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L’homme qui ment, Marc Lavoine

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) 18.03.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Fayard

L’homme qui ment, janvier 2015, 192 pages, 17 €

Ecrivain(s): Marc Lavoine Edition: Fayard

L’homme qui ment, Marc Lavoine

 

« Je trouve que c’est assez beau d’être ridicule. Ridicule comme lorsqu’on prend la main d’une fille pour la première fois ».

Marc Lavoine, entretien avec Philibert Humm in. Paris Match

 

Cette phrase pourrait très bien résumer le premier récit du chanteur, par touches, à l’intime des sentiments. L’histoire d’un homme attachant, complexe, qui raconte avec une distance honnête le roman d’un enjoliveur, un récit basé sur une histoire fausse, un portrait d’une vie simple et heureuse ! Pour l’auteur, la vérité n’a rien d’extraordinaire, il serait même « plus courageux de mentir ».

Marc Lavoine se livre comme une lyre, aux doigts de l’artiste, pour ensuite mieux « s’allonger dans la vie quand tout le monde reste debout », rêver à la beauté de celle-ci, même si elle n’est rien à ses yeux sans la force, sans la flamme des sentiments, une main tendue vers ceux que l’on aime, pour prolonger avec fragments le si beau voyage d’une vie, mensonge des mémoires, émoi des songes !

L’auteur raconte, dans L’homme qui ment, l’histoire de sa vie, avec ses parents, son père, membre du parti communiste français, qui voulait vivre mille vies, au rythme fougueux de ses conquêtes, de l’histoire de ses parents entre eux et le monde autour, à celle de sa mère qui s’attachait à ne vouloir en vivre qu’une. L’histoire telle qu’elle va, celle qui marque les années 1960, dans une banlieue qui croyait aux lendemains qui chantent, de celle qui vous marque à jamais. De ces espaces contraints de liberté, de fratrie, d’amour, qui permettent de rester ensemble ou de se quitter, de vivre avec un prénom désiré mais qui n’est pas le sien. De mentir, pour que les êtres, dans le chaos des sentiments, puissent se sacrifier et que perdure ainsi la passion plus que de déraison, à la raison d’un monde qui entend dicter ses lois.

Car finalement, tout ceci n’a l’importance que l’on veut bien y porter, que l’on veut bien y retrouver dans les yeux humides et bleus de la mémoire. C’est peut-être ça la force de ce roman. En réalité, rien n’est irrémédiablement mauvais si l’on pardonne et si l’on aime sans détour, simplement, au fond des yeux de celui qui sait, le chemin écoulé aux côtés des ravins de l’existence.

Le reste n’est qu’un théâtre d’ombres, où l’on joue à ce que l’on aimerait être, à ce que l’on a été peut-être dans le regard des autres. Fidèle à ses origines, à l’exigence du travail, fidèle surtout à ce que l’on voudrait laisser à ses enfants, un patrimoine humaniste, simple et vrai. Peut-être enfin, parce qu’il est toujours trop tard pour dire à ses parents combien on les aime, combien ils nous manquent et que la vie ne nous permet jamais de le dire vraiment, car visiblement il y a toujours quelque chose de plus important à faire, à dire, à cacher !

Et si l’important dans une vie était tout simplement dans le mouvement, avec une certaine lenteur, comme pour éviter de perdre la mémoire, une action intérieure de chacun, nécessaire, pour rejoindre la circulation dans le vivant, danser sa vie à tous les niveaux de l’être et du divin ? Une certaine idée du bonheur en quelque sorte, pour rester fidèle à ceux que l’on aime et être enfin accepté pour ce que l’on est !

Il n’y a que le temps qui remette les mots en place, les langages se poser, en y ajoutant une couleur chaude sur la blancheur du papier, foyer du soleil couchant, sous une pluie battante, une comédie entre héros et cœur gros, alors, oui Marc Lavoine se dévoile, mais c’est pour mieux nous éblouir de sa sincérité, de son audace, comme si « les bleus avaient du mal à disparaître, que nos souvenirs seraient bleus, mais pour combien de temps encore ? ».

Le temps passe, le temps presse, alors autant en profiter !

 

Article écrit par Marc Michiels pour Le Mot et la Chose

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A propos de l'écrivain

Marc Lavoine

 

Homme public, star du XXe et du XXIe, Marc Lavoine est un touche à tout. Né en 1962 dans la banlieue parisienne, il est depuis toujours passionné de comédie et de musique. C’est donc tout naturellement qu’il en fait son métier. En 1982, il se fait connaître en tant que chanteur à succès (surtout auprès des femmes). Il signera des titres mythiques tels que Elle a les yeux révolver ou C’est ça la France pour lequel il recevra un prix aux Victoires de la Musique. Adorant également le cinéma et le métier d’acteur, Marc Lavoine obtiendra divers rôles dans des films ou téléfilms. Son rôle le plus connu étant celui d’Alex dans Le cœur des hommes. Depuis 2013, il incarne un chef d’équipe dans la série Crossing Line (coproduction internationale). En 2015, Marc Lavoine sort son premier roman, L’homme qui ment, à caractère autobiographique.

 

A propos du rédacteur

Marc Michiels (Le Mot et la Chose)

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Né en 1967, Marc Michiels est un auteur de poésie visuelle. Passionné de photographie, de peinture et amoureux infatigable de la culture japonaise, il aime jouer avec les mots, les images et la lumière. Chacun de ses textes invitent au voyage, soit intérieur à la recherche du « qui » et du « Je par le jeu », soit physique entre la France et le Japon. Il a collaboré à différents ouvrages historiques ou artistiques en tant que photographe et est l’auteur de trois recueils de poésies : Aux passions joyeuses (Ed. Ragage, 2009), Aux doigts de bulles (Ed. Ragage, 2010) et Poésie’s (2005-2013). Il travaille actuellement sur un nouveau projet d’écriture baptisé Ailleurs qui s’oriente sur la persévérance du désir, dans l’expérience du « pardon », où les figures et les sentiments dialoguent dans une poétique de l’itinéraire.