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L'Ile des oubliés, Victoria Hislop

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 06.09.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Roman, Les Escales

L’Ile des oubliés, trad. anglais par Alice Delarbre (The Island), mai 2012, 432 p. 22,50 €

Ecrivain(s): Victoria Hislop Edition: Les Escales

L'Ile des oubliés, Victoria Hislop

 

Spinalonga, une île oubliée au large de Plaka, en Crète. Spinalonga, l’île des lépreux, emportant dans ses ruines les mystères du passé. Là où l’on pourrait attendre un récit historique sur ce lieu maudit où l’on parqua les lépreux à partir du début du XXe siècle, on rencontre une saga, certes sur une trame de fond véridique, mais une saga à la saveur très vite fade, malgré les nombreux atouts de l’intrigue.

Le récit s’amorce avec le retour d’Alexis sur la terre natale de sa mère Sophia, partie vivre en Angleterre. Fotini, l’amie d’enfance de cette dernière, révélera à Alexis les ombres et les secrets de son passé familial. Notons que ce personnage, témoin privilégié certes, a tout d’un narrateur omniscient, ce qui contrevient quelque peu au choix initial. Bref, on remonte dans le passé, à l’époque d’un bonheur sans faille. Eleni, l’arrière-grand-mère d’Alexis, contracte la lèpre et se voit contrainte d’abandonner son mari Giorgis et ses deux filles, Maria et Anna. A Spinalonga, les visions d’un infernal Purgatoire s’évanouissent face à un microcosme organisé et plein d’espoir. Le village ressemble à tous les villages grecs traditionnels et, parmi les victimes de la maladie, beaucoup n’en ont aucune manifestation physique visible. Eleni s’adapte à cette nouvelle vie, ponctuée par les visites de son mari qui conduit les visiteurs sur l’île, à bord de sa barque et par les amitiés qui se lient.

Alors qu’Eleni finit par mourir, Anna épouse l’un des principaux notables de la région et Maria se consacre à son père. Un destin particulièrement malsain semble s’abattre sur la famille : Anna se perd dans une relation adultère et délaisse sa seule enfant, Sophia. Elle semble atteinte d’une sorte de lèpre morale. Mais la maladie frappe à nouveau : c’est au tour de Maria de quitter le continent pour rejoindre l’île. Paradoxalement elle y trouvera l’espoir de guérir et son grand amour. La fin du roman réserve encore quelques rebondissements et révélations assez prévisibles.

On reste sur une impression très contrastée. Comme si le récit délaissait certaines parties pour se consacrer à d’autres, totalement inutiles. Les états d’âme amoureux d’Alexis tombent à plat. Les affres de la conscience de Maria semblent surfaits. On aimerait en savoir plus sur la colonie, sur les traitements de la maladie. On baigne en plein manichéisme : entre une Anna traumatisée et pervertie et une Maria pure et désintéressée, prête à tous les sacrifices. Gageons que le succès de l’ouvrage lui assurera un lectorat français, avide de sentimental et de tolérance facilement proclamée. C’est un tout autre roman que l’on pouvait s’attendre à lire et qui reste à écrire.

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Victoria Hislop

 

Victoria Hislop est diplômée de littérature anglaise de l’université d’Oxford. L’Ile des oubliés, son premier roman traduit en vingt-cinq langues, connaît un grand succès international. Il a été adapté en Grèce pour une série télévisée.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

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Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

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