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Fictions (anthologie) 4, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola 25.11.16 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique

Fictions (anthologie) 4, par Matthieu Gosztola

 

Au réveil

Tu souriais

 

J’ai bondi

Hors du lit

 

Et je t’ai préparé

Un mot d’amour

 

*

Le monde

À ses paysages intimes

Qui défilent derrière la vitre

 

Mais la vitre est teintée

 

*

 

Ses joues ont ceci de curieux

Qu’elles sont des tombes

 

Remplies des caresses d’amants

Retournés dans l’avant-livre

 

*

 

J’ai abandonné ma vie à la vie

 

J’ai compris non sans douceur

Le tremblement de la barque

En proie au corps obscur

 

*

 

Je préfère les oiseaux

Vierges d’un jour

 

Qui ont tes yeux aimables

Bleuis par l’artifice et par la nature

 

*

 

Être le chien docile

Du vent

 

(Ne pas oublier

Qu’il est le psychiatre

De tous les monarques)

 

*

 

Vivre :

 

Voir

Discerner

 

De façon soudaine

Ou fugitive

 

*

 

J’ai pris le train pour Rome

Je prends le train pour Rome

 

Dans un élan

J’ai caressé les pierres

Et me suis trouvé ridicule

De splendeur

 

Un lézard

Quitte sa planque

Pour m’accompagner dans ma danse

 

En accord avec l’éphémère

Me voilà devenu frère du lézard

 

En partant (chacun pour son lieu secret)

Nous avons

 

Échangé

Le silence complice

De ceux qui se savent

 

Faits

De la même mousse

 

*

 

La maison de Sappho

 

Au pied des colonnes cannelées

Couvertes de stuc blanc

Une phrase persiste

 

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

 

La preuve

Un jardinier bénévole

Décolore continûment chaque fleur

Pour qu’elle renaisse fragile

 

*

 

L’attirance

S’estompe

 

Jusqu’à devenir

Une obscurité

 

Peu à peu effacée

Par le soleil terne

De l’ennui

 

Chaque matin

On devrait se perdre, se rejoindre, se goûter, derechef

Avec l’incertitude

 

*

 

Alors qu’il peignait

Sa défunte femme

Lui apparut

Plus jeune qu’à l’accoutumée

 

Et ses yeux s’emplirent de reconnaissance

 

*

 

Oui

Se tenir debout

Malgré tout ça

 

Fixer la mer

Sans vaciller

 

Comme une victoire

 

*

 

Mélancolie dans le paysage

 

Le jour tire déjà

Les roches sombres à l’écart

 

*

 

Pour le marcheur

Tenant la main de sa rêverie

 

Les ombres sur le mur

S’inventent une rougeur

 

Brisent la tradition

 

*

 

Sur le chemin

Ouvrir la morte

 

En extraire

Une musique

Un fardeau

 

*

 

Et les pensées des plus grands penseurs

Se perdront en un chuchotis de mouche

 

*

 

Aujourd’hui

Autrement dit en cette veille de demain

Apparaît

 

L’une des perdrix

Au corps frêle

 

Qui nichent

Dans le creux des rêves

 

*

 

Terrassé par mes visions

Je suffoque

 

Tu es le seul poème

Que je souhaite encore écrire

 

*

 

Une paire de chaussures

 

Il pleut sur le tissu et sur les lacets

Avec lesquels

Enfant

J’étranglais le printemps

 

*

 

Pourquoi je supporte

Sa mauvaise humeur ?

 

Ses pépiements narquois ?

 

Je sais (on me l’a dit en rêve)

Qu’elle séquestre

 

Quelque part en elle

Un pedrolino sauvage

 

*

 

Le sentiment réciproque

S’ouvre sur un crime consenti

 

: La séparation

 

*

 

Un oiseau reconnaît la mort

 

Elle a deux cris de plaisir

À la place des yeux

 

*

 

L’aveugle qui ôte ses vêtements

Dès qu’un nuage

Nous laisse entrevoir la lune

 

S’endormira la bouche pleine

De jour

 

Matthieu Gosztola

 

Ces poèmes ont été insérés, sous une forme très différente, dans Sur la musicalité du vide (2 volumes parus en 2001 et 2003). Les ouvrages sont toujours disponibles auprès des libraires, ou en passant commande directement chez l’éditeur. Consulter son catalogue ici. Le suivre .

 

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A propos du rédacteur

Matthieu Gosztola

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Rédacteur

Membre du comité de rédaction

 

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le Prix des découvreurs. Une vingtaine d’ouvrages parus, parmi lesquels Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau), Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin (Éditions de l’Atlantique), Matière à respirer (Création et Recherche). Ces ouvrages sont des recueils de poèmes, des ensembles d’aphorismes, des proses, des essais. Par ailleurs, il a publié des articles et critiques dans les revues et sites Internet suivants : Acta fabula, CCP (Cahier Critique de Poésie), Europe, Histoires Littéraires, L’Étoile-Absinthe, La Cause littéraire, La Licorne, La Main millénaire, La Vie littéraire, Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Poezibao, Recours au poème, remue.net, Terre à Ciel, Tutti magazine.

Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, spécialiste de la fin-de-siècle, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.

Site Internet : http://www.matthieugosztola.com