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Etudes

Galsan Tschinag, auteur Mongol

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 07 Décembre 2011. , dans Etudes, Les Dossiers

Un auteur . Ecrivain(s): Galsan Tschinag

Ce billet a pour but d’inciter à découvrir un auteur « coup de cœur ». Il s’appelle Galsan Tschinag, il est né le 26 décembre 1944 dans une famille de chamans touvas de Mongolie. Il a passé sa jeunesse dans les steppes puis est allée étudier à l’Université de Leipzig. Il est revenu dans son pays, et a commencé de publier en 1981. Sa langue d’origine, le touva, ne possède aucune tradition écrite. Il écrit donc en Allemand. Une douzaine de titres, romans, récits et études le situent aujourd’hui parmi les tout premiers écrivains étrangers de langue allemande. Il vit aujourd’hui à Oulan Bator et s’est fait l’ardent défenseur des coutumes de son peuple face aux dangers de la modernisation.

Lire Galsan Tschinag c’est comme franchir une porte qui vous transporte non seulement au cœur des steppes, à travers un paysage physique, à la fois rude, austère  et grandiose, pas seulement dans la chaude intimité du cercle de la yourte mais aussi au plus profond du cœur de l’homme et à la frontière d’un savoir mythique entre tradition et modernité. C’est tout le devenir des cultures minoritaires dans le monde dit moderne qui est en jeu. Son écriture simple et belle trace un chemin et ouvre des voies oubliées, où résonnent des chants anciens et puissants. Et quand on commence à lire, on ne peut plus s'arrêter. Mais ce sont des livres qui n'incitent pas au bavardage, ce sont même parfois des pages de silence, alors découvrez par vous-même :

Genet, ce célèbre inconnu (2)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 01 Décembre 2011. , dans Etudes, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Notre-Dame-des-Fleurs (1948)

 

Parue en 1944 dans une première édition anonyme, la première œuvre romanesque de Genet nous plonge dans la vie et les pensées d'un narrateur, détenu en 1942 à la prison de la Santé et à Fresnes, et en train d'écrire son livre. S'il s'appelle Jean Genet, il n'est qu'un double fictif de son auteur. Le narrateur se trouve être également un double de Divine et de Divine enfant encore appelé Louis Culafroy dont il prend en charge la biographie ou plutôt l'hagiographie puisqu'il considère que Divine est une sainte. Les événements se trouvent narrés à rebours puisque le roman commence par la mort de Divine. Le récit quitte alors la prison pour plonger le lecteur dans deux univers contrastés : le Paris apache où évolue Divine travesti prostitué et la campagne où vit le jeune Culafroy. La construction de Notre-Dame-des-Fleurs compose savamment avec les caractéristiques respectives de la fiction et de l'autobiographie et procède à de multiples jeux d'enchâssements. La spécificité générique de l'œuvre reste en suspens et le « monde [y] est retourné comme un gant ».

Le narrateur explique que ce livre s'inspire de sa propre vie, mais qu'il est aussi le résultat de ses rêveries et de ses fantasmes de détenu : « A l'aide donc de mes amants inconnus je vais écrire une histoire. Mes héros ce sont eux, collés au mur, eux et moi qui suis là, bouclé. [...] Ce livre ne veut être qu'une parcelle de ma vie intérieure ».

Genet ce célèbre inconnu (1)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 26 Novembre 2011. , dans Etudes, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

« Jean Genet, écrivain multiple »


A l'heure de la célébration et de la consécration, quels sont les lecteurs de Jean Genet ? Que sait-on de cet écrivain polygraphe et insaisissable ? Derrière tous les faux Genet, qui est le vrai Jean Genet, homme et artiste ? Alors que le centenaire de sa naissance donne lieu à de nombreuses manifestations scientifiques, à la parution de revues universitaires dans divers pays, la région du Morvan et bien d'autres localités et institutions se mobilisent pour célébrer son plus turbulent « enfant adoptif ». Or, s'il n'est sans doute pas un écrivain à mettre entre toutes les mains, Genet demeure méconnu du grand public et en définitive peu lu. L'objet de ce dossier est de dresser un panorama de cette œuvre protéiforme et complexe, d'en mettre au jour la richesse et d'offrir à l'écrivain disparu de nouveaux lecteurs prêts à vivre une expérience littéraire unique qui ne saurait les laisser indemnes.

Le public réduit de l'œuvre de Genet s'explique par plusieurs facteurs. Tout d'abord, la légende qui accompagne l'homme et l'écrivain est venue masquer l'œuvre. Enfant abandonné et vagabond livré aux misères du bagne pour enfants, voleur et prostitué errant à travers l'Europe, détenu récidiviste, homosexuel ne cachant pas ses attirances, Genet constitue à lui seul un personnage digne de plus d'un roman et il ne s'est pas privé de mêler dans es premiers ouvrages fiction et biographie, donnant peut-être la part la plus grande au rêve et à la recomposition de son histoire, de ses histoires.

Hommage à l'oeuvre de Jean-Baptiste Para : porter le silence

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 16 Novembre 2011. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

À l’occasion de la republication en 2011 de La faim des ombres (Obsidiane, collection Les solitudes, 118 pages, 14 euros).


André Velter, qui le connaît très bien (il a animé avec lui l’émission radiophonique « Poésie sur parole » sur France-Culture), présente ainsi Jean-Baptiste Para dans le septième numéro de la revue Caravanes parue chez Phébus : « Le titre de son premier livre publié, Arcanes de l’ermite et du monde, indique bien ce mouvement incessant, cette méditation continue qui, sans nier les vertus de la mise à l’écart, choisit pourtant de passer à l’action […] ». Nul homme autre que Para n’est peut-être davantage attentif aux voix du monde, dans toute leur diversité, leur singularité, au travers de l’entreprise sans cesse recommencée de la revue Europe (qui cherche à faire exister les voix dans leur unicité et dans leurs liaisons avec des voix amies, quel que soit leur terreau d’origine, européen ou mondial), au travers de ses traductions, nombreuses…, et nul homme autre que lui n’est peut-être, dans le même temps, davantage (avec une telle force) attentif au silence : « [t]oi qui retiens ta bouche de parler » ; « [d]es journées entières / je donne mon cœur au silence » (La faim des ombres).

Les figures du vide dans l'écriture de Samuel Beckett

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Mardi, 01 Novembre 2011. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED, Classiques


La répétition du Même


« Ne rien dire » serait trop facile, mais, dans l’écriture beckettienne, il s’agit d’un message plus exquis : dire le rien. Beckett parvient à dire le rien, le vide en écrivant le Même. En effet, l’entreprise de la destruction des personnages chez Beckett est la conséquence de la réduction de leur vie au Même. Au début de L’Innommable, Mahood parle de ce parcours à l’envers :

"J’avais déjà fait une bonne dizaine de pas, si on peut appeler ça des pas, non pas en ligne droite bien sûr, mais selon une courbe fort prononcée, laquelle, sans peut-être me ramener précisément à mon point de départ, semblait destinée à me le faire frôler de fort près, pour peu que je m’y maintinsse. Je m’étais probablement empêtré dans une sorte de spirale renversée, je veux dire dont les boucles, au lieu de prendre de plus en plus d’ampleur, devaient aller en rétrécissant, jusqu’à ne plus pouvoir se poursuivre, vu l’espèce d’espace où j’étais censé  me trouver. À ce moment-là, dans l’impossibilité matérielle d’aller plus loin, j’aurais été sans doute obligé de m’arrêter, quitte à la rigueur à repartir aussitôt en sens inverse, ou beaucoup plus tard, en me dévissant en quelque sorte […]" (1).