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Fictions (anthologie) 9, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola 13.01.17 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

Fictions (anthologie) 9, par Matthieu Gosztola

 

Dans un court instant

Une mouche traversera la pièce

En hurlant

 

*

 

Mourant de soif

Sur le rebord de ma fontaine

 

Un voleur patiente

Avec le vieux marronnier de la rue

Parce que l’œil

Qui lui a chuchoté

 

À bientôt

Est tout simplement bleu

 

*

 

S’émerveiller

Du souvenir

 

Entre les ronces

 

*

 

Un petit bois

 

L’agnosie enveloppe

Ce pilier unique

 

Le coyote erre autour de son refuge

Et le chasseur cherche sa chevrotine

À tâtons

 

*

 

Elle écarte

Ses jambes

 

Nous montre

Le ruisseau

 

Infecté

 

Où vivent sapins

Et cèdres

 

*

 

Ses mains de vieillard tremblent

En déboutonnant

Le corsage d’une jeune fille

 

Son rêve prend au réveil

Le goût des médicaments

 

*

 

Sur le plateau

 

Un patriarche

Penché

Sur une bercelonnette

Qui regarde, contemplatif

Ce qu’il a été jadis

 

Le trou du souffleur

Écume

 

Au bout de sa langue

Il y a cette phrase

Enfantine

 

« Pourquoi

Est-ce qu’on devient père ? »

 

La grimace du nourrisson

Déformée

 

Apparaît

Comme une tentative

Du bonheur

 

« Pourquoi

Ne devient-on pas tous pères ? »

 

*

 

L’odeur

Des corps sans tête

 

Enferre

Mes nuits

 

Reviendrons-nous

À ce point ?

 

*

 

Elle dit :

 

« Dans le lupanar

De mon imaginaire

 

Je joue souvent

De la flûte

 

Les bergères ne peuvent m’accompagner

Elles ont vendu leur luth »

 

*

 

J’entends l’averse

Dégringoler des nuages

 

Les nixes jabotent

Tandis qu’elles arrachent

Leurs corps écaillés

 

Du

Ciel

 

J’espère

En découvrir une

 

Je lève les yeux

 

Un papillon de jour

Aux grandes ailes

 

Variées de brun

De roux

De gris

 

De jaune

 

*

 

Il n’est plus temps de mourir

 

Car déjà

Les fleurs se referment

 

*

 

La beauté de l’humain

C’est sa fragilité

 

Cette mince carapace

Qui se brise

Dans le vent de l’insignifiance

 

*

 

Il faudra bien s’éclipser

Derrière la porte

Comme un courant d’air

 

Et ne jamais reparaître

Comme un courant de vie

 

*

 

Sur une draperie de couleur

L’esprit du chien

Attiré par les lumières de la ville

Disparaît

 

Pourquoi éterniser le souvenir

Quand on peut construire son présent ?

 

*

 

Montagnes et triangles

 

Des fillettes aux longues tresses

Ébauchant le visage

Traient des troupeaux de sculpteurs

 

Orphelines et veuves

Sous le plâtre à mouler

 

Quelques beuglements sourds

Annoncent la pluie d’hiver

 

*

 

Le temps passe en silence

 

Et nous restons là

Accompagnés de nos rires homériques

 

*

 

Elle tourne les pages

Du menu

 

Lui regarde ses seins

 

*

 

Sarajevo

 

Un enfant sourit

Au photographe

 

Il joue

Avec les os

De sa mère

 

*

 

Contrefait

 

Les yeux exorbités

Face à la vieillesse

 

Il rit

Et retourne sa bague

 

Matthieu Gosztola

 

Ces poèmes ont été insérés, sous une forme très différente, dans Sur la musicalité du vide (2 volumes parus en 2001 et 2003). Les ouvrages sont toujours disponibles auprès des libraires, ou en passant commande directement chez l’éditeur. Consulter son catalogue ici. Le suivre .

 

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A propos du rédacteur

Matthieu Gosztola

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Rédacteur

Membre du comité de rédaction

 

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le Prix des découvreurs. Une vingtaine d’ouvrages parus, parmi lesquels Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau), Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin (Éditions de l’Atlantique), Matière à respirer (Création et Recherche). Ces ouvrages sont des recueils de poèmes, des ensembles d’aphorismes, des proses, des essais. Par ailleurs, il a publié des articles et critiques dans les revues et sites Internet suivants : Acta fabula, CCP (Cahier Critique de Poésie), Europe, Histoires Littéraires, L’Étoile-Absinthe, La Cause littéraire, La Licorne, La Main millénaire, La Vie littéraire, Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Poezibao, Recours au poème, remue.net, Terre à Ciel, Tutti magazine.

Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, spécialiste de la fin-de-siècle, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.

Site Internet : http://www.matthieugosztola.com