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L’Orange-Bleu

Ecrit par Bénédicte Fichten le 16.03.14 dans La Une CED, Les Chroniques

L’Orange-Bleu

 

L’Orange-Bleu

 

Je ne sais pas depuis combien de temps, précisément, ce roman germe en moi, depuis combien de temps il pousse et se développe, se déploie, depuis combien de temps je l’ai dans les tripes ou les entrailles, dans la peau, donc, depuis combien de temps j’attends son éclosion, sa naissance et sa fureur de vivre parmi les livres, les rayons des libraires et sur le net, dans vos mains…

Pas mal de choses sont inexplicables, ou ne le sont que par instinct : pour moi je suis écrivain depuis les premières années de ma naissance, peut-être bien vers l’âge d’un an, lorsque disparut mon frère. Je sais qu’alors mon comportement ne fut pas clair. J’étais si petite, et peut-être comprenais-je déjà pas mal de choses ? Je me souviens, alors, avoir reçu avec grâce et évidence les trains électriques destinés au Noël de ce frère et chevaucher sa moto comme si c’était la mienne, la sienne.

Bien sûr, mon chemin littéraire s’est construit et tissé au fil des années, mais, finalement, peut-on vraiment plus limpide trouver ? Pour moi, L’Orange-Bleu est fruit d’une destinée creusée de difficultés et de failles, de douleurs et de grands orages, de mes plaisirs et de mes larmes : c’est ma jubilation, mon autre fils, mon bébé. Évidemment, lorsqu’on fait des études, que l’on se prive et que l’on charcute sa vie, que l’on met beaucoup et énormément de côté, l’on s’attend à mieux, sans doute.

Dois-je rappeler qu’être une femme n’est pas toujours un avantage ? Je suis parvenue à écrire ce livre tout en élevant mon fils : toute mère en serait fière. L’Orange-Bleu c’est le roman d’un ressenti ; de sens et émotions, des beaux alliages : c’est ma pure alchimie. Puisant dans les rencontres, j’ai construit cet idéal, sans raison souvent expérimentant, vivant fort, vivant follement. Éperdument… J’y ai prélevé l’essence, meilleur de moi-même et des autres, créant ce texte avec les mots de ma connaissance, sa chair et son vocabulaire. La langue française, aussi, est carburant et mon essence.

J’avais envie de « Gallimard » à cause de l’histoire de la « NRF », de Gide, et pour ce singulier nom de famille – Fichten – que je voulais rallier à l’excellence de mon pays. Toute en couleurs, mon Orange-bleu ne cherchait pas à entrer en collection blanche, mais le « Mercure », solidaire sans le savoir, m’insufflait une incroyable énergie. Cinq ans, déjà, que je publie ! Petits textes auto-édités au tirage limité d’abord et donnés à lire à mes proches, puis en collaboration avec des éditeurs, de part et d’autre. Romans et poèmes, surtout, en petit nombre, pour m’exercer.

L’Orange-Bleu, que j’aime comme on aime son œuvre, son amant(e), son enfant, a commencé à naître en 2007, prise par la puissance des sentiments ! Ceux-là s’y révèlent et affleurent tout au long, jusqu’au final, dont j’ai tracé les lignes encore tout récemment. Ma mère (disparue) rêvant, enfant, d’être peintre, ses talents artistiques étant connus, j’ai écrit ce livre d’art en train de s’écrire ; en voici le simple « pré-texte », ou l’histoire :

Nouvelles « années folles », pendant la plus longue crise identitaire de la Belgique, Mag, jeune française, dévoile en poésie sa Passion quasi christique pour un modèle hollandais. Ils évoluent dans une Europe « surréaliste » et colorée, peuplée de troubles, de griseries et de liberté ; il est lié à un autre homme, elle est peintre et sculptrice et le désire. Ils sont faits pour s’aimer et se haïr, ou pour se perdre dans le mystère et cet acte merveilleux : créer.

Mes parents, espérant vivement ma conception, m’ont donné ce prénom « béni des Dieux ». Ces derniers se sont-ils vraiment penchés sur mon berceau ? Je ne sais pas, car la vie m’est parfois un véritable calvaire, mais je suis plutôt fière que l’année érotique de Gainsbourg ait fait pousser ma petite graine dans le ventre de Maman. Je suis née en forme de blague, un premier avril, à 6 h du mat : bélier, ascendant bélier pour les astrologues. Volontaire, le rejeton ? Il paraît que je n’avais pas même sorti la tête que déjà je criais. Papa et Maman furent vite « sur les rotules », selon une expression de ma Marraine dont je porte, en partie, le prénom : Marie, d’où cette idée – peut-être ? – de nommer Mag la protagoniste de mon histoire (Marie-Madeleine). On m’appelait « la bulle »; j’étais déjà légère.

Par cette « Orange-Bleu » qui sent la pulpe des grands vergers d’Or où l’on se croque entre deux rayons de soleil, j’ai appris, croisant notamment un ou deux sculpteurs, jouant à l’artiste et au modèle pour écrire de ces vraies choses que l’on expérimente, misant sur l’authentique et le sincère. Avec ce texte, j’ai également fait plaisir à mon père, passionné de politique : le roman s’inscrit dans ce contexte actuel qu’est le remaniement européen, rappelant l’héritage d’un Continent devenu trop accueillant ou généreux, voulant bien faire, ainsi perdu entre deux âges ou deux ères, à la recherche d’une ligne sans fuite, d’un véritable fil de conduite…

Approcher le rêve, croire en la poésie, l’imaginaire ! Véritable hommage à Éluard, ce roman aborde les problèmes économico-linguistiques pour mieux les contourner. L’auteur y mêle sa vive parole à celle de Magdalena, son héroïne, pour vous plonger dans la fougue et les douleurs intimistes de son histoire et parler d’art par la puissance des regards, le jeu des doigts, la subtilité d’une main qui sculpte et pétrit…

En Europe, la France reste le plus grand pays par sa superficie ; le nord, le département le plus peuplé. J’étais bien désignée, alors, pour écrire le livre des beaux voyages qui exporte, au minimum par l’image, ses sensualités. Prenez ce texte comme vous vous glisseriez dans un drap ou un bain de soie, pour vous détendre. Si j’ai l’esprit parfois surréaliste et décalé (Oui, j’aime les univers « ciné » d’Anderson ou Jeunet), j’espère savoir aussi vous attendrir par une forme épurée. Certains m’ont déjà reproché la crudité de certaines scènes ; d’avance, pardonnez-moi, alors (encore ?), d’être moi-même…

EXTRAIT :

« Par essence, l’art est toujours transgression. Certains jours, je voudrais me fondre dans la foule, me sentir libre, égale à tous, invisible et pareille. Quitter cette vie de Bohème. N’être plus provocante ni fantaisiste. Avoir une morale, la suivre, m’en faire un guide. Ne plus brûler, m’échauder ; pour entrer dans le rang, m’effrayer vraiment. Me défaire des idéaux, d’un art de vivre qui modèle mes calendes grecques. La difficulté, toi et moi le savons, c’est d’être partagé. Les « bi » d’aujourd’hui ont pour eux ce doute permanent qui ne les aiguille jamais vraiment du bon côté, puisque aucun n’est meilleur (.). Enfin, peu m’importe : ce livre n’est pas spécialement le livre « bi » par excellence, il ne se résout pas à un monde, ne se confine pas ; au contraire, il s’ouvre grand.

C’est aussi bien le livre des hétéros, puisque la seule chose qui compte, c’est l’histoire qui s’y passe et les sentiments qui l’accompagnent. C’est le livre des gens qui s’aiment ou qui ont peur, qui cherchent à vivre, et qui l’expriment. C’est le livre des grands mouvements d’une existence, le livre des Beaux-Arts ressentis (.). Pour moi, il n’y a jamais d’ennemi. Ma bisexualité, cette différence, n’est pas là pour la lutte ou la débauche, elle existe pour réconcilier les hommes, puisqu’elle est de nature. Je suis Simone de Beauvoir : masculin et féminin sont des acquis construits jour après jour. Et toi, moi, participons à la simple révolution du désir… Tu es mon blanc zéphyr ; je te veux et t’étonne, me coordonne pour te rendre libre ».

Depuis toujours l’existence et son écriture convoquent pour moi l’ambiguë notion de genre ; puisque je n’étais pas parvenue à devenir « maître de conf », il était naturel alors que je glisse mes idées entre les lignes de l’Orange-Bleu : douces et sûres, fleurs de sel, d’hibiscus, ou de lavande, elles se coulent entre les pages, pour s’oublier mieux ou se propager comme en rêve… Je n’ai pas atteint le 7è ciel de Gallimard ; une chose me console : éditée chez « Myriapode », l’humaniste accrochant une nouvelle médaille, s’en réchauffe ! Collaborer avec des start-ups qui tentent de s’intégrer dans le paysage éditorial est plutôt une bonne affaire, puisque affaire de cœur ; comme de lutter, toujours, pour que toutes les formes de cultures s’y baladent et révèlent. Je remercie le compositeur qui m’a offert une chanson à traduire, le poète qui m’a prêté ses vers, le photographe qui m’apporte sa lumière, le modèle qui m’inspira, ainsi que l’ami et ma famille. S’il vous a donné envie de le lire, de l’auteur deL’Orange-Bleu, retenez une seule chose certaine : fille des nuages et du vent, elle passe son temps à danser, collecter grains de soleil et d’étoiles et parcourir les rues de sa ville natale…

 

Bénédicte Fichten

 

Le livre : Éditions Myriapode février 2014, ISBN 9782359450286

 


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A propos du rédacteur

Bénédicte Fichten

Rédactrice

Bénédicte Fichten est née et vit à Lille. Elle écrit sa première nouvelle vers l'âge de douze ans et ne cessera plus en dehors de l'infiniment belle parenthèse qu'est la naissance d'un enfant. Parmi ses nombreux jobs, celui de modèle : elle pose pour plusieurs photographes à Agde, Lille et Paris, pour l'Italie (Thèmes, lingerie, nus). Les voyages (Europe, Tunisie, îles de Malte et Cuba) enrichissent son imaginaire. Elle obtient une mention « Très bien » au mémoire de master en analyses littéraires. En 2007, elle illustre les couvertures de ses livres (aquarelles, lithographie) et publie plusieurs de ses textes en 2009. Elle est Secrétaire de l'Association Des Auteurs du Nord, qui s'est donné pour mission des rencontres autour du livre dans les hôpitaux et les prisons. L'un de ses romans, illustré par le plasticien Karl Lakolak, est réédité à Bordeaux en 2011 aux Éditions « Myriapode ».

L'écrit est un bon moyen pour elle de transmettre des ressentis sur la société contemporaine ainsi que des valeurs personnelles tournées vers la tolérance, l'humanité, et l'égalité des chances, notamment en matière d'épanouissement sexuel.


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