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Je de l’Ego, Narration entaillée, Vincent Motard-Avargues

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 09.07.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Editions du Cygne

Je de l’Ego, Narration entaillée, mars 2015, 91 pages, 12 €

Ecrivain(s): Vincent Motard-Avargues Edition: Editions du Cygne

Je de l’Ego, Narration entaillée, Vincent Motard-Avargues

 

Narration entaillée, Je de l’Ego, l’image d’un radar en guise de première de couverture illustre heureusement le chant du cygne (nom de la maison qui a publié le livre) / le champ poétique ici livré par Vincent Motard-Avargues.

Des morceaux d’existence disloquée comme des rémanences rétiniennes sur/sous les paupières mi-closes d’une vie pour l’heure adossée / en arrêt / en sursis.

« La fête sauvage électronique bat son plein. Les basses fréquences font trembler le sable de cette forêt proche de l’océan.

Sous l’emprise d’un acide, Noé Vida ne peut plus bouger d’un cil.

Adossé à un pin, sa vie lui revient brutalement, par flashs syncopés, hachés. Ses multiples identités, ses Je sans moi ».

Et Noé Vida porte bien son nom.

Comme on porte le vide d’une existence en sursis – en rémission ? Comme ce vide peut porter une non-vie, un plein-creux dans la richesse abandonnée / dépouillée d’une Arche-de-Noé dans la traversée vers… quel Siddharta (ou presque) ? Vers quel polder d’homme ? Quelle prison ? Quels demains ? QuelsDanses & Chants ? Quelle Paix ? (Les mots en italiques reprennent des titres de chapitres du recueil).

Vers quel Je de l’Ego, d’où jaillit l’existence, se rebâtira la solidarité de solitudes sans racines, brisées dans leur singularité, dans leur… insularité ?

La voix de Vincent Motard-Avargues entaille la narration dans l’espace de la page où le temps se fracture et reconstruit la fatigue des mots en même temps que les mots édifient le sens de ce qui passe / fuit / se délite.

 

« Tu avais du sans

pleines mains

yeux d’ambre

tête océan

acouphènes d’absences

d’autres couraient

au long

des aubes

sèches

 

toi tu vacillais

via tempes arides

du lieu

où demain ne

s’épelle plus ».

 

Je de l’Ego – un road-movie initiatique. Des bouts de route / des bribes de chemins poursuivis ou interrompus, voire brisés, déroulent des séquences d’un Moi démultiplié en Ego décentré par l’(Im)permanence (titre d’un recueil de Vincent Motard-Avargues, paru en 2015 aux éditions Encres Vives)

 

« Siddharta (ou presque) »…

… l’(Im)permanence du Si peu, Tout (Editions Eclats d’Encre, 2012) où l’existence s’appose, dans le

« tout trop mouvements

en évidences pleines

et

tu assommé ici

poids aux manques

eux accrochés là

meutes rythmiques

et

toi qui traces tu

en contours internes »

 

où le vide, le plein creux, les multiples identités d’un Je sans moi

« tout

 

défile défoule

tombe tourne

ressasse rappelle

revit s’échappe

 

toi

enfant hommes

homme passés

passé présents

présent futurs »

où la vie en radar tourne autour de ses inutiles urgences, ses brèves de sécurité vaine

par flash syncopés, hachés

puisque nous voyageons, ici, dans le road-movie d’un film initiatique où le Je d’un anti-héros tente de ramasser d’un ego, Ce Qui Reste (revue en ligne créée par VMA), ce qui va, émietté par la nuit / émietté par les mouettes de l’Envie / récolté par les oiseaux de la Vie.

L’évidence du cosmos et de soi est remise en question dans l’univers de Vincent Motard-Avargues. Rien ne va de soi. Les titres de l’auteur renvoient notre attention vers cet arrêt dans la logique des choses qui d’ordinaire se suivent et s’ensuivent. Ainsi : À ce qui est de ce qui n’a, L’Alpha est l’Oméga, rien ne va de soi comme un Recul du trait de côte, Leurs mains gantées de ciels, Un écho de nuit où se ricoche la lumière dans la profondeur du silences & de ténèbres mystérieuses. De même que fonctionne le réel sur le principe des Matriochka (titre d’une des parties du recueil), le concept de structure gigogne, d’objet emboîté, de même les poèmes de Je de l’Ego sont-ils sécables dans les plages de néant formées par la page blanche, sans autres rives que celles du vide mais cependant avec les mains pleines du sans (tu avais du sans / pleines mains), dans un tempo disharmonique pour tenter de saisir encore un bord où tenter de retenir

 

« toutes ces heures

à courir après

minutes creuses

tous ces heurts

à attraper

coups de lune folle »

Je de l’Ego peut résonner dans le champ / le chant d’une déconstruction où

Je

et

tu

pourraient s’imbriquer de façons aléatoires et modulables sur un tempo traversé de résonances, sans diapason vraiment, de solitudes en insularités.

Une île habitée d’une conglomération d’existences où l’espace du silence qui les taisent, le hiatus de l’absence au cœur des êtres en présence coordonnent encore le manque, les ombres, les spectacles sans spectateurs,

 

« les corps de théâtre

 

machine à vivre

robot d’être »

 

ainsi le lien établi encore par la conjonction de coordination « et » entre les vers hachés, une jointure entre les vibrations, une prothèse entre les déchirements, une parenthèse du temps, où surgit malgré tout en dépit de tout

« quelque chose

ô

quelqu’un »

La foule fait masse – un plein creux –, sous l’emprise du bruit de la fête sauvage électronique, de l’acide

 

Le Je du narrateur

assommé

accroche en contours internes

 

des lambeaux de silence

éloquent

des morceaux de sa vie

– ou non-vie –

aux arbres dévastés d’une mémoire traversée de flashbacks syncopés et qui espère – peut-être – dans le ciel du passé comme l’oiseau incendié, comme un être foudroyé, solo de mille chœurs, renaître de ses cendres.

 

« Comme un être

ce murmure

de mille voix »

 

toi / je / tu

face au tout – Si peu, Tout – d’existences imbriquées dans une vacuité – poids aux manques où résonne un vide de sens à raccorder

malgré tout

à quelqu’un : au Silence

existences nomades sans gare ni départ ni destination, grain à grain agglomérées dans le sable des minutes où puise le temps, s’épuise l’existant en prise au

 

« tout

(qui) est

un

vérité

percutante »

où rien ne chante plus sauf, quand le toi, quand le tu, retient le Je de l’Ego attentif, non plus rétif, dans les rets de l’adversité de l’Autre, juste ce qu’il faut pour que s’échappe pourtant encore, là, un

« bruissement d’êtres

au loin où l’

existence existe »

pour que le Je de l’Ego se surprenne à rêver encore

« oh oui

j’ai rêvé

à une chambre moins

froide

où conserver sa terre

ocre

et dormir apaisé

un peu »

Désespérément lucide ce « chant du cygne », ce Je de l’Ego de Vincent Motard-Avargues jette un coup de projecteur sans concession sur la plaine abrupte les tempes arides d’un monde insulaire où se tourne un film sans pellicule, se joue un spectacle sans spectateur, mais où quelqu’un / quelque chose fait encore vibrer et se déchirer les acouphènes d’absences / pour le meilleur de résonances revenues d’un écho de nuit / revenues de tout…

Une lueur, une absence où tout s’étiole dans le soliflore du Silence mais où se dit, mais où tout s’écrit,« par caresse âpre du ressac », « un oui sans fin » à la vie, même plein en creux d’amers esquifs faux radeaux promesses de naufrages, cependant confirmé par ces regards sans concession vers l’océan qui nous emportent et nous font fuir encore au-devant de la vie nos désirs en escapades.

 

« Je dis

un rêve

un spasme

une brèche

qui me flotte

qui me berce

je dis

un rien

je vis

le courant

un choc

une folie

qui me hèle

qui me tranche

je vis

le temps

je suis

ce miroir

un temple

une abstraction

qui me dessine

qui me hachure

je suis

ce souffle

je décris

l’horizon

un vœu

une idée

qui me raye

qui me détermine

je décris

l’ailleurs »

 

Murielle Compère-Demarcy

 


 

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A propos de l'écrivain

Vincent Motard-Avargues

 

Vincent Motard-Avargues, né en 1975 à Bordeaux, où il vit et travaille, exerçant photo et musique en amateur, est l’auteur de deux livres : Si peu, Tout, Éclats d’Encre (2012) et Un écho de nuit, Éditions du Cygne (2011). Sont également parus : À ce qui est de ce qui n’a, Encres Vives (2013), Leurs mains gantées de ciels, Encres Vives (2012), Le village retrouvé, Encres Vives (2012), L’Alpha est l’Omega, Éditions 36° (2011).

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

S'attèle encore. À écrire une vie, ratée de peu, ou réussie à la marge.

Publie en revues (La Revue Littéraire (éditions Léo Scheer), Poezibao, Phoenix, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret,  …).

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Nouvelle Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Texture, …

Effectue des lectures : Maison de la Poésie à Amiens ;  à Paris : Marché de la Poésie (6e), Salon de la Revue (Hall des Blancs-Manteaux dans le Marais, Paris 4e), dans le cadre des Mardis littéraires de Lou Guérin, Place Saint-Sulpice (Paris, 6e), Festival 0 + 0 de la Butte-aux-cailles, Melting Poètes (Paris, 14e) ; auteure invitée aux Festival de Montmeyan (Haut-Var)[depuis août 2016] ; au Festival Le Mitan du Chemin à Camp-la-Source en avril 2017;  [Région PACA] ; au Festival Découvrir-Concèze (Corrèze) du 12 au 18 août 2018

Lue par le comédien Jacques Bonnaffé le 24.01.2017 sur France Culture :

https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/courriers-papillons-24-jour-deux-poemes-de-front