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Ils ne sont pour rien dans mes larmes, Olivia Rosenthal

Ecrit par Marianne Desroziers 02.07.12 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Verticales, Essais

Ils ne sont pour rien dans mes larmes, février 2012, 115 p. 11,50 €

Ecrivain(s): Olivia Rosenthal Edition: Verticales

Ils ne sont pour rien dans mes larmes, Olivia Rosenthal

Quel film a changé votre vie ? Telle est la question que l’écrivain Olivia Rosenthal a posé à des individus très différents, issus de milieux divers. Olivia Rosenthal, auteur du remarqué et remarquable Que font les rennes après Noël ? où elle mêlait les résultats de son enquête auprès des professionnels travaillant avec les animaux à une fiction beaucoup plus personnelle, fait ici œuvre de sociologue en donnant la parole aux spectateurs de films sans se départir du style qui est le sien. Il ne s’agit pas pour autant d’un livre sur la cinéphilie : Eraserhead de David Lynch y côtoie Thelma et Louise de Ridley Scott ou encore L’arbre aux sabots d’Ermanno Olmi. C’est le rapport entre fiction et réalité qui intéresse Olivia Rosenthal. Cependant, on appréciera d’autant plus ce livre qu’on aura vu (et aimé) les films cités.

« La nuit américaine, je l’ai vu à douze ans avec mon père, et à la fin j’ai su que je serai comme Nathalie Baye, je serai scripte » (Angélique).

« Quand j’ai vu Thelma et Louise, j’avais une trentaine d’années, un boulot d’avocate, une grande maison, un mari, des enfants, le chemin était tracé, j’avais planté mon drapeau mais ce qui me manquait, c’était le mouvement, la possibilité du changement, une liberté qui était en train de disparaître » (Annick).

Angélique, Vincent, Anne-Sophie, Sophie, Christine, Denis, Béatrice, Isabelle, François, Jean, Isabelle et Annick livrent, chacun dans un chapitre, leurs souvenirs de spectateurs. Qu’ils les aient vus enfant, adolescent ou adulte, dans un multiplex, un cinéma de quartier, à la télévision, ou en vidéo, seul, entre amis, en famille ou en couple, c’est bien plus que leur amour du cinéma qu’ils nous donnent à lire. C’est des pans entiers de leur intimité, de leurs histoires personnelles car les émotions de fictions en révèlent d’autres, bien plus réelles et souvent douloureuses. Au détour d’une phrase c’est des sentiments humains très profonds que nous révèlent ces spectateurs qui sont aussi les spectateurs de leur propre vie : la peur, la solitude, mais aussi l’amour, l’envie de liberté, la fierté de ses origines, etc.

 

Dans un prologue et un épilogue remarquables, Olivia Rosenthal explore deux thèmes très liés au cinéma mais aussi à la vie : le vertige et les larmes.

 

« Les faiblesses des gens

les rendent sympathiques.

 

Quelle est votre faiblesse

et à quoi

silencieusement

vous lie-t-elle ? »

(Le vertige)

 

Quand on pleure au cinéma, et Dieu sait qu’on peut pleurer, à chaudes larmes, à torrents même parfois, les films ne sont pour rien dans nos larmes, on pleure sur autre chose, sur nos vies peut-être.

 

« Je peux maintenant revoir le film

je n’ai plus peur

je n’ai plus honte

je sais que je pleure

pour autre chose

que j’en profite

pour m’abandonner

comme si l’abandon

était la condition nécessaire

suffisante

paradoxale

d’une future consolation »

(Les Larmes)

 

Un très beau livre, dont le sujet va bien au-delà d’un hommage au cinéma. Les plus beaux passages nous parlent d’ailleurs non pas du cinéma mais de la vie elle-même.

 

Marianne Desroziers

A Noter : Laurent Larrivière a réalisé un court-métrage de fiction à partir de l’épilogue Les Larmes et Pierre-Emmanuel Lyet réalise actuellement un film d’animation à partir des textes du livre.

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A propos de l'écrivain

Olivia Rosenthal

Olivia Rosenthal a publié six récits (tous aux éditions Verticales) qui mettent aux prises des personnages obsessionnels, inquiets, décalés, avec un monde dans lequel ils ne se reconnaissent jamais tout à fait. Mes petites communautés (1999), Puisque nous sommes vivants (2000), L’Homme de mes rêves (2002) ou Les Fantaisies spéculatives de J.H. le sémite (2005) s’attachent aux formes étranges que prend la pensée d’un personnage quand, incertain de son identité, il est entièrement laissé à lui-même.


A propos du rédacteur

Marianne Desroziers

Rédactrice

Marianne Desroziers est écrivain et critique littéraire. Elle a publié des nouvelles dans la Revue Littéraire (Léo Scheer) et sera au sommaire des prochains numéros des revues Dissonances, Népenthès et Lapsus. Un recueil de ses nouvelles sera par ailleurs publié en mai prochain.

Elle tient depuis 2010 le blog Le Pandémonium littéraire :

http://lepandemoniumlitteraire.blogspot.com/

Elle dirige également la revue numérique l'Ampoule des éditions de l'Abat-Jour : www.editionsdelabatjour.com