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Etudes

Cthulhu à Helsinki (1)

Ecrit par Martin Carayol , le Vendredi, 23 Mars 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Étude de quelques constantes des récits post-lovecraftiens


Travaillant dans le cadre d’un mémoire de M2 sur les allusions à la culture populaire dans la littérature finlandaise contemporaine, nous avons été amené à nous intéresser à un type bien particulier d’allusions, celles qui se fondent sur les écrits de l’écrivain américain Howard Philips Lovecraft (1890-1937). Le fait que l’on trouve en Finlande, non certes une tradition du récit fantastique lovecraftien, mais plusieurs nouvelles se situant délibérément dans la lignée des œuvres de Lovecraft, en lui empruntant ses thèmes et sa mythologie, montre bien l’ampleur du phénomène des récits post-lovecraftiens. Quel autre écrivain de l’époque moderne peut se vanter d’avoir inspiré tant d’auteurs, dans tous les pays, qui lui ont emprunté certaines de ses créations, à des fins extrêmement diverses, ludiques, commerciales, ironiques, sérieuses, etc. ? Même les hommages à Arthur Conan Doyle, les œuvres faisant intervenir Sherlock Holmes, ses aventures « apocryphes », ne nous semblent pas avoir la même étendue.

Romans de Erri de Luca : grandeur des humbles

Ecrit par Mohammed Yefsah , le Lundi, 19 Mars 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Erri De Luca, écrivain, poète et traducteur italien, interroge la conscience à travers le cœur. Dans la littérature de Erri De Luca, la quête du passé est une obsession pour comprendre le présent. Il montre à travers des trajectoires individuelles la condition humaine. Ses récits explorent l'humain, ses dignités et ses bassesses, et le placent au centre de l'Histoire. Erri De Luca n'a aucunement la prétention de celui qui regarde d'en haut le monde, de celui qui spécule sur l'univers. Ses fictions sont plutôt nourries du réel, bien que l'imagination invente et donne sens à la réalité.

Avant de devenir un écrivain majeur de la littérature contemporaine italienne, Erri De Luca a connu la sueur des travaux manuels dans les chaînes de montage des usines automobiles, le rude labeur dans les chantiers du bâtiment, les interminables routes en tant que chauffeur de camion. « Jai fait le plus vieux métier du monde. Pas celui de la prostituée, mais léquivalent masculin, louvrier, qui vend son corps à la force de son travail » écrit-il dans la préface française de son livre Une fois, un jour publié chez Verdier, puis chez Gallimard en version bilingue sous un nouveau titre Pas ici, pas maintenant. A la rudesse et la sècheresse de l'usine, De Luca résiste par l'invention d'une écriture poétique, douce mais sans concession, en s'inspirant de ses semblables, lui qui a voulu changer le monde en participant à la fondation du groupe d'extrême gauche Lotta Continua (1969-1976).

Le retour de Parker

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 15 Mars 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

A propos de Richard Stark/Donald Westlake


Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, signalons dès maintenant que Richard Stark est l’un des pseudonymes de Donald Westlake. C’est sous ce nom qu’il a commencé en 1962 une série de romans mettant en scène Parker dont Demandez au perroquet est la vingt-troisième et avant-dernière aventure.

Antihéros par excellence, Parker est un braqueur froid et méthodique dont la spécialité est l’élaboration de plans. Si son travail l’amène à travailler en équipe, il n’en demeure pas moins un être solitaire et taciturne sans pour autant être misanthrope puisque, de fait, il semble n’éprouver aucun sentiment. Ce personnage dépouillé du vernis de la sociabilité, fascinant et effrayant par certains côtés, a révolutionné à sa manière le roman noir à partir des années 1960 et jusqu’à un premier arrêt de la série en 1974. Il a fallu attendre 1998 pour que Parker revienne tel qu’en lui-même dans un roman sobrement intitulé Comeback, toujours aussi sec et efficace, ouvrant la voie à une nouvelle série de romans édités en France par les éditions Rivages.

Personne et personnage modernes : approche interdisciplinaire (deuxième volet 3)

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Samedi, 10 Mars 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Plaidoyer pour un personnage plat : L'esthétique du figé


Au début du Voyeur d’Alain Robbe-Grillet, lorsque Mathias apparaît sur le quai, rien n’est dit de sa personne physique, à part sa posture :

« Légèrement à l’écart, en arrière du champ que venait de décrire la fumée, un voyageur restait étranger à cette attente. La sirène ne l’avait pas plus arraché à son absence que ses voisins à leurs passions. Debout comme eux, corps et membres rigides, il gardait les yeux au sol » (1).

Dès l’abord, le lecteur sait par conséquent qu’il ne s’agit pas de personnage vivant, mais d’un corps statufié comme on en trouve dans les tableaux de Chirico. Mathias étant « debout », « corps et membres rigides », nous assistons à une scène sans vie.

Chez Beckett, la présentation des personnages joue sur la même réticence énonciative. Murphy est présenté ainsi par la posture de son corps :

« Il était assis, nu, dans sa berceuse (…). De la sueur lui coulait par tout le corps. La respiration n’était pas perceptible. Les yeux froids et figés comme ceux d’une mouette, fixaient sur la moulure lézardée de la corniche une éclaboussure irisée qui allait pâlissant et se rapetissant » (2).

Personne et personnage modernes : approche interdisciplinaire (deuxième volet 2)

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Jeudi, 16 Février 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Plaidoyer pour un personnage plat : L'esthétique impressionniste.


1) Le flou des contours :


L’existence fantomatique des personnages proustiens a été soulignée par Alain De Lattre dans les propos suivants : « (Chez Proust) Il n’y a pas de personnages. Il y a des noms. Et puis, derrière, des ombres, des visages. Quelque chose qui nous échappe » (1). De cette abolition des contours bien nets et de la caractérisation bien déterminée résulte une esthétique du flou qui fait penser à l’art impressionniste. Ce courant pictural procède en effet de façon analogue dans la mesure où il ne saisit de la personne représentée qu’une forme plate. On ne distingue les traits et les lignes que grâce à des couleurs emmêlées ou à des effets de lumière. L’effacement des contours et des lignes fait du personnage une ombre frappée de viduité.

Cette représentation trouve son expression la plus ultime dans Le Planétarium de Nathalie Sarraute. Toute tentative de décrire le personnage y échoue : « Tout est creux. Vide. Vide. Vide. Entièrement vide. Tout est mort. Mort. Mort. Mort » (2).