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Etudes

Un nain géant : Marc Petit et la nouvelle fiction

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 30 Juillet 2011. , dans Etudes, Les Dossiers

La nouvelle fiction . Ecrivain(s): Marc Petit

La nouvelle fiction a généré bien des polémiques et nous ne souhaitons pas ici initier de nouvelles frictions.
Jean-Luc Moreau a fait une magistrale mise au point dont voici la moelle :

1)    Il ne s’agit pas, pour la Nouvelle Fiction, de prôner, ou de seulement prôner, le retour à la fiction et à l’imaginaire, évincés de la littérature ou uniquement acceptés par elle sous des formes strictement codifiées. Le libre exercice de la fiction exclut la mise en récit du supposé réel, toute espèce de fictionnalisation. Au lieu d’être ravalée à une simple technique de feintise et de leurre, destinée à rendre la représentation aussi vraisemblable qu’attrayante, la fiction agit cette fois pour son propre compte et de son propre chef, en pleine autonomie. D’autre part, donner toute sa chance à l’imaginaire, ce n’est pas le mettre en coupe réglée, comme le réalisme le fait du monde extérieur et l’autofiction du moi, c’est le décoloniser, le libérer. « Si l’imagination est une faculté, écrit Hubert Haddad, l’imaginaire reste son domaine inviolé dont elle ne cesse de s’éloigner par des pacotilles, des inventions . » Il y va bien d’une conception nouvelle, ou à tout le moins à contre courant, aussi bien de la fiction que de l’imaginaire.

Les romans de Philippe Sollers : une littérature en situation

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 12 Juin 2011. , dans Etudes, Les Dossiers

À l’occasion de la parution de Trésor d’amour (Gallimard, 2011, 17 euros 90, 213 pages). . Ecrivain(s): Philippe Sollers


Lire un livre de Sollers, c’est toujours faire l’expérience d’une écoute intense, qui soit intérieure, mais tendue comme un fil à se rompre, face à une écriture qui, dans la façon qu’a l’auteur de ciseler son souffle, par le choix notamment de l’emplacement des virgules, est une musique sans cesse gratuite (puisque tout est gratuit, tout ce qui est important et vivant, pour reprendre la pensée chère aux surréalistes et en premier lieu à Breton dont Sollers se sentira très proche très jeune). Sans cesse gratuite et imprévisible. Un exemple ? « Elle est pour toi à l'instant, remer­ciement calme ». Un autre ? Mais oui. « Jamais assez de temps encore, encore ».

Cette écriture cherche, dans ce livre-ci, plus que jamais, à prendre à bras le corps trois entités très chères à l’auteur : Venise, la littérature (en l’occurrence Stendhal) et l’amour.

Hommage à Roberto Bolaño

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Etudes, Les Dossiers, Articles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Hommage à Roberto Bolaño (les citations sont de la main de l’auteur), poète et romancier chilien, né le 28 avril 1953 à Santiago du Chili et décédé à Barcelone le 14 juillet 2003, suite à une longue période de maladie, abandonnant à la vie vierge de lui son épouse espagnole et leurs deux enfants qu’il a appelés « sa seule patrie », à l’occasion de la réédition de 2666 en Folio.


C’est « une étrange journée » pour l’épouse espagnole qui se sent « comme si quelque chose avait crevé à l’intérieur » de soi. Elle reste assise sur le lit, « les pieds posés sur le sol, à essayer de se souvenir de quelque chose de flou » (2666).

Autour d’elle, tous les silences font une ronde. Cela durera des semaines. Peut-être des mois. Des semaines, avant que la ronde ne se brise.

Laisser ses journées et ses nuits lentement s’effilocher dans son lit, laisser la vaisselle s’empiler, ne pas ouvrir les stores. Ne plus même être capable de prononcer son prénom, de l’épeler dans l’intimité vacillante de sa pensée.

La circularité romanesque au XXème siècle

, le Dimanche, 29 Mai 2011. , dans Etudes, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

De l'euphorie proustienne à la dysphorie néo-romanesque

Diderot affirmait dans Jacques le fataliste : « Avec un peu d’imagination et de style, rien n’est plus aisé que de filer un roman ». Or, cette époque de « filer » une histoire avec une sainte intrigue en trois volets, est définitivement révolue. Tandis que le destin de « Jacques » semblait être subi par celui-ci comme une « fatalité », celui des personnages du XXème siècle s’emmêle, se défait, se délie, se désordonne, se perd sans jamais se filer, tout comme le texte lui-même. L’image d’un démiurge despotique et omniscient devient aussi incrédule que le mythe des trois parques qui « filent » le destin des humains, le compliquent puis finissent par le couper. Ainsi, les trois moments du roman traditionnel, le commencement, la crise et le dénouement, sont irrémédiablement mis à rude épreuve. À l’ère de l’inconscient, une ère où l’homme perd le contrôle sur cette force qui l’habite et le dépasse, les parques cèdent la place à une vieille myope, amnésique et à moitié folle qui ne cesse de s’emmêler avec les fils. Le texte ou le textile autrefois solide, fluide et bien tissé, se relâche, se troue, se défait, se délie et devient dentelle. Le roman n’est plus à « filer », mais à « dé-filer », le nœud de la vieille intrigue et son dénouement sont substitués par un réseau plus complexe, une infinité de nœuds dont ne se démêlent ni commencement ni fin. Face à la perte de repères et de mémoire, la vieille myope n’a qu’à revenir, défaire, refaire, répéter et ce à l’infini.

Rilke : seconde élégie de Duino

, le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Etudes, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED, Langue allemande, Poésie, Classiques

Etude : seconde élégie de Duino (Rainer Maria Rilke)

Tout ange est effroyable. Pourtant – Malheur à moi ! –

je vous invoque, oiseaux de l’âme presque mortels,

sachant bien qui vous êtes. Qu’il est loin le temps de Tobie,

où l’un des plus radieux se tenait à la porte

un peu déguisé pour le voyage, cessant déjà d’être effrayant

(Simple jeune homme pour le jeune homme qui, avec curiosité, le regardait).


Tout Ange est effroyable : la proposition si puissante est cette fois reprise depuis le tout début de la seconde Elégie. Le même contexte semble l’accompagner : mêmes mots, même image, même effroi, même appel à l’Ange, en somme même matériel mythologique. Alors, est-ce répétition ? Répétition rythmique semblable au refrain d’un chant ? Sans doute. Mais un grand poème ne peut se suffire de la prééminence de la forme, si marquante soit-elle. Il y faut quelque grande vision et celle qui est à l’œuvre ici, plus que grande, est grandiose.