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Hiziya princesse d’amour des Ziban, Lazhari Labter

Ecrit par Tawfiq Belfadel 30.05.18 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Contes, Maghreb

Hiziya princesse d’amour des Ziban, éditions El Ibriz, Alger, 2017, 294 pages

Ecrivain(s): Lazhari Labter

Hiziya princesse d’amour des Ziban, Lazhari Labter

 

Hymne à l’amour et à la poésie

La légende de Hiziya demeure une source d’inspiration. Tous les arts se croisent pour lui redonner vie. Après les chanteurs, les romanciers revisitent la légende en mêlant documentation et imagination. Maissa Bey a publié en 2015 un roman intitulé Hizya (lire la critique : http://www.lacauselitteraire.fr/hizya-maissa-bey). Lazhari Labter publie en 2017 un roman sous le titre Hiziya princesse d’amour des Ziban. Malgré les points de divergence, les deux romans rendent hommage à la légende de Hiziya.

La légende raconte que la belle Hiziya était follement amoureuse de son cousin S’ayyad. Orphelin recueilli par son oncle Ahmed Ben Bey, le père de Hiziya, le jeune homme vouait aussi un amour platonique pour sa cousine. Les prétendants se faisaient nombreux mais le cœur de la jeune fille ne battait que pour S’ayyad. Aux portes du Sahara, ils vivaient ainsi des moments d’amour orageux et inoubliables.

Malheureusement, Hiziya meurt à 23 ans. Les circonstances restent inconnues. Déchiré par le chagrin, S’ayyad fait écrire un poème par son ami Benguitoun pour extirper sa mélancolie. Dans cette longue élégie écrite en 1878, le poète peint la tristesse de S’ayyad, le portrait de Hiziya, les souvenirs de leur amour, quelques images de la vie bédouine, et finit en invoquant la miséricorde de Dieu.

Des traducteurs ont sauvé cette légende qui est devenue par la suite une célèbre chanson du patrimoine grâce à divers artistes tels que Khelifi Ahmed, d’Ababsa ou encore Réda Doumaz.

« Consolez-moi, ô braves gens, de la perte de la belle des belles ;

Elle repose sous terre, en moi un feu ardent brûle.

Vous ne pouvez imaginer à quel point je souffre ;

Mon cœur s’en est allé avec la svelte Hiziya ».

Le roman de Lazhari Labter est divisé en chapitres. Il commence par un prologue où l’auteur peint le contexte historique de la naissance de la légende.

La fiction est tissée sous la forme d’un périple que S’ayyad et Hiziya, accompagnés des autres habitants, effectuent de Bazer Sakhra (Sétif) vers Sidi Khaled (Biskra). Une carte illustrant ce périple est jointe au roman. Lors de chaque halte, le narrateur omniscient raconte des images de leur amour et de la vie bédouine. Il va au-delà des faits rapportés par la légende en dotant S’ayyad et Hiziya d’actions, d’un portait physique et moral, et de paroles. Grâce à la profonde imagination de l’auteur, le lecteur se trouve ainsi dans la peau des personnages. Autrement dit, la légende s’écrit au fil des événements fictifs comme si elle n’était jamais connue par le lecteur.

« Les feux s’allumèrent, les bois secs crépitèrent, des étincelles s’élevèrent vers le ciel et Hiziya sut que son homme avait eu la main heureuse. A la chasse comme dans l’amour. Comme toujours. Elle eut une soudaine envie de s’offrir à lui sans retenue »(p.65).

Lazhari Labter, amoureux de la poésie et fin connaisseur de la vie bédouine, ne se contente pas d’imaginer des portraits et des actions. Il met en lumière le fond originel de la légende qui est la poésie. C’est ainsi que les phrases sont semblables à des vers ; le tout devient une sorte de prose-poésie.

« Au fil de l’eau de ta peau blanche, je respire ton amour par chaque pore, je m’enivre de la courbe de ta hanche… », murmure S’ayyad à sa belle (p.89).

Le roman se termine par un épilogue qui relate la mort de Hiziya et la naissance du poème. Il est suivi d’un volumineux dossier d’annexes où sont réunis des poèmes sur Hiziya et des traductions dont celle de l’auteur.

En somme, Lazhari Labter exploite dans son roman les personnages de la légende, Hiziya et S’ayyad. Mêlant histoire et ethnographie, documentation et fiction, son roman est un hymne à l’amour et à la poésie. C’est aussi un hommage à cette belle Hiziya que l’auteur « n’a pas vue vivante… mais qui l’est toujours dans son cœur où elle tient une place particulière ! » (p.131).

Enfin, Lazhari Labter, en amoureux de la poésie, a su exploiter la part originelle de la légende que les autres ont négligée : l’amour vécu par Hiziya et S’ayyad.

 

Tawfiq Belfadel

 


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A propos de l'écrivain

Lazhari Labter

 

Lazhari Labter est un poète, écrivain, et ancien éditeur algérien. Né à Laghouat en 1952, il vit et travaille à Alger. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont des essais et des recueils de poèmes.

 

A propos du rédacteur

Tawfiq Belfadel

 

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Jeune écrivain algérien de langue française, auteur de Kaddour le facebookiste (éd. Edilivre). A suivi des études de Lettres à l’université de Mostaganem.