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L’appât, José Carlos Somoza

Ecrit par Victoire NGuyen 13.05.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Babel (Actes Sud), Espagne, Roman, Polars

L’appât, octobre 2014, traduit de l’Espagnol par Marianne Million, 533 pages, 9,80 €

Ecrivain(s): José Carlos Somoza Edition: Babel (Actes Sud)

L’appât, José Carlos Somoza

 

Visage, Sentiment, Masque


Nous sommes à Madrid. Un tueur sévit dans la ville. Il retient des victimes et les tue selon un rituel bien précis. La police madrilène enquête et lâche dans la nuit des appâts, qui sont des agents profileurs d’un genre nouveau, afin de l’attirer et le neutraliser en vain. Des victimes continuent de disparaître. C’est ainsi que Diane, un appât expert, prêt à décrocher pour une vie « normale », entre en scène. Elle a du mal à attirer le criminel dans son piège d’autant plus que sa hiérarchie la surveille jour et nuit car Diane constitue une menace pour l’institution. En pleine enquête, sa sœur, appât elle aussi mais inexpérimentée, disparaît. Diane est plus que jamais déterminée à arrêter le coupable en employant les moyens les moins orthodoxes. La vérité va cependant éclater et Diane est à son tour prise au piège…

L’appât est un roman qui peut captiver un lecteur passionné de roman policier ou d’investigation. José Carlos Somoza opte pour une idée originale. Il met en scène non un enquêteur classique mais des agents d’un nouveau genre. Ils sont appelés des appâts. Formés par des pièces de théâtre shakespearien, ils sont capables de décrypter le désir humain dans chaque « criminal mind ». A chaque désir ou psynome, l’appât répond en affichant un masque qui excite ce désir chez le criminel. Fasciné par ce qu’il voit, au comble de l’extase et de l’orgasme, le criminel se laisse prendre au piège. Il ne peut se détourner du masque de l’appât. On dit alors qu’il est accroché. Cette méthode a permis à l’équipe madrilène de capturer de dangereux individus dont le dénommé Renard. Cependant, l’existence des appâts est contestée au sein des instances politiques. De plus, ceux-ci sont tout aussi dangereux que ceux qu’ils poursuivent. Ils peuvent aussi être traqués et détruits à leur tour. On dit qu’ils sont tombés dans la fosse. Le roman cite ainsi en exemple le destin tragique de Claudia, un appât hors pair mais détruit psychologiquement par le Renard.

« D’après cette théorie, ce que nous sommes, pensons et faisons dépend exclusivement de notre désir, et nous exprimons ce désir à chaque fraction de seconde par les gestes, les mouvements des yeux, la voix… Certains psychologues ont même envisagé la possibilité que cette expression soit quantifiable. C’est-à-dire qu’elle puisse se mesurer et se formuler grâce à une sorte de… code mathématique comme le génome, d’où le terme de psynome… ».

Même si l’intrigue est parfois réductrice et stéréotypée, il n’empêche que l’idée est intéressante. S’inspirant des théories du professeur Paul Ekman et de la criminologie empirique, José Carlos Somoza a su mener son intrigue vers un dénouement surprenant. Cependant, l’histoire souffre parfois d’un dialogue assez pauvre saupoudré de termes complexes et pseudo scientifiques. Le personnage de Diane, quant à lui, demeure désespérément… vide.

En conclusion, L’Appât constitue un moment de lecture agréable mais sans grande prétention.

 

Victoire Nguyen

 


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A propos de l'écrivain

José Carlos Somoza

José Carlos Somoza est né à La Havane en 1959 et vit à Madrid. Ses ouvrages, parus en français chez Actes Sud : La Caverne des idées (2002, et Babel n°604), Clara et la pénombre (2003, et Babel n°669) La dame n°13 (2005, et Babel n°793), La Théorie des cordes (2007, et Babel n°911), Daphné disparue (2008) et La clé de l’abîme (2009), sont traduits dans le monde entier (source auteur).

A propos du rédacteur

Victoire NGuyen

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Un peu de moi…

Je suis née au Viêtnam en 1972 (le 08 Mars). Je suis arrivée en France en 1982.

Ma formation

J’ai obtenu un Doctorat es Lettres et Sciences Humaines en 2004. J’ai participé à des séminaires, colloques et conférences. J’ai déjà produit des articles et ai été de 1998 – 2002 responsable de recherche  en littérature vietnamienne dans mon université.

Mon parcours professionnel

Depuis 2001 : Je suis formatrice consultante en communication dans le secteur privé. Je suis aussi enseignante à l’IUT de Limoges. J’enseigne aussi à l’étranger.

J'ai une passion pour la littérature asiatique, celle de mon pays mais particulièrement celle du Japon d’avant guerre. Je suis très admirative du travail de Kawabata. J’ai eu l’occasion de le lire dans la traduction vietnamienne. Aujourd’hui je suis assez familière avec ses œuvres. J’ai déjà publié des chroniques sur une de ses œuvres Le maître ou le tournoi de go. J’ai aussi écrit une critique à l’endroit de sa correspondance (Correspondance 1945-1970) avec Mishima, auteur pour lequel j’ai aussi de la sympathie.