Identification

L’envol d’un poussin adolescent (Partie 1), par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer 07.06.16 dans La Une CED, Ecriture, Récits

L’envol d’un poussin adolescent (Partie 1), par Thomas Besch-Kramer

 

Formation du pilote

Depuis les premières impressions de vol jusqu’à la réflexion sur l’inaptitude aéronautique

A dix-sept ans.

Vers l’adolescence, après des amours précoces et une remise à l’ordre paternelle, je voulais m’envoler – voler, libre ! Je pris rendez-vous avec les instructeurs de l’aéroclub d’Annecy et commençai, avec peu d’économies, à apprendre l’hélice, les plans, la procédure de roulage et de mise en route de l’avion.

Après une quinzaine d’heures de pilotage en double-commande, Lucien me lâchait en vol solo : le premier. A mon retour des trois tours de piste, les membres de l’aéroclub avaient sorti le Champagne rosé pour fêter ce solo.

Puis, toujours limité par mes économies, je volais à raison d’une heure par week-end pour apprendre les décrochages, les PTL et PTU, la navigation et la radiotéléphonie. Je continuais mes études à Grenoble et avais des emplois de surveillant et de vendeur l’été pour payer mes études et, surtout, mes heures de vol, chères heures de vol.

A dix-neuf ans, je me présentais aux tests psychotechniques de l’Armée de l’Air pour devenir un « homme », un héros, un pilote de chasse ! Je fus recalé. Je finissais donc mes études et mon apprentissage en aéroclub, avec des vols dans les Alpes et à Cannes.

Puis, lors de mes années de préparation à l’ENA, je réussissais la partie théorique de l’examen d’entrée à l’ENAC Air France, et étais finalement recalé aux tests sur simulateur à Paris.

Rien n’y faisait et je m’accrochais à ce que je considérais comme le must des aviateurs, les pingouins des Airs : pilote de l’Aéronavale. Après deux ans de sélection dans la Marine Nationale, j’étais enfin sur le point de réussir mon entrée dans les formations militaires des forces armées françaises : j’allais, en tant qu’officier de marine et élève-pilote, voler avec les PILAE de la Marine, les Aviateurs de l’Armée de l’Air et les Soldats de l’ALAT. C’est ce que je vais essayer de conter dans ces pages, en n’oubliant en rien ce que je dois à ma formation de pilote américaine, grâce à l’école KCH, au Kansas, grâce à Lajos, petit Louis et Caroline…

 

A 49 ans.

Je suis inapte au vol, et inapte à mon autre métier, l’enseignement. Je regardais hier après-midi depuis Metz-Tessy, six hélicoptères en courte finale et je n’éprouvais rien. Mon métier et ma formation de pilote appartiennent désormais aux souvenirs du passé. Une étrange sensation de liberté demeure : étais-je libre dans les airs, aux commandes d’une machine artificielle, soit tank avec des ailes, soit petit avion biplace ? Je le crois ; l’ambiance entre pilotes et instructeurs faisait tout, était déterminante pour la réussite aux brevets. J’ai passé, ainsi, des brevets de pilotes militaires, des brevets de pilote professionnel et instructeur aux USA, et des brevets de pilote d’hélicoptère professionnel en France. Je les ai détruits, comme nombre de souvenirs matériels : ils n’iront pas au Paradis avec moi !

Le souvenir d’un rassemblement de centaines d’avions à Oshkosh, Minnesota, en 1990 reste marquant : sur 17 aéroports, des pilotes posaient leurs aéronefs pour fêter le grand rassemblement des pilotes des Amériques : technologies avancées (X31 à ailes en flèche inversée), antiques aéronefs retrouvés dans les glaces du Pôle Nord (Wes Stryker), démonstrations en statique (Concorde de British Airways) et en dynamique (French Connection sur Cap10), barbecues festifs, bières fraîches et survol à basse altitude en Cessna Citation (Pamela et Wes Stryker).

Des souvenirs de vols militaires aussi sont marquants : première percée de la couche nuageuse en patrouille avec Ltt Thomeret, combats aériens avec Maneval, interception en TBA avec PM Bazin…

Et le soleil, ami ou ennemi, dans ces vols de combats…

 

Thomas Besch-Kramer

 


  • Vu : 1819

Réseaux Sociaux

A propos du rédacteur

Thomas Besch-Kramer

Lire tous les textes de Thomas Besch-Kramer

 

Lauréat du Conseil International d'Etudes Francophones (Ottawa, 2005), je ne cesse d'interroger l'art, les sciences et les religions sur les questions du bien, du mal. J'ai fréquenté les cieux avec l'aviation et les langues avec l'enseignement.