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Les petites bêtes de Tatsu Nagata

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 25 Janvier 2012. , dans Jeunesse, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Seuil Jeunesse

Les petites bêtes de Tatsu Nagata, traduit du japonais par Thierry Dedieu, 192 p. 14,90 € . Ecrivain(s): Tatsu Nagata Edition: Seuil Jeunesse

Parmi la profusion d’ouvrages sur les animaux, proposée par l’édition jeunesse, la production de Tatsu Nagata dénote très nettement. Dans ses albums de sciences naturelles destinés aux tout-petits, il allie une extrême simplicité à une efficacité redoutable et à un humour omniprésent. L’exercice est enlevé, pertinent et bigrement intelligent. Il raconte ce qu’un scientifique en herbe est susceptible d’observer, à l’instar du professeur Nagata, scientifique reconnu et amoureux de la nature et croqué avec réussite dans de savoureux autoportraits.

Les petites bêtes de Tatsu Nagata rassemble huit de ces albums.  L’illustration sur une double page est accompagnée d’une phrase-clé offrant une observation sur l’animal étudié. Les images sont sobres et drolatiques, elles jouent sur des gammes de couleurs épurées et franches. Le propos énonce une réalité scientifique tout en laissant une grande place à l’humour, soit par contraste avec l’image, soir par effet d’exagération. De la même façon, les illustrations prêtent souvent à rire : tantôt elles jouent sur la personnification de l’animal, les lunettes à huit verres de l’araignée, le ver de terre attablé ou la fourmi éleveuse de pucerons en sont de bons exemples ; tantôt elles prennent au pied de la lettre la phrase correspondante, ainsi, face à l’escargot, « la tortue est rapide » et semble courir, alors qu’en hiver, il reste au fond de sa coquille, dotée d’une cheminée fumante.

Tu ne jugeras point, Armel Job

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Lundi, 23 Janvier 2012. , dans Jeunesse, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Mijade

Tu ne jugeras point, éditions Mijade, octobre 2011, 287 p. 12 € . Ecrivain(s): Armel Job Edition: Mijade


« Tu ne jugeras point par crainte d’être jugé », Matthieu VII.


Denise Desantis est une mère exemplaire : elle s’occupe admirablement de ses quatre enfants, soigne incomparablement son mari et sa maison et se rend pieusement, presque tous les jours, à l’église du bourg contempler le Vieux Bon Dieu, un Christ en croix médiéval qui jouxte un prémonitoire autel à répit, où l’on venait déposer les enfants mort-nés.

Dans cette campagne belge, un peu plate, un peu morne, un peu oubliée de tous, la vie est paisible, bien que difficile : les Desantis sont de « petites gens », « pauvres mais dignes » comme le souligne l’un des personnages du roman. Alors pourquoi un beau matin, en dépit de ce dévouement qui semble sans failles, Denise laisse-t-elle sa poussette devant un commerce, alors que David, 13 mois, y dort bien à l’abri sous sa capote  et son cache-pied ? Ce jour-là, c’est l’effroi : David ne réapparait plus vivant et tout le village, qui a encore en mémoire la sinistre affaire Dutroux, est en émoi : les habitants veulent un coupable à tout prix.

Les poissons viennent de la forêt, Jean-Yves Loude

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 18 Janvier 2012. , dans Jeunesse, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Contes, Belin

Les poissons viennent de la forêt, images d’Alain Corbel, Belin, terres insolites, 126 p, 5,60 € . Ecrivain(s): Jean-Yves Loude Edition: Belin

Jean-Yves Loude aime briser un peu les codes : quand il écrit des livres pour la jeunesse, c’est pour faire lire les moins jeunes. C’est une stratégie. Il faut même parfois un long chemin pour s’initier aux contes de fée. Ainsi Bruno Bettelheim.

Ici plusieurs rendez-vous sont proposés au lecteur. Historique, géographique, anthropologique. Au milieu du XVI° siècle, un bateau d’esclaves angolais fait naufrage sur la petite île de Sao Tomé. Ce groupe transmettra ses rites et ses mythes jusqu’à nos jours. J.Y. Loude les a approchés. L’histoire de Kéta est plus qu’un hommage : une plongée géographique, une traversée historique, un témoignage anthropologique. Loin des clichés scolaires « culture et civilisation », le récit de Kéta va tutoyer l’universel.

« Depuis que je suis mort, je suis devenu bavard… ». Ainsi commence l’histoire de Kéta. Quelle histoire ? Mais quelle histoire ! Une histoire de décision. Une Vie. Décision pour Kéta de quitter le monde des morts (qui est le monde des vivants ancêtres du XVI° siècle ?) pour se réincarner, ici et maintenant, en un fils, forcément quand on n’est qu’esprit… Ah la filiation. Revient en mémoire la litanie œdipienne : de qui donc suis-je né ? Les Grecs ici sont noirs. Les Hellènes se métissent. Les Angolares sont de grands résistants. Et Kéta un de leurs descendants. Quel sera son héritage ?

Monstres et dragons, Encyclopédie mythologique, Matthew Reinhart et Robert Sabuda

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 17 Janvier 2012. , dans Jeunesse, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Seuil Jeunesse

Monstres et dragons, Encyclopédie mythologique, traduit de l’anglais par Marjorie Bourhis, 2011, 30€. . Ecrivain(s): Matthew Reinhart et Robert Sabuda Edition: Seuil Jeunesse


Monstres et dragons est le dernier volet d’une Encyclopédie mythologique enchanteresse et regorgeant de culture et de surprises. Vous y serez assaillis par une tête de Méduse terrifiante, par un vampire sortant de son cercueil ; des dragons rugissant y dansent dans le ciel ou s’affrontent à des chevaliers ; le fabuleux Kraken y précipite un navire au plus profond des abysses ; un loup-garou y hurle la douleur de sa métamorphose ; un cyclope s’y transforme en fossiles préhistoriques…

Vous l’aurez deviné, il s’agit d’un pop-up ; où par de savants jeux de pliages et d’imbrications, les auteurs proposent un voyage ludique et savant, une féerie pleine de frissons, aux curieux de tous les âges. Chaque page offre une première apparition accompagnée d’explications claires et précises, les fenêtres gigognes apportent des compléments sur des mythes similaires.

Thomas Quelque Chose, Frédéric Chevaux

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Samedi, 14 Janvier 2012. , dans Jeunesse, Les Livres, Recensions, Critiques, La Une Livres, Roman, L'école des loisirs

Thomas Quelque Chose ; Ecole des loisirs ; septembre 2011 ; 87 p. 8€ . Ecrivain(s): Frédéric Chevaux Edition: L'école des loisirs

Thomas a dix ans, il aime ce qu’on lui dit d’aimer, fait ce qu’il faut faire, est poli, ponctuel, incolore en somme. Il a son meilleur ami Grégoire qui inverse les « m » et les « p » quand il est anxieux, son jeu de fléchettes, ses encyclopédies de géographie et son livre fétiche : L’abordage de Monsieur Belles. Sa spécialité ? Voler les craies pour dessiner sur le goudron ses rêves d’envol, de départ vers un endroit où il aurait de la consistance. Thomas est persuadé qu’il n’existe pas : son père travaille tout le temps, sa mère est perdue dans le labyrinthe brumeux de sa tête, à la poursuite d’un grand frère disparu, parti travailler loin, pour fuir la poix et le goudron domestiques.

D’ailleurs Thomas surnomme sa mère « la courgette » ou « le tube de dentifrice », son état du samedi, lorsque son esprit est opacifié par l’absorption de trop nombreux antidépresseurs.

Un soir, à la suite d’une conversation décousue à propos de Dédale, du Minotaure et de Pasiphaé, ses parents dérapent et lui révèlent que lui aussi, comme l’être hybride né de cette union contre-nature est un accident : « Mais toi, tu n’es pas un monstre, on ne te cache pas. ». Oui, mais on ne t’aime pas non plus, semble sous-entendre le dialogue absurde de la famille réunie dans la cuisine.