourriront de leurs leçons intemporelles. Un ouvrage qui ne saurait tarder à devenir un… classique !

 

Ils sont sept, ce sont des nains. Vous les reconnaissez ? Les sept ours nains sont de retour dans une quatrième aventure tout aussi débridée que les précédentes. L’univers des contes s’y trouve renversé, cul par-dessus tête ; les références surgissent en cascade, les gags s’enchaînent pour le plaisir des petits et des grands qui savoureront l’esprit parodique d’Emile Bravo. Dans Mais qui veut la peau des ours nains ? nos sept oursons se font des frayeurs. Ce qui est normal à force de regarder Barbe Bleue à la télévision… Et lorsque Blanche-Neige les quitte pour partir à la recherche de son Prince Charmant, même pas effrayée par le loup, les ours nains paniquent, persuadés que des bandits rôdent, qu’ils vont se faire égorger et écorcher dès qu’ils pointeront la truffe hors de leur chaumière. Barricadés, ils voient surgir un âne écorché, puis Barbe-Bleue sous une peau d’ours… les sept ours nains abandonnent leur maison aux monstres et tombent sur une bande d’animaux musiciens avec lesquels ils vont tenter de déloger les malfrats. Peureux, naïfs, accrocs ou hallucinés, les ours vont de déconvenue en déconvenue, perdant leur chaumière, risquant leur peau et y laissant jusqu’à leur nature sauvage. Désopilant et farfelu, un album à se procurer, avec les trois premiers volets de la série.

 

Albums à partir de 5 ans

 

Myriam Bendhif-Syllas

 

La Forêt des cœurs glacés, Anne Ursu, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Rosalind Elland-Goldsmith (Bredcrumbs), Seuil jeunesse, septembre 2012, 304 pages, 16 €

 

 

 

Le Roman de Renart, Quentin Gréban, Gründ, septembre 2012, 160 pages, 9,95 €

 

 

 

 

Fables d’Esope, Simone Rea, traduit du grec ancien par Emile Chambry, Actes Sud Junior, septembre 2012, 48 pages, 17 €

 

 

 

Mais qui veut la peau des ours nains ?, Emile Bravo, Seuil jeunesse, septembre 2012, 48 pages, 12 €

 

 

 

Anne Ursu enseigne l’écriture pour la jeunesse à l’université dans le Minnesota. La Forêt des cœurs glacés est son premier roman traduit en France.

 

Quentin Gréban est un illustrateur belge, né en 1977. Il a suivi les cours de l’Institut Saint-Luc. Sélectionné deux fois par le jury de la foire de Bologne, il publie son premier livre en 1999 : Monsieur Lapin (Mijade).

 

Simone Rea est diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Rome. Il s’est spécialisé dans l’illustration et a participé à différentes expositions, ainsi qu’à des concours en Italie et à l’étranger. Primé en 2008 et 2001 à la foire du livre de Bologne, il a reçu une mention spéciale du concours international Illustrarte.

 

Emile Bravo fonde en 1995 l’atelier des Vosges avec ses amis Boilet, David B., Blain, Trondheim, Sfar… C’est avec la série Jules qu’il reçoit le prix Goscinny du meilleur scénariste (Festival d’Angoulême 2002).

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A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.