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Genet ce célèbre inconnu (3), Miracle de la Rose

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 08.12.11 dans La Une CED, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers

Miracle de la rose (1946)

Genet ce célèbre inconnu (3), Miracle de la Rose


Miracle de la rose constitue une plongée dans l'univers pénitentiaire et ce, à double titre : le narrateur de ce récit, autre Jean Genet, relate en alternance ses souvenirs de colon à la Colonie agricole et pénitentiaire de Mettray et ses souvenirs de prison à la Maison Centrale de Fontevrault - prison que le vrai Genet n'a jamais fréquentée. ; L'écrivain se trouvant pour partie à la Santé lors de la rédaction du livre. Le récit oscille sans cesse entre deux types d'écriture : tantôt se rattachant à un discours factuel et autobiographique, le narrateur se livre à une description, neutre, précise des faits et réalités vécus, tantôt il bascule dans la fiction et la poésie, frôlant parfois même le fantastique. Ces deux formes alternent et semblent parfois se fondre pour donner naissance à une nouvelle forme hybride. Les deux épisodes sont fortement reliés par une forme de parenté du crime : les colons constituent en quelque sorte les enfants des criminels de la Centrale, « Fontvrault a ses racines dans le monde végétal de notre bagne d'enfants ». Pour le colon, le criminel endurci est « l'extrême réalisation de lui-même », son « dernier avatar ». Idée qui dénonce le pseudo projet philanthropique de la colonie devenue un véritable bagne pour enfants.

C'est sans compter une dernière strate de l'œuvre : le récit hagiographique de l'exécution de l'assassin Harcamone, considéré comme le seigneur de Fontevrault.

Genet fantasme autour de ce criminel et invente une scène onirique où le cœur d'Harcamone révèle une rose mystique. Swift voisine les aventures de Francion ou le Roman de la rose au sein des cellules de la Centrale. Arrivé en prison, Genet narrateur s'éprend de Bulkaen puis retrouve Divers, ancien condisciple de Mettray. Étapes de la relation, jalousie du héros nous plonge dans un univers précieux où les têtes rasées ont remplacé les belles toilettes, surprenante Carte de Tendre. Or, la confrontation et l'association des univers fonctionnent : Genet émeut, Genet crée un suspens et le lecteur se trouve pris dans ce récit qui joue à confondre ses différents niveaux.

Mais le cœur du récit - comme celui de Genet sûrement - va à ce lieu mythique qu'est la Colonie de Mettray, à la fois Paradis et Enfer de l'enfance. C'est bel et bien la question de la mémoire et du souvenir qui imprègne le Miracle car le narrateur affirme partir à la recherche de son enfance perdue, vouloir la reconquérir de haute lutte contre le temps et l'oubli, rendre hommage aux camarades depuis longtemps disparus. « Je ne laisserai pas mon enfance s'échapper ». Chœurs de Racine aux accents argotiques, les colons renaissent sous la plume de Genet qui dévoile leurs corps malmenés, leurs règles de vie féodales, leurs joies et leurs amours de colombes.


Myriam Bendhif-Syllas


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Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.