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Ils marchent le regard fier, Marc Villemain

Ecrit par Didier Bazy 10.04.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Les éditions du Sonneur

Ils marchent le regard fier, 2013, 90 pages, 13 €

Ecrivain(s): Marc Villemain Edition: Les éditions du Sonneur

Ils marchent le regard fier, Marc Villemain

 

 

Fake interview by Dider Bazy

 

– C’est qui Marc Villemain ?

 

Marc Villemain, c’est un style, Un style. Et pour saisir Un style, il faut plonger dans le texte, dans les mots, dans les lettres. Un style, ça se prend par le milieu. Ainsi, et pas tant que ça, au hasard. Tiens, lis plutôt :

« C’est qu’il faut se remémorer. À l’époque nos gouvernants avaient quoi, trente ans, quarante pour les plus aguerris. Des qui croyaient connaître la vie parce qu’ils avaient été à l’école. Des zigotos de fils à papa, teigneux et morveux du même tonneau. Mais qui ne se mouchaient pas du coude. On peine à se souvenir qu’en ce temps-là pas mal d’anciens ont pris la tangente pour l’Afrique. Parce que c’est de notoriété, là-bas, dans les tribus, on prend soin des anciens. Ici, non. Enfin maintenant, si. Mais pas avant. Avant, maintenant, même nous on a peine à se l’imaginer. C’était que de l’humiliation. C’est ça, c’était la société de l’humiliation. Faut quand même se souvenir. Qu’à la télé ils faisaient de la réclame pour expliquer aux vétérans résolus à se faire sauter la cervelle qu’ils en seraient tout auréolés, des bienfaiteurs de la nation qu’ils seraient ! C’est allé jusque-là, avec nos sous ! On le sentait venir cela dit, et d’assez loin. Nous autres on est tout pareils qu’une bête qui aurait flairé le renard à vingt pas : tout ça on le sentait venir. Ça ne tient à rien, comme toujours. Ma mère me le disait tout petit déjà: le diable, c’est dans les détails qu’il est, foin de grosse trogne hideuse, il porte son sourire en cravate qu’elle disait. Elle avait raison, la mère. Les détails. Ça commence dans l’autocar, quand les avortons vous refusent la place, ou au magasin… »

 

– C’est un peu long, mais on se laisse embarquer. Le ton doux de l’écriture dénote avec le propos et le sujet : un monde jeuniste de brutes.


Un suspense rôde. Le critique, qui a du mal à se départir de ses propres connotations, se rappelle malgré lui les garçons sauvages de Burroughs ou les sagas tourbillonnaires de Damasio, est renvoyé au phrasé lisse de Villemain, poète. Le sculpteur des mots sort vainqueur de cette traversée de l’Achéron. Et l’auteur laisse au bord du chemin le plumitif attentif : est-ce la syncope qui produit des lignes de fuite, des tangentes et des forces centrifuges ?

 

– C’est un peu tiré par les cheveux, non ?


Syncopes, ruptures, chutes, reprises, brouillages et ré-encodages. La surface du style dévoile un fond qui n’est qu’un agencement de couches et de strates : rapports des générations entre elles. « Entre eux, le fossé de la révolte ».

« Et si la colère ne venait pas des jeunes, mais des vieux ? »

 

– Le sujet est à la mode…


Le thème est là, pas besoin d’imaginer. Pas besoin de s’indigner, Antigone, out. Indigné, viré. Plutôt voir. Vivre. Et lire Villemain. Lire. L’œil est pris. L’oreille bourdonne. Le bruit du monde est là. Et Villemain n’en rajoute pas. « Véridique ce que je raconte là ». Là ? Là est ce que l’on résume par « la crise ». Et cela donne un certain désenchantement certain. Mais pas que.

 

– Pas que quoi ?


Aux sources du style de Villemain : Sade et Flaubert passés à la moulinette de Beckett. Littérature pas morte, lisez.

 

– Les sources ? Qu’en sais-tu ?

 

Imagine plutôt l’estuaire et les sales océans où tous les déchets plongent et se mélangent avec nos cendres de vieux champions de jeunes.

 

– Pas gai ce livre.

 

Pas gai. Mais vrai. Et un peu de vrai suffit pour prendre le large, tel un vieux, le regard fier, les yeux droits, tendu entre passé et futur, pris et libéré dans un récit très stoïcien, posture rare, un style, Un style.

 

– Mais qu’est-ce qui se passe dans ce livre ? Tu ne veux rien dire ?

 

Je voudrais bien. Allez, je balance, après mon cut-up :

 

« La canne l’a traversé…

… C’est comme ça qu’il est mort.

…Tout ce déshonneur.

Après tout ce qui s’est passé.

 

… dans cette chienne de vie ».

 

Didier Bazy


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A propos de l'écrivain

Marc Villemain

 

Marc Villemain, né le 1er octobre 1968 à Meaux (Seine-et-Marne), est un écrivain et éditeur français.

Il est également critique littéraire au Magazine des Livres, membre du Comité de rédaction de La Règle du Jeu, membre sociétaire de la Société des Gens de Lettres.

Après avoir lancé Les 7 Mains, il a lancé en janvier 2011, avec Éric Bonnargent, le blog littéraire L'Anagnoste.

 


A propos du rédacteur

Didier Bazy

 

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Directeur-Adjoint du magazine

Membre fondateur

Coordonnateur éditions numériques



Préfacier chez Pocket.

Co-fondateur de La Soeur de l'Ange (Ed. Hermann)

Editeur du 1er texte de HD Thoreau en Français.

 

- Deleuze et Nicolas de Cuse (Vrin, 2005)

- Après nous vivez (Grand Souffle Editions, 2007)

- Brûle-gueule (Ed Atlantique, 2010)

- Thoreau, Ecrits de jeunesse (bilingue. Ed de Londres, 2012)

- Léon Blum (Jacques André Editeurs, 2013)

- L'ami de Magellan (Belin Jeunesse, 2013)

 

Vit dans le Beaujolais, pigiste et artificier agréé.