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L’hirondelle rouge, Jean-Michel Maulpoix

Ecrit par Emmanuelle Caminade 19.07.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Mercure de France, Poésie

L’hirondelle rouge, février 2017, 128 p., 12 €

Ecrivain(s): Jean-Michel Maulpoix Edition: Mercure de France

L’hirondelle rouge, Jean-Michel Maulpoix

 

Ce fut sans doute la mort de sa mère en mai 2016 qui amena Jean-Michel Maulpoix à écrire L’hirondelle rouge pour accompagner dans « leur puits de nuit » ce père qu’il avait « laissé partir » et entendit alors « gémir sous la terre », comme cette femme qui somnola longtemps dans l’antichambre de la mort avant de s’éteindre. A écrire « juste des paroles pour notre ici-bas : la mémoire de ceux qui s’en vont et la consolation de ceux qui restent ». Pour « offrir à l’absence un bouquet de fleurs d’encre ».

Mais ces proses poétiques dressant un tombeau à ses parents désormais « confondus dans le même silence », l’entraînent dans un mouvement inéluctable vers un abîme de tristesse, de douleur et de colère. Elles le renvoient à sa propre finitude, le plongeant dans « le trou noir de ce rien » qu’il portait déjà en lui, et qui « bat comme un deuxième cœur : cœur noir, cœur d’encre à côté de la pompe à sang ».

Et ce « carnet de deuil » semble aussi sonner le glas d’une poésie exsangue prospérant sur « un fond de désolation », d’une langue où somnole « l’idée de la mort » :

« Tout s’en va en pluie et en poussière. Aucune encre n’y résiste. Aucun poème. Aucune autre promesse que de disparaître ».

Comment alors réveiller cette poésie « près de s’éteindre » ? Comment retrouver goût à la vie ?

« Il y faudrait un cœur d’hirondelle et de longues ailes coupantes pour cisailler le bleu. Un chant capable de tirer le jour de la nuit ».

Et le « retournement » s’opère progressivement, le poète réinvestissant d’abord les lieux de l’enfance pour retrouver les bribes de souvenirs perdus, pour recueillir « sur la nappe de coton rouge » les « miettes et le son » des voix de ses parents, poursuivant avec amour l’entretien dans des pages ranimées par ce dialogue. « Afin que se réveille le petit tas de cendre que font les mots sur le papier » : des mots tassés, serrés en haut de page et laissant vide sa moitié inférieure, comme un espace marquant l’absence qui peut toujours s’ouvrir à un nouvel envol.

« Ecrire, comme écouter le cœur de cet oiseau au vol aigu » portant sur ses ailes la « vertu d’espérance », de cette hirondelle piégée dans la neige de l’hiver, petit corps noir et blanc comme un carnet d’écriture, dont la gorge rouge-désir palpite. Qu’opposer d’autre à la nuit que le corps qui sauve, que ce désir se vivant au présent dont on ne peut conserver la trace ?

Et la « phrase du désir » s’élève alors dans ce ciel plombé évoquant le tableau de Miró où, dans l’élan d’une mince écriture aérienne, ont été tracés les mots « hirondelle amour ». Des mots venant mêler étroitement la vie à la mort.

Orphée revient ainsi orphelin des enfers mais les cordes de son luth grevées par « le soleil noir de la mélancolie » peuvent à nouveau se tendre pour chanter la vie. Car si on ne guérit pas de la mélancolie on peut apprendre à disparaître en aimant le monde jusqu’au bout.

L’hirondelle rouge est porté par la belle écriture économe et pudique de Jean-Michel Maulpoix, par une langue claire et précise qui frappe toujours juste en serrant au plus près les réalités familières. Et on ne peut qu’admirer la présentation et la structuration si signifiantes de ces proses dont les fragments dessinent un touchant tombeau poétique en épousant au plus serré la crise de l’homme et du poète, le retournement de sa trajectoire une fois touché le fond.

« Un livre à tire-d’aile. Echappé du fond du puits ».

 

Emmanuelle Caminade

 


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A propos de l'écrivain

Jean-Michel Maulpoix

 

Jean-Michel Maulpoix, agrégé de lettres modernes, enseigne la poésie moderne et contemporaine à l’université Sorbonne Nouvelle Paris III. Directeur de la revue Le Nouveau Recueil, il est l’auteur de nombreux ouvrages (poésie, critique littéraire, essais), parmi lesquels : Une histoire de bleu (1992), L’Instinct de ciel (2000), Chutes de pluie fine (2002), Pas sur la neige (2004), au Mercure de France. Venant après 10 ans de silence, les mots du poète résonnent à nouveau dans ce recueil célébrant la joie infime des plaisirs partagés et les surprises liées au décentrement du voyage. En fin de volume, un carnet accueille l’écho qu’ils ont laissé dans l’oreille de quelques lecteurs.

 

A propos du rédacteur

Emmanuelle Caminade

 

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Rédactrice

Genres : ROMANS – Essais – Poésie

Maisons d'édition : ACTES SUD, GALLIMARD, INCULTE, VERDIER, ZOE, RIVAGES, MERCURE, QUIDAM ...

Domaine de prédilection : Littérature de LANGUE FRANCAISE (Française ou étrangère, notamment en provenance du MAGHREB...)

 

Emmanuelle Caminade est née en 1950, elle vit dans le sud de la Drôme, dans le canton de Grignan.

Elle a fait des études de droit  à Paris mais n'est entrée dans la vie active que tardivement en passant un modeste concours de l'éducation nationale. A la retraite depuis 2006, elle a commencé à écrire, en tant qu'abonnée, dans plusieurs  éditions participatives de Mediapart avant de créer son propre blog littéraire, L'or des livres, en septembre 2008.