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Exils de mon exil, Sanda Voïca (3ème article)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 18.08.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Passage d'encres

Exils de mon exil, 2015, 26 pages, 5 €

Ecrivain(s): Sanda Voïca Edition: Passage d'encres

Exils de mon exil, Sanda Voïca (3ème article)

 

La voix de Sanda Voïca est de celles de l’exil. Où palpite, dans la consistance et la persistance du secret et de l’évidence, le désir. Le désir géolocalisé d’un cœur qui bat. Une lame de lumière soulevée par cette simultanéité du désir et du plaisir, à l’œuvre et toujours à retrouver, dans l’écriture. Désir d’écrire « essentiel », « vrai ». Voix de l’exil. Exil de l’exil, marge de l’œuvre foncièrement inachevée, tenue dans une « attente sans attente », sans cesse attendue, recommencée.

Désir d’écrire « jamais assouvi, toujours assouvi, ce désir ne fait que me mettre hors de moi au moment même où je suis le plus près de moi, plus que jamais en dehors de moi. Dedans et dehors simultanément, et avec une intensité qui me fait muer et me mouvoir ».

Ainsi parle l’auteur dans les premières pages de cet opus dense et sobre, explicitant le titre du livre Exils de mon exil – vision à la William Blake, souligne Sanda Voïca, traduisant cette mission de l’Écrire analogue au désir, au plaisir érotique.

« Écho de l’écho », exils d’un exil ; écho de l’exil, exils d’un écho. La parole de Sanda Voïca se recueille feuillet après feuillet, traversée, transpercée d’une voix qui se donne un peu en même temps qu’elle se retire (Ne croyez surtout pas qu’avec ces détails / je vous ai tout dit, écrit-elle dans La conquête impossible, p.11).

On pense aux fêlures d’une voix parlant d’un pays du déracinement, du dépaysement. On pense au clair-obscur maintenu entre le dit et le non-dit, le tacite affleurant sur le corps pudique des mots. On pense au don de soi réservé par une voix enrobée de silences, à des lecteurs attentifs au moindre saisissement possible d’un signe dans cette traque de l’inframince de l’inframince du désir, l’expression d’un corps en liberté, la tête ailleurs. Expression dans l’instantanéité d’un présent cependant non improvisé, qui se pose en ses mots pour marquer un temps d’arrêt, et qui sait s’arrêter « pour ça » : le soulèvement de cette lame de lumière où se troque / où se traque – traque qui traque – la poésie.

Don de poésie d’une voix tissée d’ombres et de lumière, engloutie dans les eaux noires-grises des différents lecteurs, à la fois éclat lumineux et menaçant d’une lame, désir à double tranchant, érotique et inquiétant comme est furtive et prégnante la voix de Sanda Voïca ; éclat d’une « rose inerme » dont la tige si lisse recèle cependant une épine insoupçonnée – le dard d’une fleur. Avatars d’une folie qui guette ? tissant telle une araignée la toile des mots, ardente, fragile fragilisée et souveraine.

Mes larmes sont des étoiles

Et mes mots les traces des pattes

De l’araignée qui guette mon cerveau.

J’avance et j’y suis :

Moi l’araignée déjà

Dans le cerveau de qui ?

(« Une étoile au coin de l’œil », p.19)

Il faut lire cet opus portant l’originalité d’une voix si singulière, fondue mais dans le même temps « en guerre permanente », dans « le moi et les choses », signataire imprécise, furtive mais opiniâtre, authentique, d’un exil exilé dans ses propres lignes, « Inexactitude foncière » par ce qu’elle touche, là, d’essentiel.

 

Murielle Compère-Demarcy

 


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A propos de l'écrivain

Sanda Voïca

 

Née en 1962 en Roumanie. Etudes à la Faculté de langues étrangères de Bucarest. Travaillé pour la revue « Contemporanul-ideea europeanà » et « La Roumanie littéraire » comme correctrice, entre 1990-1997. Publié dans les plus importantes revues littéraires bucarestoises poèmes, nouvelles, fragments de roman. Publié en 1999 le recueil  « Le diable avait les yeux bleus »/ « Diavolul avea ochi albastri » sous le nom d’Alexandra Voicu, Editions Vinea, Bucarest.

 

Depuis 1999, arrivée en France. A présent, elle écrit directement en français.

Elle montre ses textes francophones depuis peu. Détails sur son blog, « Le Livre des proverbes nouveaux », rubrique « Présence ailleurs ».

 

A partir de  2010, initiatrice et animatrice (avec Samuel Dudouit) de la revue numérique  « Paysages écrits ».

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

S'attèle encore. À écrire une vie, ratée de peu, ou réussie à la marge.

Publie en revues (La Revue Littéraire (éditions Léo Scheer), Poezibao, Phoenix, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret,  …).

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Nouvelle Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Texture, …

Effectue des lectures : Maison de la Poésie à Amiens ;  à Paris : Marché de la Poésie (6e), Salon de la Revue (Hall des Blancs-Manteaux dans le Marais, Paris 4e), dans le cadre des Mardis littéraires de Lou Guérin, Place Saint-Sulpice (Paris, 6e), Festival 0 + 0 de la Butte-aux-cailles, Melting Poètes (Paris, 14e) ; auteure invitée aux Festival de Montmeyan (Haut-Var)[depuis août 2016] ; au Festival Le Mitan du Chemin à Camp-la-Source en avril 2017;  [Région PACA] ; au Festival Découvrir-Concèze (Corrèze) du 12 au 18 août 2018

Lue par le comédien Jacques Bonnaffé le 24.01.2017 sur France Culture :

https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/courriers-papillons-24-jour-deux-poemes-de-front