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Gothic, Les amants de Mory, Laure Fardoulis

Ecrit par Martine L. Petauton 05.01.12 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Contes

Gothic, Les Amants de Mory, Editions EST Samuel Tastet, Octobre 2011, 12 €

Ecrivain(s): Laure Fardoulis

Gothic, Les amants de Mory, Laure Fardoulis

Voilà bien un curieux objet que ce mini livre : blanc de la couverture, noir des écritures soignées, avec une belle recherche esthétique, quelques caractères gothiques dessinés, ça et là. Gothic, un titre sonnant comme le  rock qui déménage ? qui fleure les idées de mystère émaillées de peur d’un château de Dracula, quelque part ? Que nenni, comme on disait au Moyen-Age des cathédrales ; on est bien dans de l’ogive moussue, perdue au fin fond d’un village, inconnu de tout un chacun.

Curieux aussi, le registre du livre : conte ? Pour enfants, pas exactement ; philosophique ? Peut-être. Prose poétique, théâtre ? Ça, oui, puisque le grand Shakespeare en personne signe ce livre aux côtés de l’auteur, dont on devine la voix de conteuse enchanteresse, façon Karen Blixen, et la personnalité, un rien espiègle.

On peut – avantage de ce genre de livre mouvant – « ouvrir » l’œuvre, comme on visite les poupées gigognes russes (ces petites babouchka, naïves à souhait). On peut, de ce fait, lire le livre plusieurs fois, toutes différentes ; c’est là, quelque chose qui ne nous est pas donné souvent. Profitons-en !

Il y a d’abord l’histoire – genre, racontée aux enfants le soir à la chaumine. Un conseil, toutefois : « certaines scènes peuvent choquer les âmes sensibles »… attendez-vous à du : « qu’est-ce que ? » et du « et, pourquoi ? ».

Elle est jeune, blanche, et blonde, s’appelle Pandora ; est couvée (étouffée ?) par un père bringzing, à l’abri de vieux murs, dans la verdure un peu froide d’un village picard. Voilà que – façon Alice – elle passe de l’autre côté du miroir, via la nuit, et une église gothique « passablement abimée par le vent du nord… mais, affichant une déchéance élégante » ; elle rencontre un Benito, mais… chut ! Votre gamin risque de se réveiller !

Moins flashies, sont les couleurs de la deuxième poupée, dont l’œil est passablement sombre ; celle-là tend à philosopher : « car l’idée que l’on se fait des choses et des êtres, par une synthèse poétique et métaphysique du passé… est construite sur des liens occultes » ; souterrains, autre monde, tombes et « grands cimetières sous la lune » picarde… un « Da Vinci Code » ronronne ; on peut s’en régaler, à condition de digérer le genre.

Ma préférée – autant vous le dire – est celle qui poétise et parle (très peu en anglais, pourtant, ou, hélas) Shakespeare dans le texte – semble, du reste, connu, et aimé de l’auteur, le bonhomme. « Loups dans la nuit profonde, ils erreraient ensemble à la recherche d’un gite… » mais, extrait de ? Ce n’est pas dit ; du coup, chercher, en jouant, l’origine des citations foisonnantes, peut tout à fait être un exercice amusant qu’on gagne en plus.

On rencontre pas mal d’Hamlet et de son Ophélie rêveuse et dépressive, mais surtout, on chevauche aux côtés du Roi Lear ; celui qui s’est défait de son pouvoir, par déception du manque d’amour de sa cadette (une Pandora ?), est devenu un pauvre type errant sur la lande, avant de « tomber fou », comme on dit en Picardie, et ailleurs : « majestueux Roi Lear, son père traversait le champ devant les fenêtres du manoir. Grande ombre mouvante, il soliloquait en anglais, et invectivait le vent du nord » ; il a des vaches, qu’il nomme « ses manantes », des ananas pour déco de ses rideaux, rêve vaguement « d’associer son troupeau à celui de la maison de Bourgogne » ; remarquable personnage, presque délicieux, comme justement certains Anglais. Agréable – et très réussi – humour, british, lui aussi ; histoire, légèrement acide de ne pas se prendre au sérieux, de nous faire le clin d’œil qui sied à ces tournées nocturnes dans les cimetières et sous les voûtes anciennes. Un goût original, des saveurs digestes ; une cuisine qui donne faim, que ce « livrion » à déguster, sans modération, en famille ou seul sous la couette, au début de la nouvelle année.


Martine L Petauton


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A propos de l'écrivain

Laure Fardoulis

L’auteur, Laure Fardoulis : Gothic est son 5ème roman (aux éditions Est - Samuel Tastet Éditeur).


A propos du rédacteur

Martine L. Petauton

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Rédactrice

 

Professeure d'histoire-géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)