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Je ne me souviens pas, Mathieu Lindon

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret 07.04.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, P.O.L

Je ne me souviens pas, mars 2016, 160 pages, 14,90 €

Ecrivain(s): Mathieu Lindon Edition: P.O.L

Je ne me souviens pas, Mathieu Lindon

 

Quoique publié comme le célèbre livre de Perec (Je me souviens) par Paul Otchakovsky-Laurens, la formule négative proposée par Mathieu Lindon – et même par effet de revers ou de creux – ne cultive pas la même proposition fût-elle inversée que celle du premier. A la littéralité expressionniste et radicale de Perec fait place un impressionnisme disert. Cette proposition ne manque pas d’intérêt, mais Lindon se coule dans une dissertation trop sage sur des sentiments, des choses, des connaissances oubliées, afin de créer l’envers de l’apparentement par effets d’anti-mémoires.

Chaque « entrée » définit des creux, des vides qui veulent prendre valeur d’aura au sein d’une prise de vue rasante mais qui décolle du vide par effet de lyrisme. Certes et d’une part on peut y voir – avec beaucoup d’imagination – une manière de prendre l’inconscient à revers. D’autre part, au moyen de la nomenclature filée et défilée, le paradigme que l’œuvre déploie sort de la nostalgie qui animait Perec puisque seule l’absence est questionnée. Mais si la stratégie est ambitieuse, le propos l’est moins. Et ce par manque d’écriture. Elle est remplacée par un travail d’analyse, si bien que les éléments dont l’auteur ne se souvient pas perdent de leur force poétique.

L’écriture par manque d’ambition s’implique elle-même comme l’absente, la retirée, l’endeuillante qui tente pourtant de reconstituer un « ensemble ». Il y a là sans doute un autoportrait intéressant parce qu’il s’extrait forcément – du moins a priori – de l’événementiel biographique. Mais le parfait autoportrait fomenté par l’effet de trou ne pourrait être creusé que par l’écriture. Au lieu de purger ce trou, celle de Lindon le comble. Certes il était peut-être quasi impossible de laisser à blanc ce qui n’a d’existence que l’oubli. Sinon à trouver l’équivalent littéraire au carré blanc sur fond blanc de Malevitch. Mathieu Lindon ne va pas jusque-là, il reste dans les clous pour proposer aux fantômes perdus de ce qu’il a oublié une sorte d’aura plus ou moins plaquée. C’est une figure de style. Elle se donne comme aptitude à rendre l’absence comme admirablement présente mais moins par effet de langue que par pure astuce de pensée.

 

Jean-Paul Gavard Perret

 


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A propos de l'écrivain

Mathieu Lindon

Mathieu Lindon, né le 9 août 1955 à Caen est un écrivain et journaliste français.

Famille : il est le fils de l'éditeur Jérôme Lindon et le cousin de l'acteur Vincent Lindon.

A propos du rédacteur

Jean-Paul Gavard-Perret

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Domaines de prédilection : littérature française, poésie

Genres : poésie

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Fata Morgana, Unes, Editions de Minuit, P.O.L

 

Jean-Paul Gavard-Perret, critique de littérature et art contemporains et écrivain. Professeur honoraire Université de Savoie. Né en 1947 à Chambéry.