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Je paie, Emmanuel Adely

Ecrit par Thomas Besch-Kramer 07.09.16 dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Essais, Inculte

Je paie, août 2016, 800 pages, 23,90 €

Ecrivain(s): Emmanuel Adely Edition: Inculte

Je paie, Emmanuel Adely

 

Dire d’un banquier « c’est un cynique » c’est faire injure à la philosophie des cyniques. Dire d’un banquier « c’est un être froid » c’est faire injure à la météo qui nous offre par temps froid des givres et des flocons. Dire d’un banquier « c’est un Séguéla », voilà mon propos que reprendrait certainement Emmanuel Adely qui cite ledit Jacques : « (…) même un clochard peut économiser 1500 € ».

Le banquier et Jacques sont des personnes riches et nauséabondes ; lire les notes de frais d’Emmanuel Adely et l’exergue d’une information des journaux est un exercice ludique et salvateur. L’auteur montre l’inanité de la richesse et de son système consumériste quand des « news » font la une. Je paie montre le pouvoir des cartes bleues quand un pauvre ne peut même pas laisser quelques centimes de pourboire après son café – seule abordable boisson pour moi, pour nous les pauvres.

C’est un pari osé et non-identifié que de ne pas écrire : simplement rapporter des notes d’achats et des « news ». On le voit aussi, les « news » sont inabordables pour un pauvre : elles sont traitées par les corps gras et riches des journalistes de plateaux TV ou de presse qui confortent les corps gras et riches des millionnaires qui se multiplient.

La beauté, la bonté est ailleurs, entre les lignes, dans les blancs du texte qui permettent une réflexion sur l’année 2015 écoulée. Je paie montre aussi qu’Emmanuel Adely ne pourrait pas vivre sans argent – qui le peut ? Nos sociétés sont devenues bronzées et bellâtres comme le dit Jacques : être Séguéla, c’est vivre en société bancarisée et multiplexée d’informations ineptes, rendues insipides par ledit traitement « séguélesque » de l’information : on épure, on purifie les corps gras et riches par des semonces de misère ou des malheurs du monde. Bref, lire Je paie avec patience, parcimonie, quand le temps vous dit, pour se replonger dans l’épilogue d’un monde postmoderne qui déçoit mes neveux et les classes moyennes. Je paie est un moyen détourné de philosopher et de poser des questions : c’est un « livre » qui vaut plus d’une livre et en pèse moins d’une : in-con-tour-na-ble pour une prise en compte du réel consumériste, « news » en tête !

 

Thomas Besch-Kramer

 


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A propos de l'écrivain

Emmanuel Adely

 

Emmanuel Adely est un écrivain français né à Paris en 1962.

 

A propos du rédacteur

Thomas Besch-Kramer

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Lauréat du Conseil International d'Etudes Francophones (Ottawa, 2005), je ne cesse d'interroger l'art, les sciences et les religions sur les questions du bien, du mal. J'ai fréquenté les cieux avec l'aviation et les langues avec l'enseignement.