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L’Enfant des vagues, Marie-Hélène Prouteau

Ecrit par David Campisi 05.02.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Editions Apogée

L’Enfant des vagues, janvier 2014, 160 p., 16€

Ecrivain(s): Marie-Hélène Prouteau Edition: Editions Apogée

L’Enfant des vagues, Marie-Hélène Prouteau

 

Quelque part en Bretagne.

Il n’y a pas de lieu, pas de date. C’est partout et nulle part, tout le temps et jamais. Au large, tandis qu’un titan d’acier saille vers le ciel, grinçant et mort, l’océan se couvre de ténèbres, d’un immense manteau noir et gluant. Le port est bloqué. Les routes de la mer sont fermées. Il y a du poison sur la mer, la mer qui n’a plus de voix.

Devant le spectacle d’ébène qui recouvre l’écume, l’enfant se tient debout sur la plage et regarde l’ombre s’avancer tandis qu’explose la colère des adultes.

Une marée noire. Encore une. Elle vient souiller le sable de ses billes obscures, et l’océan devient un silence sans vague. La mer est morte, on ne l’entend plus. L’enfant a douze ans, il n’a pas de nom et pas de visage, il regarde, innoncent, la nuit s’emparer du blanc et du gris, du vert et du bleu. Il n’a plus de candeur, déjà. Il va humer cet air toxique qui remplit le vent et regarder les grands bouillonner de rage face à cette carcasse de fer géante perdue sur l’horizon.

L’enfant des vagues est l’histoire de ces petits bourgs qui vivent de la mer et qui font face au destin qui est peut-être le leur. Les enfants y scurtent les adultes débarrasser les plages et nettoyer les oiseaux qui meurent. Les pierres se couvrent de nuit

“Il faut tout pardonner aux artistes, ils voient des choses qu’on ne voit pas.” L’enfant, tandis que le bourg s’organise pour lutter contre la mort, fera la rencontre d’un vieux monsieur qui va lui redonner de l’espoir. L’homme recherche les couleurs qui ont disparu dans le noir tandis que l’enfant note dans son petit carnet bleu le nombre des goléands qui s’étouffent dans le pétrole déversé. C’est l’histoire d’un petit village breton qui résiste, qui survit, qui déplore et qui pleure.

Qui est l’enfant ? Le lecteur n’aura aucune réponse. Ses cauchemars sont récurrents. Il rêve de ce père disparu en mer. Il rêve de toutes ces algues en vie, désormais collantes et pourries au fond de l’océan. Il se souvient des jours où brillait encore le soleil de la Bretagne sur le grand menhir, ce colosse de pierre qu’il aime à retrouver.

Bientôt, tandis que l’enfant se perd en bêtises pour exister aux yeux du monde, l’été fera son retour, avec le grondement énorme de la mer qui rugit de liberté, le vent frais qui à nouveau siffle l’iode et le cri des mouettes, et toute la lumière qui redonne leurs couleurs aux vagues d’écume qui roulent sur les plages. Des goélands couvriront alors le ciel bleu, et tout le venin aura disparu des pierres. Il ne restera plus que l’odeur acide sur le sable, et au loin la mémoire de l’acier dans les rayons du crépuscule.

L’Enfant des vagues est un récit remarquablement mené, très bien écrit, où les ambiances, les couleurs, les sons et les odeurs sont parfaitement maîtrisés et sublimés dans un décor noir et bleu, où renait l’espoir dans les yeux d’un petit enfant innocent lorsque le soleil rend à la mer sa splendeur et sa force.

 

David Campisi

 


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A propos de l'écrivain

Marie-Hélène Prouteau

 

Marie-Hélène Prouteau est professeur de lettres. Elle a publié des essais (Éditions Ellipses) et deux romans : Les Blessures fossiles (2008) et Les Balcons de la Loire (2012) aux Éditions La Part Commune. Elle écrit également de la prose poétique ainsi que des chroniques littéraires. Originaire de Brest, elle vit à Nantes.

A propos du rédacteur

David Campisi

 

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David Campisi : vit en Suisse,

Passionné de marketing, de littérature, de philosophie et de politique.