Identification

Impurs, David Vann

Ecrit par Zone Critique 08.04.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA, Gallmeister

Impurs, 2013, 288 pages, 23,10 €

Ecrivain(s): David Vann Edition: Gallmeister

Impurs, David Vann

La cause littéraire vous présente aujourd'hui un nouvel article de son partenaire Zone Critique

 

L’écrivain américain David Vann, auteur notamment du recueil de nouvelles Legend of a Suicide, nous revient en beauté avec son dernier roman, Impurs, une réflexion sur l’impureté en forme de récit initiatique : Zone Critique recommande chaudement.

Impurs. Avant de lire le livre, on se demande de quelle impureté il s’agit. Quelle est la jauge d’évaluation ? La religion ? La société ? La morale ? L’hygiène ? On sait d’emblée que les personnages seront impurs. Mais par rapport à quoi ? La richesse du roman de David Vann vient de son refus de clairement répondre à cette question. L’impureté n’existe pas en soi. Sans justifier les actes de Galen, le personnage principal, le romancier nous amène vers des horizons troubles où l’on se surprend à comprendre, voire accepter le meurtre d’une mère et la fornication d’une cousine. D’une apparence certainement impure, l’attitude du jeune Galen nous piège parce que narrée de son propre point de vue. On le comprend parce qu’on est dans sa tête.

L’écriture nous bouscule sans arrêt. Pas de répit pour le lecteur. Simples, secs et violents par moment, les paragraphes se succèdent avec des interstices langoureux et poétiques, où l’écriture, comme le récit, semble arrêtée, en apesanteur, reprenant son souffle pour de nouvelles épreuves.

Epreuve initiatique.

Parce que ce livre est une épreuve ! Épreuve éminemment physique pour Galen, une sorte d’épreuve initiatique. Mais épreuve aussi pour le lecteur qui ressent les souffrances physiques causées par la chaleur, la faim et la fatigue. Un personnage à la vision philosophique et transcendante, sans cesse rattrapée par la banalité des besoins primaires. Un personnage trop sur-humain (au sens nietzschéen du terme) ou trop bête, animal. Mais un personnage assurément pas humain. Ce paradoxe est palpable dans tout le livre : « il ne voulait plus jouer un rôle dans la société humaine. Il voulait se joindre au temps géologique. Mais il lui fallait d’abord tenir la journée, et même cela lui semblait aussi long que la transformation du désert en jungle ».

Jungle, désert, terre, soleil, montagne : la nature est omniprésente dans l’œuvre de Vann. La nature comme la seule issue possible pour Galen. Une nature synonyme de disparition d’attaches humaines. Une nature devant l’aider à se soulever au-delà de l’humanité, ou alors à le rapprocher de la bête.

Passages lyriques, réflexions philosophiques, observation sociologique, description d’une nature savoureusement sauvage et une posture ni déterministe ni psychologisante, le roman de David Vann mérite à coup sûr d’être lu et RELU. N’est-ce pas là un signe qu’on a dans les mains non plus un simple roman, mais une œuvre littéraire ?

 

Shayan Mousavi (Zone Critique)

 

http://zone-critique.com/2014/01/06/impurs-david-vann/

 


  • Vu : 1714

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

David Vann

 

David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska, et y a passé une partie de son enfance avant de s’installer en Californie avec sa mère et sa sœur. Il a travaillé à l’écriture d’un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d’un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succès à se faire publier aux États-Unis : aucun agent n’accepte de soumettre le manuscrit, jugé trop noir, à un éditeur. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer : il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée. Après avoir traversé les États-Unis en char à voile et parcouru plus de 40.000 milles sur les océans, il échoue lors de sa tentative de tour du monde en solitaire sur un trimaran qu’il a dessiné et construit lui-même. En 2005, il publie A mile down, récit de son propre naufrage dans les Caraïbes lors de son voyage de noces quelques années plus tôt. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times. Ce premier succès lui permet de gagner partiellement sa vie grâce à sa plume et il commence à enseigner. David Vann propose alors Sukkwan Island à un concours de nouvelles qu’il remporte et, en guise de prix, voit son livre publié en 2008 aux Presses de l’Université du Massachusetts. L’ouvrage est tiré à 800 exemplaires puis réimprimé à la suite de la parution d’une excellente critique dans le New York Times. Au total, ce sont pourtant moins de 3000 exemplaires de cette édition qui seront distribués sur le marché américain. Publié en France en janvier 2010, Sukkwan Island remporte immédiatement un immense succès. Il remporte le prix Médicis étranger et s’est vendu à plus de 230.000 exemplaires. Porté par son succès français, David Vann est aujourd’hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours. Il est également l’auteur de DésolationsImpurs et de sept autres livres pour certains encore inédits aux États-Unis. Il partage aujourd’hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l’Angleterre où il enseigne tous les automnes la littérature (source Gallmeister).

 

A propos du rédacteur

Zone Critique

 

Le Pari de la culture !