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La cause buissonnière (7) : Goodbye Berlin

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas le 14.09.12 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

La cause buissonnière (7) : Goodbye Berlin

 

Goodbye Berlin, Wolfgang Herrndorf, traduit de l’allemand par Isabelle Enderlein (Tschick), Editions Thierry Magnier, mai 2012, 329 pages, 14,50 €

 

A l’image de sa couverture choc aux dessins stylisés percutants, noir et blanc mâtiné de rose fluo sur fond bleu électrique, Goodbye Berlin est un roman qui ne peut pas passer inaperçu. Sa lecture va vous remuer, vous coller une claque. Dans le bon sens du terme car on en redemande, de tels – premiers – romans d’une qualité pareille, maitrisés avec poigne et d’une humanité confondante.

Dès les premières lignes, le ton est donné, direct, désopilant ; on comprend que quelque chose cloche pour le narrateur, qu’on est arrivé au bout d’une longue série d’aventures, aboutie chez les flics : « Et là, je me suis pissé dessus de frousse. Maik Klingenberg, le héros. Et ça, alors que je sais même pas pourquoi je m’explique juste maintenant. C’était clair depuis le départ, que ça allait finir comme ça ». On ne s’attend pas à une happy end mais on a d’autant plus envie de savoir ce qui s’est passé et qui est ce Tschichatow dit Tschick, au patronyme bizarre, qui a disparu ?

Sans jamais sombrer dans le mélo, avec sa façon de parler tordante et imagée, son humour bien à lui et contagieux, sa réflexion mature et caustique, masquée sous une désinvolture de bon aloi, Maik va reprendre pour nous le cours des événements. Son statut de collégien de quatorze ans, individu lambda, transparent, solitaire et plutôt nul en tout. Sa famille friquée qui part à la dérive. Son père, en faillite, parti en voyage avec sa secrétaire. Sa mère qui boit, tentant une nouvelle cure de désintox. Sa rencontre avec Tschick, ce drôle de gars d’origine russe, « un cas social, même physiquement » avec une tête de Mongol. Et leur départ, improbable, au volant d’une Lada pourrie, volée, direction la Valachie et la famille de Tschick, quelques liasses de billets dans les poches et des cartons de pizza surgelée dans le coffre.

« Avant d’aller me coucher, j’ai encore pris le temps d’ouvrir mon ordi. M’y attendaient deux mails de mon père qui pestait que mon portable était éteint et que je répondais pas non plus sur le fixe. Il fallait donc que j’invente des bobards pour ce monsieur et que je lui explique qu’ici tout allait super bien. Ce qui était le cas d’ailleurs. Et comme j’avais zéro envie d’écrire ces mails et que rien ne me venait à l’esprit, j’ai rentré Valachie dans Wikipédia. Et c’est là que j’ai véritablement commencé à gamberger ».

Le roman se lance à cent à l’heure, le lecteur n’a qu’à bien se tenir. Le voyage de nos deux héros, à travers quelques bourgades rurales dans une Allemagne de l’Est peu engageante, se lit d’une traite, provoquant larmes, rires et angoisse jusqu’au bouquet final. Le road trip cocasse devient une épopée initiatique, un roman de l’amitié et de la tolérance. Les bobards, les déboires et les rencontres s’enchaînent avec des personnages tous plus déglingués les uns que les autres : une famille de gentils freaks, une ado cradingue mais bougrement sexy, un ancien nazi lunatique… Les coups durs soudent l’amitié de Maik et Tschick, et la Lada file, semant la police. On retrouve avec Goodbye Berlinl’émotion et la tension du Dragon de glace de Mikael Engström : un cocktail détonant où le malheur n’empêche pas la drôlerie, où le farfelu règne au sein d’un quotidien parfois sordide et où l’écriture déploie toute son énergie et sa lumière au service de ces losers magnifiques. Un grand merci enfin à Isabelle Enderlein qui a permis de donner sa voix française à Maik et qui a su en restituer la fraîcheur et la justesse.

Goodbye Berlin, un roman incontournable, décoiffant, à savourer et à diffuser autour de soi.

Roman à partir de 12 ans

 

Myriam Bendhif-Syllas

 

Wolfgang Herrndorf est né à Hambourg en 1965. Il a fait des études de peinture. Goodbye Berlin, son premier roman, a eu un succès retentissant en Allemagne depuis sa parution en septembre 2011.

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A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.