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L'amour est une île, Claudie Gallay

Ecrit par David Campisi 22.08.13 dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Recensions, Roman

L’amour est une île, 2010, 351 pages, 21,80 €

Ecrivain(s): Claudie Gallay Edition: Actes Sud

L'amour est une île, Claudie Gallay

 

L’île, c’est Avignon. L’Avignon d’un été brûlant où le soleil chauffe les pavés, les corps suants, l’air qui vibre et les destins qui s’échauffent. Oubliez La Hague, on change de décor.

 

Une cité, des personnages


Une question traverse ce roman : combien de temps durera encore la révolte des galériens du « Off » au Festival d’Avignon ?

Nous sommes plongés dans le feu de 2003, au cœur du bouillon, aux côtés des acteurs et des intermittents du spectacle qui hurlent leur colère aux autorités sourdes dans les ruelles minuscules d’une cité enfermée dans ses murailles. Le vent ne souffle plus et lorsqu’il souffle, il est brûlant de rage.

Si Claudie Gallay a su séduire par son style dans ses romans précédents (à lire : Les DéferlantesDans l’or du temps), les personnages sont au cœur de L’amour est une île.

D’abord, il y a Odon. Odon Schnadel, directeur d’un petit théâtre, véritable légende du Off d’Avignon, taiseux. Il est la figure du marin ou du gardien de phare, celui qu’adore mettre en scène Claudie Gallay. Son unique souhait est de présenter une pièce durant le festival mais il va devoir essuyer la colère de ses amis qui le veulent solidaire à leur mouvement. Dans la marmite de cet été de canicule, il va retrouver son amour de jeunesse, celle que l’on nomme désormais la Jogar, actrice aujourd’hui célèbre et célébrée.

Il y a Marie, ensuite. Jeune, marginale, Marie s’automutile, parce qu’elle est trop belle et sans doute aussi parce que la perte de son frère Paul la ronge petit à petit. Mort qu’elle impute à Odon. Marie se lance dans une enquête décousue au cœur d’un festival paralysé. Le « in » a été annulé, le « off » est dans un chaos de feu, la cité est close. Parmi les manifestants, les comédiens et les spectateurs perdus, Marie va chercher des réponses.

 

Une ambiance


Le talent de Claudie Gallay est dans son style. Un vocabulaire précis, des phrases courtes et orales nous plongent dans la monotonie et la moiteur d’Avignon. On ressent les odeurs, la chaleur qui pourrit tout. La ville est un personnage qui gronde et Marie hurle en silence dans la douleur de son deuil.

Avec Les Déferlantes ou Dans l’or du temps, Claudie Gallay a su nous habituer à des atmosphères détonantes. A La Hague, nous pouvions entendre le vent siffler, les vagues écumantes s’écraser contre les falaises. A Avignon, nous ressentons toute la touffeur d’un monde en colère que personne n’écoute et nous plongeons en entier dans une guerre de silence où les uns refusent de jouer tandis que les autres veulent libérer l’art de tout carcan d’idéologie. A un coin de rue, une troupe amuse quelques badauds en sueur, sur la place d’en face des comédiens brandissent des panneaux de révolte. Les deux mondes cohabitent, œuvrent ensemble, ils sont frères et pourtant personne ne s’écoute. Il fait trop chaud pour écouter.

Marie va patauger dans les rues sans ombre. Odon va se battre pour que l’on joue sa pièce. La petite troupe va se déchirer et, pendant ce temps, la Jogar se promènera dans la cité sans air et narguera tout le monde de sa beauté fière et de son port altier.

Récit grandiose, roman génial, personnages surprenants, Claudie Gallay se décharge des Déferlantes et, si elle ne change pas de recette, s’empare d’un chaudron nouveau pour brasser les destins dans un lent mouvement de soleil.

 

David Campisi

 


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A propos de l'écrivain

Claudie Gallay

Claudie Gallay est née en 1961 : elle a publié six romans aux Editions du Rouergue, et un septième chez Actes Sud en 2010.


A propos du rédacteur

David Campisi

 

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David Campisi : vit en Suisse,

Passionné de marketing, de littérature, de philosophie et de politique.