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Jeunesse

Tarja, Jean-Noël Sciarini

Ecrit par Valérie Debieux , le Lundi, 20 Février 2012. , dans Jeunesse, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La Joie de lire

Tarja, 2011, 256 p., 16 € . Ecrivain(s): Jean-Noël Sciarini Edition: La Joie de lire

Le ton est donné au début de l’ouvrage via une citation d’Einstein : « Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé ».

Tarja est victime d’une rumeur, elle serait une « salope ». Jeune fille de son temps, elle connaît un franc succès auprès de la gente masculine avec, pour douloureux corrélat, une médisance crasse à son égard. Aucun propos insultant ne lui est épargné ; « facebook » sert de plate-forme aux commérages. Qui est donc « Tarja » sur laquelle tout le monde se défoule ? Dès les premières lignes, je me suis attachée à cette jeune fille, forte et fragile à la fois, qui, « du haut » de ses seize ans, va être happée par un monde sans pitié, celui de l’incompréhension, de l’exclusion et de la haine : elle a en effet décidé d’assumer sa grossesse malgré la complice indifférence du « Sénat » de son collège.

Tout est nuancé et écrit en filigrane ; nous avançons avec l’héroïne, nous souffrons avec elle, sans pathos, et nous apprenons à découvrir la vraie personnalité de Tarja. Une merveilleuse amitié la soude à Léon, fidèle et meilleur ami – personnage phare de ce roman qui émeut et séduit tant par sa loyauté que par sa sensibilité puis on se laisse surprendre également par l’amitié « forte et invisible » liant Tarja à Einstein ; au fil des pages, le récit nous rapproche de cette jeune fille qui finit par devenir « notre » meilleure amie et confidente et c’est ce qui fait l’une des forces de ce texte.

L'enfant et la nuit, Olivier Balazuc et Emmanuel Polanco

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 07 Février 2012. , dans Jeunesse, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

L’Enfant et la nuit, Gallimard jeunesse, 2012, 64 p. 22 €. (Livre CD) . Ecrivain(s): Olivier Balazuc et Emmanuel Polanco Edition: Gallimard

Récit initiatique et conte lyrique, L’Enfant et la nuit offre à son public un spectacle total ; spectacle dans un fauteuil qu’il pourra lire, voir et écouter en une association subtile. En une seule nuit et comme dans un rêve, les craintes les plus anciennes se réveilleront et prendront forme, les monstres et la mort se feront les alliés inattendus du rire et les enfants seront transportés dans un monde inquiétant et curieux.

Le jeune Virgile pénètre au cœur de la nuit pour ramener le jour. Dans sa chambre, sa sœur a peur, dans la sienne, leur mère malade se repose. Mais dans ce parcours obscur surgissent des êtres malfaisants, des rêves et des cauchemars. La belle mais cruelle reine Noctilia et son fidèle valet, le savant Evariste, attendent les jeunes noctambules pour les effrayer et se saisir de leurs larmes, composant essentiel de leur élixir de beauté éternel. « Un mirifique édulcorat », un « substrat de jeunesse » capable de donner naissance à cette « Eve nouvelle / Fruit de la science et du scapel » qu’incarne la reine de la Nuit. Virgile devra échapper à leurs pièges et ne pas céder aux mirages de la nuit.

La forteresse des lapins, Linda Zuckerman

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 04 Février 2012. , dans Jeunesse, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Récits, Seuil Jeunesse

La Forteresse des lapins, traduit de l’anglais (USA) par Daniel Lemoine (A Taste fort Rabbit), octobre 2011, 347 p. 16 € . Ecrivain(s): Linda Zuckerman Edition: Seuil Jeunesse


Si l’on vous parle d’une histoire de renards et de lapins, à quoi penserez-vous ? Non, il ne s’agit pas d’une adaptation de La Fontaine, ni d’un inédit de Béatrix Potter ou de Kenneth Graham… Sous les dehors d’une fable animalière, La Forteresse des lapins recèle un véritable thriller politique et économique où la loi du profit est poussée à son extrême. A travers le commerce illicite de chair comestible, une sorte de cannibalisme différé se dévoile. L’avidité s’exprime avec démesure et la folie gagne le consommateur prêt à tout pour voir ses désirs satisfaits.

La société des renards n’a rien à envier à la nôtre. Elle est particulièrement policée et civilisée. Ses citoyens ne chassent plus et se contentent de se fournir dans des épiceries. Chez le peuple des lapins, des mesures ont été prises pour parer aux nombreuses disparitions. Un couvre-feu et des tours de garde imposent ce qui se dessine comme un régime dictatorial jamais connu jusqu’alors. Les rouages se grippent lorsque certains se mettent à réclamer de la viande vraiment sauvage et que les autres sont prêts à sacrifier leurs congénères pour s’enrichir et prendre le pouvoir. Que se passe-t-il lorsque le lapin devient un loup et le renard un mouton ?

L'Algérie ou la mort des autres, Virginie Buisson

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Vendredi, 03 Février 2012. , dans Jeunesse, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

L’Algérie ou la mort des autres, Gallimard, Scripto, 5 janvier 2012, 112 p., 7 € . Ecrivain(s): Virginie Buisson Edition: Gallimard

 

L’Algérie ou la mort des autres est un court roman autobiographique qui narre dans une langue acérée et fulgurante six ans de guerre. Une guerre vécue par une enfant dont le père, gendarme, est muté de la Lorraine à l’Algérie. Une guerre qui de lointaine, vague rumeur noyée dans les amusements de la narratrice petite fille, se rapproche au fur et à mesure pour transformer radicalement sa vie et son regard sur les « autres » qui meurent si facilement autour d’elle. Si ce roman est paru pour la première fois en 1978, on doit à la collection Scripto, de Gallimard, une belle réédition destinée aux jeunes adultes, à l’occasion du cinquantenaire de la fin du conflit franco-algérien.

D’emblée le texte est étonnant, peut-être déroutant, mais en tout cas envoûtant : l’écriture est fragmentée, kaléidoscopique, nous proposant un incessant va et vient entre la France d’avant 1954, l’Algérie et la France d’après 1962. De petits paragraphes se succèdent comme autant de petits cristaux de couleur, composant et décomposant les paysages et les sensations d’une mémoire douloureuse.

Les profanateurs, Martial Caroff

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 28 Janvier 2012. , dans Jeunesse, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gulf Stream Editeur

Les Profanateurs, Ed. Gulf Stream, 2012, 223 p., 13,50 € . Ecrivain(s): Martial Caroff Edition: Gulf Stream Editeur

Avec Les Profanateurs, nous voilà plongés dans la Grèce Antique, découvrant la deuxième aventure d’un enquêteur sorti des sentiers battus. Antisthène, philosophe créateur de l’école des Cyniques et disciple de Socrate, est le héros ingénieux et fort en gueule de ce roman noir à la mode antique. Doté d’acolytes truculents et d’une liberté de paroles sans limites, il empoigne la vérité de sa main crasseuse et se fait le censeur irrévérencieux des plus grands comme le contempteur des bassesses de ses contemporains.


« Vois mes élèves ! Fils de chevaliers, de commerçants ou même d’esclaves, peu m’importe ! Je ne les reçois qu’à trois conditions : qu’ils soient vifs d’esprit, qu’ils acceptent de s’habiller pauvrement et qu’ils crachent sur les conventions et sur les bouffis d’or comme toi et les tiens ! »


Nous voici donc en 415 avant J.-C., à Athènes. Alors que le stratège Alcibiade assaille la Sicile, des scandales inouïs secouent la cité : les statues d’Hermès se réveillent mutilées et la cérémonie des Mystères d’Eleusis se trouve tristement parodiée. En ces temps de guerre, tous les présages comptent et les rumeurs vont bon train.