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L’envol d’un poussin adolescent (2), par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer 16.06.16 dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

L’envol d’un poussin adolescent (2), par Thomas Besch-Kramer

 

L’argent.

L’argent et la motivation sont les nerfs de la guerre ; et c’est d’une maladie « nerveuse », psychiatrique que découle mon inaptitude médicale à pratiquer l’aviation… J’ai expliqué à la psychiatre du CPEMPN que je voulais rejoindre Dieu en Alpha jet ou en Mirage IIIB, voire en Rafale sinon en tant que spationaute !

Là, la coupe était pleine et je fus recalé !

Si j’économisais sur mes emplois-étudiant pour payer mes heures de vols françaises en aéroclub, si je faisais mes compte en prix relatifs (tel achat revient à tel nombre d’heures de vol), j’empruntais à la BNP rue du Bac pour aller voler et me former au Kansas. Ils proposaient les heures de vol à 30 dollars : imbattable ! La pub de l’école KCH le disait clairement : « Nous avons les prix les plus bas de l’hémisphère occidental ».

Plus tard ainsi, je remboursais mon prêt BNP avec ma solde de marin, sur les quatre années que je passais dans les forces armées. La boucle était bouclée et je m’engageais sur les traces des écrivains-pilotes (St Ex, Richard Bach, Romain Gary, JJSS…) pour explorer la psychologie des pilotes et leurs écrits… psychédéliques !

Ou angéliques…

Richard Bach décrit et récite de merveilleux souvenirs de vols, de survols des campagnes américaines en compagnie d’amis pilotes. En France, en Corse, j’ai le souvenir merveilleux d’une femme instructeur pilote qui me fit parcourir les cimes et les plages de l’île de toutes les beautés en Cessna172. C’était juste après mon élimination de la chasse… Et depuis l’aéroport de Campo del Oro, je découvrais les Gazelles de l’ALAT en patrouille très serrée survolant les taxiways… Je voulus m’y essayer et rejoignis la base de l’ESALAT de Dax, sous la houlette du commandant de la SME, le capitaine de corvette Colin – qui m’aimait bien en me traitant de… fou ! Oui, c’était mon destin : devenir ce je suis aujourd’hui, schizophrène paranoïde (c’est-à-dire avec des délires récurrents d’astronaute et de Luke Skywalker, prêt à sauver la Galaxie, appelé à un « destin » !).

Saint-Exupéry me bloqua sur son œuvre Citadelle. D’autres textes me firent découvrir son humanité, et je ratais ma cible quand j’essayais, sur les conseils de Matt Morris, d’expliquer, de lire Le Petit Prince, en classe de français à Oxford Collège.

 

Les femmes.

Les femmes pilotes ont eu une grande influence sur moi, car elles sont posées, amoureuses et dédiées à leur métier. Caroline Kalman, la pilote corse, l’instructrice Zanatta à l’escadrille 22S de Lanvéoc-Poulmic ; les aventures des W.A.S.P de la Seconde Guerre Mondiale, Amélia Earhart, Caroline Aigle, décédée…

« Pilots do it better » lance les affichettes et inscriptions de bienvenue des membres de l’AOPA : qu’est-ce que nous faisons de mieux ? Les femmes le savent-elles, elles aussi pilotes ? Peut-être des marques de respect et de correction, voire d’hyper-correction. Avec l’analyse, le sexe « anal » Lise… sentent-elles mieux les intentions du mâle ? Il semblerait…

L’une me prédit que je deviendrai pilote de chasse, l’autre me dit que c’était merveilleux et la troisième me reprocha de me venger de mon ex-femme…

Toutes trois avaient partiellement senti durant le rapport intime mes intentions cachées.

Or la correction avec une femme partenaire, la correction des éléments de vol déterminante dans la partie « vol aux instruments » et l’hyper-correction qui scinde mon ego entre une bête et un ange, sont les zones sombres et aussi les souvenirs d’éclaircies dans le métier de pilote que j’exerçais plus d’une dizaine d’années, en France et aux Etats-Unis.

Séduire par un métier nimbé de prestige, par la galanterie légendaire des chevaliers du ciel, par l’aristocratie d’une profession réservée à l’élite de ceux qui ont les moyens – et la motivation – n’est pas étranger à ma toute aussi légendaire mésestime. J’avais pourtant trouvé un équilibre dans les airs. Avec des airs efféminés…

 

Thomas Besch-Kramer

 

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A propos du rédacteur

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Lauréat du Conseil International d'Etudes Francophones (Ottawa, 2005), je ne cesse d'interroger l'art, les sciences et les religions sur les questions du bien, du mal. J'ai fréquenté les cieux avec l'aviation et les langues avec l'enseignement.