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Fureur, Chochana Boukhobza

Ecrit par Alexandre Muller 02.01.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Bassin méditerranéen, Roman, Denoël

Fureur, 5 janvier 2002, 407 p. 20 €

Ecrivain(s): Chochana Boukhobza Edition: Denoël

Fureur, Chochana Boukhobza


Il y a une bande de vieux amis qui se réunissent au café. Un café qui a connu ses beaux jours après la guerre, aujourd'hui un peu usé et vidé. Alexis, Francis, Piat, Jacques, Fanny et Saintonges (un ami ?) eux y gardent leurs habitudes hebdomadaires. Se sont des anciens résistants réunis par le hasard de la guerre. Cinq destins façonnés par des causes d'engagements diverses et des batailles menées différentes. Aujourd'hui, ils entretiennent des souvenirs d'anciens combattants mais ils rient boivent dansent et continuent de croire à leurs manières.

Il y a la question du nucléaire qui depuis la fin de la deuxième guerre a pris une place de premier niveau dans les questions énergétiques modernes. Dont la puissance a bouleversé les rapports diplomatiques mondiaux. Luttes d'influences, enjeux économiques, visées civile ou militaire, Brennilis/Finistère/Bretagne, trafics internationaux de déchets...

Il y a Jo, qui cinq mois en arrière avait un revolver, un salaire intéressant dans une boîte qui n'apparaissait dans aucun annuaire, en offrant comme service de protéger les chefs d'États, les financiers, les diamantaires.

Et justement aux abords d'une bijouterie, une femme très belle : la dernière cliente du magasin cheveux auburn, trois types aux visages masqués qui surgissent d'une voiture, un échange de balles et une balle qui touche Jo. Jo est un peu cassé, comme le café.

Il y a Stella, la petite fille d'Alexis, qui file d'événements en événements avec sa carte de presse et son cameraman. Qui déclenche tout un tintouin pour deux minutes dans un journal ou pas. Qui ramène à sa rédaction son butin monstrueux dans l'incertitude de savoir si son travail passera l'étape du montage...

Il y a d'autres dés ramassés et placés dans un cornet par Chochana Boukhobza. Mais c'est un incident qui renverse le cornet. Le décès de Francis. Un homme qui après la guerre aurait continué à travailler pour la France, ancien ingénieur en tuyauterie et, en même temps, dans le renseignement. Le cornet renversé, les dés roulent avant de s'immobiliser en une combinaison.

Fureur s'articule autour d'une enquête. Fureur fourmille d'informations éparses. Et cet éparpillement révèle un histoire probablement trop proche du coeur de l'actualité pour prendre assez de recul et se concentrer sur une ligne de conduite plus clairement définie. Cependant Fureur fonctionne, on a envie de pousser sa lecture plus en avant jusqu'au point final, quand les dés s'immobilisent. Les liens se tissent. Les personnages se révèlent.

Face à un récit deux choix se dessinent. Soit accepter l'histoire sans aller plus loin. Soit essayer de comprendre le message délivré par l'auteur. Quand on lance des dés sur une table, certains ne verront qu'une combinaison parmi des centaines, d'autres tentent de saisir la signification de l'alignement de chiffres. Que dire par exemple du parallèle fait par Chochana Boukhobza entre passé (la deuxième guerre mondiale et les actes de résistances) et le présent (vu par le prisme des menaces nucléaires) ?

En finissant ce roman touffu, on se dira peut-être, c'était bien mais que m'en restera-t-il ? Un hommage fait à l'engagement, pourquoi pas. Ou alors ces phrases :

« Condamné par mon ignorance et mon manque de formation, je suivais à la télé des nouvelles que je ne comprenais pas, la rumeur de guerres lointaines, les vastes projets sur l'écologie, des dénonciations de complots politiques. Qui fait quoi ? Qui nous dirige ? Où va le monde ? Je n'y comprends rien. Au fond, je connais plus déléments sur le Moyen Âge et la Première Guerre mondiale que sur mon siècle. »


Alexandre Muller


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A propos de l'écrivain

Chochana Boukhobza

Chochana Boukhobza née le 2 Mars  1959 à Sfax en Tunisie a émigré à 17 ans en Israël. Auteur de plusieurs romans, Un été à Jérusalem (prix Méditerranée 1986), Le cri (finaliste du prix Fémina 1987), Le troisième jour (2010)...

A propos du rédacteur