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Féminismes, ailleurs, Collectif

Ecrit par Tawfiq Belfadel 12.04.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Editions Indigène, Essais

Féminismes, ailleurs, Collectif (Claire Auzias, Lina Ben Mhenni, Marcia Langton, Malika Mokeddem, Michèle Therrien), 40 pages, v. papier, 2,94 €

Ecrivain(s): Collectif Edition: Editions Indigène

Féminismes, ailleurs, Collectif

 

 

Indigène éditions a lancé une nouvelle collection dédiée aux voix féminines : Femmes, où en êtes-vous ?

On y trouve, en plus d’autres titres, Féminismes, ailleurs. Commençant par une introduction de Sylvie Crossman, ce petit essai collectif comprend cinq petits textes écrits par cinq femmes, sur les femmes.

Cinq femmes caractérisées par une pensée savante, libre, mais jamais séparées de la complexité, de l’implacabilité du réel. Solidaires de leur peuple ou de leurs sœurs, mais sans concession envers les dérives de leur tradition, et toujours reliées à l’espérance (p.5).

Chacune d’elles parle des femmes dans une aire culturelle et géographique précise, d’où l’exigence de mettre le mot Féminisme au pluriel.

Dans son texte intitulé « Romnialution », un féminisme à l’œuvre parmi les femmes tsiganes, Claire Auzias parle de la femme rom et surtout de son statut contemporain. En illustrant et en citant des exemples, elle évoque les grandes thématiques des congrès et des conférences consacrés aux femmes tsiganes. Elle met notamment la lumière sur la double solitude de ces femmes : solitude au sein de la communauté où elles vivent, et solitude vis-à-vis de la communauté dite majoritaire.

La civilisation romani est patriarcale – au sens féministe du terme, c’est-à-dire repose sur le pouvoir des hommes sur les femmes –, patrilinéaire et patrilocale (p.8).

Michèle Therrien, dans son texte intitulé La question du genre intéresse-t-elle les Inuits ?, parle des femmes Inuits tout en illustrant la complémentarité homme-femme dans leur communauté. En s’inspirant de l’ethnographie, elle décrit leur mode de vie.

« Encore aujourd’hui, la fluidité des genres, la complémentarité, les valeurs partageables sont placées au cœur des préoccupations des Inuits (p.15).

Elles veulent de l’espoir : c’est le titre que Marcia Langton donne à son texte. Elle y parle des femmes aborigènes d’Australie, montrant comment les arts, et surtout le cinéma, abordent des sujets relatifs à la condition féminine, voire féministes. D’un ton mélancolique, elle dévoile les différents abus dont les Aborigènes sont victimes, et qui ont favorisé la naissance d’une certaine « politique de caïds ». Pour elle : le cinéma est un vrai pouvoir pour libérer les femmes de la main meurtrière de la discrimination et du fardeau de l’histoire (p.25).

Romancière de langue française, Malika Mokeddem peint dans son texte, Nous, corps du délit, certains sujets liés à la femme algérienne, qui inspirent souvent son écriture romanesque. Elle montre avant tout qu’après l’indépendance (1962), faire des études à l’Université était pour elle et les autres un élan vital, une renaissance. Avec rage, elle décrit le processus qui menaçait la mixité des cités universitaires où elles formaient envers et contre tous un microcosme. En somme, elle décrit la déception des Algériennes après l’indépendance.

Le vent dans les cheveux, pleines d’insolence, de fougue et de défis, nous tournions résolument le dos aux abysses de la tradition. L’exil, c’est ce que nous avions douloureusement vécu dans nos familles(p.32).

De l’Algérie à la Tunisie. Dans son texte portant le titre La femme tunisienne est aussi homme que l’homme, Lina Ben Mhenni feuillette le passé lointain pour parler de ses aïeules et de ses ancêtres, et pour pouvoir donc dire ce qu’est la Tunisienne d’aujourd’hui. Elle montre que la femme tunisienne est aussi HOMME que l’homme, est citoyenne de notre monde actuel et de son pays qui renaîtra sûrement de ses cendres (p.40).

Sans nier le Féminisme général, ces femmes parlent de certains féminismes méconnus, à travers la condition de femmes de différentes aires culturelles et géographies (Roms, Inuits, Aborigènes, Algériennes, Tunisiennes). Elles parlent du présent amer de ces femmes tout en faisant des retours pour interroger leur passé.

Traversé çà et là par des témoignages rapportés, ce petit essai d’inquiétude et d’espoir jette un pont entre les femmes de différentes communautés. Enfin, il dit les cris des femmes solitaires et solidaires.

 

Tawfiq Belfadel

 

Claire Auzias, docteure en histoire, spécialiste des Roms et de l’anarchisme.

Michèle Therrien, professeure des universités à l’institut national des langues et civilisations orientale à Paris.

Marcia Langton, professeure d’études indigènes australiennes à l’université de Melbourne.

Malika Mokeddem, médecin et écrivaine. Auteure de plusieurs romans dont Des rêves et des assassins,La désirante.

Lina Ben Mhenni, cyberdissidente à Tunis.

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A propos de l'écrivain

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Tawfiq Belfadel

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Jeune écrivain algérien de langue française, auteur de Kaddour le facebookiste (éd. Edilivre). A suivi des études de Lettres à l’université de Mostaganem.