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Je ne vous quitterai pas, Pascal Louvrier

23.06.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Allary Editions

Je ne vous quitterai pas, janvier 2015, 300 pages, 18,90 €

Ecrivain(s): Pascal Louvrier Edition: Allary Editions

Je ne vous quitterai pas, Pascal Louvrier

De déclin en déclin, la fascination de Pascal Louvrier pour les vies vénéneuses s’étirant vers la mort de ceux dont l’esprit bande encore au seuil de la disparition, s’est écrite dans ce roman vif où s’entrecroisent les destins des deux personnages principaux, morts à quelques vingt ans de distance. « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas », ce sont les derniers mots de l’allocution du Président Mitterrand en 1994, quand il allait quitter le pouvoir. Ces tout derniers mots publics habillés encore de la précieuse pourpre des destins hors du commun, Pascal Louvrier en a fait le titre de son roman. Roman, c’est bien ce qui est marqué sur la couverture quand, en lisant le texte, l’imbrication du faux et du vrai vous promène dans le doute puis dans l’absolution : qu’importe l’Histoire quand on a l’histoire.

Liebert, donc, le narrateur, l’homme dans l’ombre de celui au chapeau, de celui qui aimait tant les balades sur les quais de Seine, qui aimait tant se promener dans les cimetières – on l’imagine parfaitement s’inclinant sur la tombe d’un grand homme, se disant tu es mort quand moi, malade depuis tant de temps, je suis encore vivant. Liebert, un peu comme Lieber, qui en allemand est l’aimé. Pascal Louvrier nous tend la complicité de ses deux personnages en pas chaloupés, pas de côté, pas cadencés par les lois du pouvoir, pas celles qu’on croit connaître mais celles implicites, qui disent je sais que tu sais que je sais que tu sais mais je ne dirai rien, même à toi je ne dirai rien.

C’est un roman – c’est presque un essai sur l’art du silence appliqué à la solitude, celle essentielle, celle essencielle pourrait-on dire, celle d’hommes qui vivent dans les nuages, bien au-delà du commun des mortels.

Le roman, c’est comme un portrait qui nous apprend plus de choses sur le photographe que sur le photographié. Ce qui est à l’œuvre dans ce livre et dont l’auteur affuble son personnage, c’est l’idée du mal, c’est l’espace littéraire comme terrain de jeu de l’esprit où l’autofiction molle, celle qui dit la déliquescence d’une société de fin de race, privée de repères extérieurs et incapable de s’en donner, n’aurait pas droit de cité. Qu’on se le dise, la littérature bande encore ; de voir le tortueux cheminement de l’esprit des deux protagonistes du roman et la façon aigüe dont Pascal Louvrier le met au jour est une jubilation. Surtout quand parfois se voit la perte, le tendre vacillement qui dit l’humain, le défi à la mort de ceux qui savent qu’elle sera de toute manière gagnante mais où le jouir, jouir encore un peu résonne comme l’imploration enfantine à un dieu auquel on sacrifie les forces de l’esprit – croyance contradictoire où on joue à faire peur au diable, où on joue à la pensée magique et ça marche.

L’écriture pêche parfois par manque d’allant : c’est la niche idéale pour un lecteur, car que serait un cheval qui galope tout le temps au risque de perdre son cavalier ? Les vrais livres le sont par leurs défauts.

 

Astrid Waliszek

 


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A propos de l'écrivain

Pascal Louvrier

 

Pascal Louvrier est l'auteur de nombreuses biographies (Georges Bataille, Paul Morand, Philippe Sollers, Françoise Sagan, Fanny Ardant…). Ses travaux de « ghost writer » lui ont fait rencontrer de nombreux hommes de pouvoir. Je ne vous quitterai pas est son premier roman (source : Allary Editions).