Identification

Henry Miller, le verbe en liberté (3) Big Sur, paradis non-climatisé, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy le 04.07.18 dans La Une CED, Les Chroniques, Ecrits suivis

Henry Miller, le verbe en liberté (3)  Big Sur, paradis non-climatisé, par Cyrille Godefroy

 

 

En janvier 1940, Miller revient aux Etats-Unis qu’il parcourt de long en large en vue d’écrire Le Cauchemar climatisé, commande d’un éditeur. Peinant à l’achever, il y manifeste un anti-américanisme absolu. Il vit toujours aussi chichement et s’en sort grâce à la vente de ses aquarelles, à de minuscules droits d’auteur et à des dons divers, notamment ceux de Nin. En 1941, un éditeur de San Francisco publie un des livres préférés de Miller, Le Colosse de Maroussi, rêverie inspirée par son séjour en Grèce qui cette fois-ci n’a rien à craindre des foudres de la censure.

En 1942, il commence la rédaction de sa future trilogie La Crucifixion en rose (Sexus, Plexus, Nexus) qui revient sur ses quarante premières années d’existence et immortalise June. De 1940 à 1944, sa vie amoureuse semble très calme. Sa liaison avec Nin s’est considérablement asséchée.

En 1944, il s’établit en Californie, dans une cabane à Big Sur, endroit retiré, sauvage et magnifique surplombant l’océan Pacifique. Il fait la connaissance de Lepska, jeune femme de 20 ans d’origine polonaise, avec laquelle il se marie dans la foulée. Une nouvelle fois, il tire le mauvais numéro : « Henry est particulièrement doué pour choisir la femme qu’il ne faut pas » (Alfred Perlès). Malgré une disharmonie patente entre eux, leur mariage tient sept ans et est marqué par la naissance de deux enfants, Valentin et Tony. Au terme de cette union, Miller écrit : « Je viens de passer sept années d’enfer… Pas un jour de paix, pas un jour de bonheur, sauf seul. Dès l’instant où elle ouvre la bouche : la guerre ».

En 1947, attestant une nouvelle fois de sa générosité et de sa patience, il accueille dans sa petite maison Conrad Moricand, l’astrologue déchu qu’il a connu à Paris. Fieffé parasite, imbuvable, obsessionnel, geignard, Moricand empoisonne le climat, et la cohabitation dégénère en enfer pour la famille Miller. Réussissant finalement à s’en débarrasser, Miller tirera de cette expérience un réjouissant roman, Un diable au paradis, publié en 1956.

Au sortir de la guerre, la notoriété de Miller en France s’accroît considérablement. La presse littéraire française le consacre comme le plus grand écrivain américain. La plainte déposée contre lui par un citoyen français soulève un vent de résistance et de soutien matérialisé par la création d’un comité de défense composé des grands noms de la littérature française (Sartre, Gide, Nadeau, Breton, Camus, Éluard, Queneau…). Miller devient le symbole de la liberté d’expression. Ses droits d’auteur français montent en flèche. Reclus à Big Sur et miné par ses problèmes conjugaux, Miller semble ne pas s’en soucier. De plus, en raison d’obstacles administratifs, il ne peut transférer le magot. Une fois ceux-ci levés, il n’en récolte que quelques miettes en raison de la dévaluation du franc et de la faillite de son éditeur français. Ainsi, jusqu’au début des années 50, il croule sous les dettes et son niveau de vie ne décolle pas : « Je n’ai jamais été aussi bas, pas même à Paris ». À telle enseigne qu’il écrit une lettre ouverte à toutes ses connaissances pour qu’ils l’aident à subsister ; les dons de toute nature affluent à Big Sur.

Sexus, premier volet de La Crucifixion en rose, est publié en France en 1949, puis interdit l’année suivante. Ce livre plante une écharde dans la concorde entre Miller et Durrell : suite à la lecture de Sexus, Durrell, sans doute mû par un idéal de perfection, se livre à une critique franche et assassine du contenu et du style de Miller : « Je dois avouer que le livre me déçoit amèrement… La vulgarité morale qui s’y montre si souvent est pénible du point de vue artistique. Ces petites scènes sottes et dépourvues de sens, de raison d’être, d’humour, ces petites explosions enfantines d’obscénité – quel dommage, quel terrible dommage de voir ainsi un grand artiste manquer de sens critique au point de ne pas contrôler ses forces… Au nom du ciel, qu’est-ce qui a bien pu vous pousser à laisser tant de bavardages dans votre livre ?… Votre livre donne l’impression d’une absence presque permanente de vraie passion ». Innocemment, Durrell adopte une posture que lui-même et Miller ont constamment méprisée : celle des critiques en tous genres incapables de percevoir une œuvre autrement que par une lorgnette étroite, le filtre moral ou strictement esthétique.

La réplique de Miller ne tarde pas à venir, à la fois magistrale, sereine, humble, percutante, poignante, fournissant ainsi par lettres interposées une des plus éblouissantes passes d’armes entre deux génies de la littérature : « Je sais que vous seriez satisfait si je me fâchais pour de bon avec vous, mais je n’y parviens pas… Naturellement, il m’est impossible de prendre un point de vue objectif de mon œuvre. Peut-être avez-vous raison, peut-être suis-je un homme fini… J’écris exactement ce qui me plaît. C’est peut-être du bavardage, je n’en sais rien… Jamais je ne reviendrai sur ce que j’ai écrit. Si j’ai mal écrit, j’ai écrit dans la ligne de la vérité. Si j’ai fait preuve de mauvais goût, c’était le mauvais goût de la vie quotidienne… J’ai tenté de cerner en moi une pauvreté et une stérilité que peu d’homme ont connues. C’est mieux pourtant que d’être devenu un gibier de potence !… Je sais ce que je suis. Et je n’en suis pas fier ». Dans les lettres suivantes, Durrell le disciple manifeste son embarras, fait amende honorable, regrette d’avoir blessé son compagnon et l’encourage à continuer à écrire. Leur relation reprend un cours apaisé, même si quelques reliquats inoffensifs refont ici ou là surface : « N’ai pas aimé Sexus, mais j’entends toujours, dans ma mémoire, le ressac puissant de votre prose ». Leur lien n’est pas que littéraire. Miller a vécu deux de ses périodes les plus heureuses et abouties en compagnie de Durrell, à la Villa Seurat puis en Grèce. Ils ont suffisamment d’intelligence et de recul pour ne pas gâcher une amitié pour une dissidence passagère.

 

Passions exotiques et automnales

À l’aube des années 50, la célébrité surprend Miller et bouleverse sa tranquillité. Les propositions de conférence pleuvent : « On m’en offre tous les jours, de 200 à 1000 dollars par conférence ! Les refuse toujours. Déteste les réunions publiques. Hais les foules ». Des hordes de fans débarquent à Big Sur si bien qu’il peine à terminer Nexus : « Impossible d’être tranquille, de rester seul ».

En 1951, il se sépare de Lepska puis se remarie avec Eve McClure, femme splendide, divorcée et seulement âgée de 25 ans. Ils vivent heureux un temps à tel point que Miller compare cette période à celle de Villa Seurat : « Être avec elle c’est comme vivre sur du velours ». Ils voyagent pendant six mois en Europe, notamment en France où Miller, submergé de diverses sollicitations, constate sa renommée. Hormis l’écriture et la lecture, il consacre son temps à ses deux jeunes enfants et ses deux chiens. Son entente avec Eve finit par se faner. Selon George Belmont, Miller en est le premier responsable : « La dégradation vint de lui. Ce fut en lui, puis par lui qu’elle commença… Il se nourrissait des autres. Quand il les avait épuisés, il se détachait le plus naturellement… Ni l’éloignement ni la première infidélité ne vinrent d’Eve ». En 1960, Miller lâche lui-même cette terrible confession : « Mon seul chagrin est mon incapacité d’apporter bonheur ou contentement à tous ceux qui me sont proches ».

En 1961, un éditeur américain ose publier Tropique du Cancer, lequel rencontre un énorme succès malgré son interdiction dans certains Etats et la soixantaine de procès qui s’ensuivent. L’interdiction fédérale est finalement levée en 1964 mais la réputation d’auteur scandaleux de Miller perdure, ce qui, à 70 ans, l’indispose désormais.

Après sa rupture avec Eve, une certaine fébrilité le gagne. L’inspiration le lâche, occupé qu’il est à voyager et à gérer diverses affaires et les sollicitations qui s’amoncellent. Il semble las, vidé de sa substance. Après les Tropiques, Printemps noir, Max et les phagocytes, Le Cauchemar climatisé, La Crucifixion en rose et d’autres ouvrages, Miller semble n’avoir plus rien à dire. Même s’il gagne désormais beaucoup d’argent, une grande partie est aspirée par le fisc et l’énorme prodigalité dont il fait preuve. Il quitte sa rudimentaire maison de Big Sur pour s’installer à Pacific Palisades dans une demeure bourgeoise sommairement meublée.

À 75 ans, Miller est encore en excellente forme physique, nage tous les jours dans sa piscine. En 1967, il rencontre Hoki, une chanteuse japonaise âgée de 28 ans. Malgré les avertissements de son entourage, Miller, tel un indécrottable idiot romantique, replonge la tête la première et la demande illico en mariage. Hoki dont le titre de séjour arrive à expiration accepte pour ne pas être expulsée des Etats-Unis. Loin d’être douce et soumise, cette pin-up japonaise, noctambule, frivole, volage et menteuse n’éprouve rien pour Miller et tient ses distances avec le lit conjugal. Ce cinquième et ultime mariage est un fiasco. Il ne cause à Miller que jalousie et insomnies desquelles il puise Insomnia ou le diable en liberté. Dès 1970, Hoki s’éloigne du « foyer » mais le divorce n’est prononcé qu’en 1977.

Les années 70 marquent le déclin de la santé du roc de Brooklyn. Plusieurs opérations l’affaiblissent significativement. A l’issue de l’une d’elles, il perd l’usage de son œil droit. Il doit cesser de fumer après soixante ans de consommation effrénée de cigarettes sans filtre.

Ces désagréments médicaux ne le dissuadent pas d’entamer une nouvelle romance, principalement épistolaire et téléphonique, avec une actrice chinoise, Lisa Lu. Puis, en 1976, il s’éprend de Brenda Venus, superbe actrice et danseuse de sang indien. Cette ultime passion ranime quelque peu la flamme de Miller. Il submerge Brenda d’une avalanche de lettres publiées ultérieurement sous le titre Lettres d’amour à Brenda Vénus.

Le poids de la lassitude transparaît malgré tout dans la phrase qu’il placarde sur la porte de sa maison : « Quand un homme est âgé, et qu’il a accompli sa mission sur terre, il a le droit de se préparer à la mort dans la paix. Il n’a pas besoin de voir les gens. Il en a assez vu. Il les connaît. Il est inutile d’aller le voir, de l’importuner avec des bavardages et des banalités. On doit passer devant chez lui comme si personne ne vivait là ».

Le 7 juin 1980, son cœur lâche. Son corps est incinéré, ses cendres dispersées dans l’océan Pacifique que Miller a mille fois contemplé.

 

Un taoïsme volcanique

Plus que par ses lectures, le caractère de Miller s’est avant tout forgé au fil de son histoire familiale, de ses épreuves sociales, de ses épisodes amoureux et de ses tribulations en tous genres : « Je naquis dans la rue, et fus élevé dans la rue ». Galérien au long cours, artiste de l’errance, il ne connut la notoriété et l’aisance financière qu’à l’âge avancé de soixante ans. Jusque-là, il lui fallut apprendre à subsister à la petite semaine. Abonné aux déboires, le roc de Brooklyn s’est toujours relevé. Ses multiples déconvenues ne l’ont jamais complètement terrassé et ont forgé une carapace sur laquelle les évènements semblaient glisser. Il est tentant de confondre cette impassibilité métallique avec de l’insensibilité. Mais Miller n’était pas insensible, au contraire. Peut-être faisait-il preuve à certains égards de nonchalance, d’insouciance ou d’un manque de compassion, sentiment qu’il jugeait inutile. Il considérait que rien n’était tragique tant qu’il était vivant : « Tout ce qui arrive est bon ». Ainsi, quand il apprit que son ami Osborn était devenu fou, il jubila, se mit à danser et à crier : « Hourra ! Allons le voir. Voilà qui est rare, superbe. J’espère vraiment qu’il est fou, qu’il ne simule pas ».

Attiré par l’inconnu, intrigué par l’étrange, fasciné par le mystère, subjugué par l’abject, Miller arpentait les bas fonds, fréquentait toutes sortes de personnages jusqu’aux moins recommandables, frayait avec délectation dans les eaux de la turpitude et s’engluait comme un insecte fou dans les aléas de la passion amoureuse. Fervent jouisseur, hédoniste patenté, il croquait la vie à pleines dents sans se soucier du lendemain ou du qu’en-dira-t-on : « Il était plein d’enthousiasmes enfantins » (Alfred Perlès). Embringué dans de multiples aventures, il semblait ne faire qu’un avec le flux de la vie : « Il vivait et écrivait comme un enragé » (Alfred Perlès).

Anaïs Nin, sa muse des années 30, a dressé de lui un portrait contrasté dans son journal intime, à la fois laudateur et accablant. Ce portrait reflète précisément l’ambivalence du personnage. Concernant ses défauts, elle pointait sa lâcheté, son égocentrisme, sa froideur, sa cruauté, son machisme. La dissonance saisissante entre la virulence de l’écrivain et la docilité de l’homme la déroutait tout particulièrement : « Henry ne peut se battre que dans ses livres. Dans la vie il se sauve… Les deux faces de sa personnalité se révélaient simultanément : acceptation et passivité dans la vie, rébellion et colère devant tout ce qui lui arrivait. Il supportait, après quoi il fallait qu’il se venge, probablement dans ses écrits ».

Il est manifestement difficile de démêler le saint du monstre. Lui-même avouait en 1964 : « Si j’avais eu un horoscope différent, j’aurais pu devenir Mussolini ou Hitler. (Cet aspect de moi subsiste toujours, mais contenu) ». Pas étonnant que l’univers dostoïevskien le captivait : « Dostoïevski était son Dieu… Il s’identifiait tour à tour à chacun de ses personnages compliqués. Ce qu’il trouvait dans Dostoïevski, il le retrouvait en lui-même » (Alfred Perlès).

Au fil des années, ses appétits rabelaisiens se teintèrent d’un quiétisme d’inspiration bouddhiste ou zen : « La philosophie la plus proche de mon cœur et de mon tempérament, c’est le Zen ». Fortement influencé par Lao-Tseu, il songea à s’installer au Tibet ou parcourir l’Orient. Dès 1933, il déclarait : « Mes aventures à venir seront d’ordre spirituel ». Son voyage en Grèce en 1939 confirma cette tendance mystique. Les calamités qui s’abattaient sur lui et le monde n’entamaient en rien sa foi en l’harmonie cosmique : « La grande âme universelle sait où Elle va, malgré tout ce qui semble prouver le contraire ».

Il est vrai qu’il se découvrit très tôt une tendance à la passivité qui le mit en porte-à-faux avec la doxa capitaliste axée sur la productivité et l’activité salariale : « Il y avait une passivité fondamentale dans mon caractère, qui ne fit que s’amplifier de façon orientale ». Ses prédispositions l’inclinaient davantage vers la contemplation que vers l’agitation : « J’aimerais ne rien faire… absolument rien. Presque végéter… Être m’intéresse davantage que faire ». Il réagissait plus qu’il n’agissait : « Je n’ai jamais été résolu, j’ai toujours réagi à ce que je lisais ou entendais, ou à l’influence des nouveaux personnages étranges que je rencontrais ». Incapable de se fondre dans le tumulte social, longtemps taraudé par des questions existentielles, il chercha sa voie jusqu’à ce que son séjour parisien lui en apportât une esquisse : « Je devais d’abord mieux me connaître, me comprendre clairement ». Il parvint tant bien que mal à percer comme écrivain, ce qui lui permit de concilier son inertie et une certaine réussite. Sa liberté comptait plus que tout. Il n’était en aucun cas disposé à la rogner : « Il a toujours évité les emplois, les responsabilités, les liens » (Anaïs Nin).

Doté d’une grande ouverture d’esprit, il cultiva une fibre spirituelle et intellectuelle intense : autodidacte pur et dur, il dévorait quantité de livres, s’intéressait à tous types de philosophie (la psychanalyse, le taoïsme, le bouddhisme, Nietzsche, Spengler…) et s’ouvrait même à des disciplines telles que l’astrologie ou l’occultisme. Sa vie était une savoureuse alchimie entre l’animal et le spirituel : « J’ai toujours mené deux vies, dans un certain sens. Une très physique (surtout sexuelle) et l’autre métaphysique ou spirituelle ». Autant dans son œuvre que dans sa vie, Miller a restauré l’unité du corps et de l’esprit que deux millénaires judéo-chrétiens ont malmenée.

Indifférent aux biens matériels, il n’avait pas le souci de l’accumulation, de la thésaurisation. Son rapport à l’argent était extrêmement simple dans le sens où il ne s’occupait que d’assouvir ses besoins élémentaires : boire, manger, se loger, baiser, lire et écrire. Régulièrement sevré de « galette », il carottait ou « tapait » sans ambages ses amis, quémandait et empruntait constamment. Mais il remboursait au quintuple quand il disposait de ressources, spécialement à partir des années 50 où il dépanna sans compter nombre de ses connaissances.

Quoi qu’il bût et fumât sans modération, il se souciait de sa santé : il mangeait beaucoup de fruits, pratiquait l’exercice physique (à 20 ans il se destinait à devenir professeur de gymnastique), la bicyclette, la marche, le ping-pong. De peur de choper une maladie vénérienne, il exigeait que la petite amie d’Osborn nettoyât le siège des toilettes après usage.

Il était puissamment solaire dans le sens où « il émanait de lui une sorte de pouvoir : celui de dispenser la santé morale » (Alfred Perlès).

Sociable et magnétique, il se trimballait constamment avec des amis dont il suçait la substance dans l’optique de l’utiliser dans ses livres.

Des aptitudes prophétiques se profilaient chez Miller, comme le montre cet avertissement adressé à son ami Emil en 1930, bien avant qu’Hitler accédât au pouvoir : « L’Allemagne transformera sa flotte aérienne en une armada vengeresse et destructrice. La guerre n’est pas terminée – elle ne fait que commencer. Dans quelques années, l’Europe sera submergée par la trouille et l’Allemagne pourra prendre la tête d’une nouvelle et encore plus mortelle tyrannie ». Pour autant, ses visions apocalyptiques relevaient de l’obsession et se sont avérées souvent excessives : « Je nous donne à peu près cinquante ans avant que le monde n’explose. Nous sommes à la fin de l’Empire romain, maintenant. Cette planète Terre est une erreur cosmique. Que peut-on attendre d’une créature comme l’homme ? ».

En fait, il ne se faisait aucune illusion sur la marche de l’Histoire : « J’ai compris très tôt qu’il n’y avait pas d’espoir pour le monde, pas de salut pour l’homme ». Anarchiste, libertaire, pacifiste, Miller se tenait à distance des idéologies : « La politique et la civilisation ne m’intéressent pas ». Qui sait s’il ne serait pas devenu français si la guerre ne l’avait chassé du pays où il faisait bon vivre. Il ne croyait qu’en l’individu, se méfiait de tous les mouvements collectifs : « Il faut éviter ces enrôlements qui n’ont jamais été que des licols et des béquilles. Nous nous enrôlons toujours au service des choses mortes. Ce qui est vivant s’impose, qu’on donne son adhésion ou non ».

 

A suivre

 

Cyrille Godefroy

 

Lire toutes les parties publiées


 


  • Vu: 675

A propos du rédacteur

Cyrille Godefroy

Lire tous les articles de Cyrille Godefroy

 

Rédacteur

Ecrivain dilettante de 42 ans (pièces de théâtre, nouvelles, critiques littéraires). Fabricant d’étrange le jour, créateur d’irrationnel la nuit, semeur d’invraisemblance le reste du temps. Les mots de Beckett, Ionesco, Cioran, Tchékhov, Kundera, Bobin s’entrechoquent dans sa caboche amochée comme des cris en forme de points de suspension.

Ses publications : Tout est foutu, réjouissons-nous (L’Harmattan, 2015), Les vacances de Markus (Mon petit éditeur, 2014), Le jeu du désespoir (Edilivre, 2014), L’errance intérieure (La cause littéraire, 2014).