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Géographie d’un adultère, Agnès Riva

Ecrit par Cyrille Godefroy 28.02.18 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Géographie d’un adultère, janvier 2018, 128 pages, 13,50 €

Ecrivain(s): Agnès Riva Edition: Gallimard

Géographie d’un adultère, Agnès Riva

 

Qu’écrire sur ce premier roman relativement diaphane d’Agnès Riva, si ce n’est que le titre juxtapose habilement deux termes dont les connotations ne les destinaient a priori pas à se rencontrer. L’auteur aurait même pu remplacer géographie par topographie ou autopsie tellement elle traite le sujet sur un ton neutre et clinique. On a parfois l’impression de visiter les pièces d’un appartement collé aux basques d’un agent immobilier ou de poireauter dans une voiture, gavé de barbituriques, garée dans une bourgade bourgeoise.

Ceci dit, quelques éclairs de chaleur traversent épisodiquement cette glace narrative, la voix de l’auteur s’incarnant de façon plus nette, au détour par exemple d’une nostalgie lucide : « Une époque où les hommes et les femmes n’étaient pas aussi soumis qu’aujourd’hui aux pressions de leurs vies professionnelles, à cette obligation d’être toujours plus productifs qui finit par vous ôter le goût et l’énergie du jeu, et toute disponibilité aux autres ».

À la décharge d’Agnès Riva, elle se risque à aborder un thème rabâché, l’aventure extra-conjugale, sous un prisme inédit et délicat, c’est-à-dire à partir des lieux où elle se déroule, où elle prend corps : L’habitacle d’une voiture, le renfoncement d’une cuisine, un salon de thé, une chapelle, une chambre d’hôtel… L’amour aux prises avec une économie d’espace et de temps. L’amour sur le pouce. Certes, sans culpabilité ni mise à l’index.

Ema et Paul ont largement rempli leur premier contrat de vie lorsqu’ils s’énamourent sur leur lieu de travail : salariés, mariés, parents et propriétaires. Le plus dur est fait, comme dirait l’autre. Subsiste la routine, qu’ils décident donc d’épicer par ce qu’il est convenu d’identifier comme un double adultère. La liaison se développe d’après le point de vue d’Ema qui, de façon subtile et amère, en restitue l’asymétrie. Paul, en effet, s’efforce de cadrer, de circonscrire leur relation tandis qu’Ema désire ardemment la renforcer, l’enrichir. L’un freine et maîtrise, l’autre accélère et s’enflamme, quitte à vendre la mèche.

Au fil d’une romance croupissante – mais n’est-ce pas là le sort de toute romance – les doutes, les frustrations et les angoisses s’engouffrent dans le cerveau d’Ema. Les difficultés ainsi que le confinement des sentiments participent à l’essoufflement de son impulsion initiale. La liaison des deux amants se déploie en sourdine, à l’étroit, et s’expose ipso facto au défaut d’amplitude, à la pénurie d’oxygène, telle une carpe piégée dans une flaque. En définitive, il n’est pas si aisé de mener à bien une passion clandestine, pas plus que d’en relater le cours de façon dépassionnée…

 

Cyrille Godefroy

 


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A propos de l'écrivain

Agnès Riva

 

Auteure française. Géographie d’un adultère est son premier roman.

 

A propos du rédacteur

Cyrille Godefroy

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Rédacteur en chef adjoint

Ecrivain dilettante de 42 ans (pièces de théâtre, nouvelles, critiques littéraires). Fabricant d’étrange le jour, créateur d’irrationnel la nuit, semeur d’invraisemblance le reste du temps. Les mots de Beckett, Ionesco, Cioran, Tchékhov, Kundera, Bobin s’entrechoquent dans sa caboche amochée comme des cris en forme de points de suspension.

Ses publications : Tout est foutu, réjouissons-nous (L’Harmattan, 2015), Les vacances de Markus (Mon petit éditeur, 2014), Le jeu du désespoir (Edilivre, 2014), L’errance intérieure (La cause littéraire, 2014).