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La Bhagavadgita illustrée par la peinture indienne, Diane de Selliers Editeur

Ecrit par Elisa Amaru le 06.01.17 dans La Une CED, Les Chroniques

La Bhagavadgita illustrée par la peinture indienne, Diane de Selliers Editeur

 

La Bhagavadgita illustrée par la peinture indienne, Diane de Selliers Editeur, La grande collection, octobre 2016, introduction et traduction du sanscrit Marc Ballanfat, illustrations choisies et commentées Amina Taha-Hussein Okada, sous coffret illustré, 92 miniatures et peintures indiennes du début du 16e siècle à la fin du 19e siècle, 336 pages, 195 € (jusqu’au 31 janvier 2017, 230 € ensuite)

 

Pour leur nouvelle parution dans La grande collection, les éditions Diane de Selliers nous font découvrir La Bhagavadgita, illustrée pour la première fois par les splendeurs de la peinture et des miniatures indiennes. Un ouvrage rare et un pur joyau, comme un œuf d’or, qui articule le rayonnement de sa sagesse en 18 chants et 92 images iconiques.

La genèse à son édition de La Bhagavadgita, Diane de Selliers la juxtapose symboliquement à sa première rencontre avec l’Inde, il y a presque vingt ans : « A l’époque, deux livres ont accompagné mon envol. Siddhartha de Herman Hesse… et La Bhagavadgita, le chant spirituel de l’hindouisme tiré de la grande épopée du Mahabharata ».

A côté du Râmâyana (Le parcours de Râma), le Mahabharata (La Grande Guerre des Bharata) est la plus longue des deux épopées mythologiques hindoues de langue sanscrite, en étant l’un des plus anciens textes de l’humanité. Respiration infime bercée par le torrent du récit, La Bhagavadgita (Le Chant du Bienheureux) met en prose la discussion initiatique qui s’engage entre le guerrier Arjuna et son cocher Krishna, qui n’est autre que l’avatar du dieu Vishnu…

 

Flashback : nous sommes à la veille de la bataille cruciale opposant deux clans cousins, les Pandava et les Kaurava. Le texte oscillant entre gigantomachie, répit et théomachie, Arjuna, guerrier Pandava, confie à Krishna son dégoût à l’idée de combattre et tuer les membres de sa propre famille. En proie au doute de l’âme, il souhaite faire marche arrière avant l’irréparable. Le dialogue engagé entre le cocher/avatar divin et le brave guerrier, prend alors la tournure d’un conte initiatique.

 

« Le Chant du Bienheureux » ou la Voie du guerrier éveillé

Krishna, le dieu-cocher avatar de Vishnu, rappelle à Arjuna qu’accepter le combat, c’est aussi accepter son destin dans la sérénité, mais qu’il ne doit rien en attendre, n’en tirer ni gloire en cas de victoire, ni chagrin en cas de défaite. Et en effet, l’enseignement du dieu prône la voie du karmayoga, qui est le devoir de l’homme du détachement dans l’action, car seule cette posture spirituelle, incarnée dans les choses de la vie et l’empire de la matière, est apte à éveiller l’homme dans la guidance autonome, la maîtrise de ses sens et de son esprit.

Ce texte simple et lisible initie aux bases de la philosophie yoga comme à la sagesse hindoue. Il est encore un raccourci qui peut aisément familiariser le lecteur sur l’autoroute des mythes et du vocabulaire hindous. De ce fait, le climax du livre intervient au Chant XI, scène du dévoilement où Vishnu apparaît à Arjuna dans son rayonnement d’être suprême, sous la forme universelle de Visvarupa. Le corps cosmique du dieu omniforme touche et contient les trois plans de la réalité : l’absolu, le divin et l’ascèse.

Auteur de l’introduction et d’une postface à l’ouvrage, les analyses de Marc Ballanfat s’appuient sur sa traduction du récit publiée initialement en 2007. Une relecture « par les yeux d’un autre » précieuse et utile jusque dans son approche singulière du yoga, qui loin de se cantonner à une phrase de gestes et de postures, est aussi une authentique gymnastique du couple âme/esprit.

 

L’iconographie : illustrer l’Origine dans un défi d’équilibre

La valeur du symbole est forte en Orient. Si l’écriture du récit originel est d’une autre ère, ses représentations picturales apparaissent fort tardivement. En charge de l’iconographie commentée, Amina Taha-Hussein Okada (conservateur général au Musée des arts asiatiques, Guimet) a sélectionné et rassemblé 92 peintures et miniatures, datant du début du 16e siècle à la fin du 19e siècle. Son choix s’est autant porté sur le rapport des images entre elles, que sur les liens étroits que les écoles productrices ont su générer dans un défi d’équilibre face aux scènes textuelles empreintes d’héroïsme et d’ésotérisme.

Une gageure précieuse et une première mondiale, car nulle part au monde cet extrait autonome du Mahabharata n’a connu d’illustrations publiées dans une même édition publique. Un travail donc inédit de plus de deux années, et une exclusivité culturelle pionnière qui s’inscrivent parfaitement dans la charte éditoriale de la Maison et cette volonté constante des éditions Diane de Selliers de repousser les frontières entre littérature et image.

Tout l’art pictural indien, amoureux des ors et des pigments, jaillit pour la première fois à la lecture de cette édition de La Bhagavadgita. Les thèmes tour à tour chaleureux, sensuels, solennels ou occultes viennent en relief caresser l’histoire qui déroule son message avec d’autant plus de limpidité qu’il s’anime hors de page…

Des illustrations magnifiquement reproduites, qui relèvent la profonde portée philosophique et initiatique enclose dans le texte, nous rappelant un temps où spiritualité et ésotérisme allaient ensemble de pair avec recherche du savoir et pratiques de vie concrètes. Ainsi donc, par sa parole enseignante des vertus du karmayoga, Krishna adresse à Arjuna la philosophie existentielle dont les ascètes firent profession de vie sainte et idéale, en s’y perdant parfois eux-mêmes dans l’abîme de l’oubli qui baigne les mondes… Ces chamans sans peuple ni village tiennent, dans le simple témoignage de leur recherche spirituelle, en leur paume, l’une des clés d’or ouvrant la porte aux mille serrures de l’Eveil, vers l’Ailleurs où le voile des illusions se fait immatériel. Ici, on dirait qu’ils prient. Cette parution rapproche les bords des différences entre Inde et Occident. L’homme peut-il dialoguer avec l’homme, par-delà le temps ? Il faut le croire…

L’iconographie est encore prétexte à découvrir la culture et l’Histoire du sous-continent indien, comme une déambulation voyageuse dans les rues trépidantes de vie, gorgées de couleurs sapides, de Mumbai aux venelles de Old Dehli !

Diane de Selliers résume l’essentiel : « Aujourd’hui encore, ce chant m’accompagne et me guide. Gandhi disait : Que la Gîtâ vous soit une mine de diamants, comme elle l’a été pour moi ; qu’elle soit toujours votre guide et amie sur le chemin de la vie ».

Il serait impossible de définir la portée de ce livre fondamental sans la brider. Habitué à dominer le monde, l’homme y descend de son piédestal. Appel à la méditation consciente et active, la mystique de « La Gîtâ » est un livre d’éveil « en route » vers l’intérieur. Une pause, telle une réflexion métaphysique dans le tumulte trépidant d’une saga épique, ce livre sera aussi cela pour vous, comme une page dans le livre de votre vie.

 

Article écrit par Elisa Amaru pour Le Mot & la Chose

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Rédactrice


Journaliste et Blogueuse. Elle tient avec Odile Alleguede le blog "Le Mot et la Chose"