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Etudes

L'étranger dans l'art (1)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 10 Avril 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Dans la salle à manger tendue de noir, ouverte sur le jardin de sa maison subitement transformée, montrant ses allées poudrées de charbon, son petit bassin maintenant bordé d’une margelle de basalte et rempli d’encre et ses massifs tout disposés de cyprès et de pins, le dîner avait été apporté sur une nappe noire, garnie de corbeilles de violettes et de scabieuses, éclairée par des candélabres où brûlaient des flammes vertes et par des chandeliers où flambaient des cierges.

Tandis qu’un orchestre dissimulé jouait des marches funèbres, les convives avaient été servis par des négresses nues, avec des mules et des bas en toile d’argent, semée de larmes.

Huysmans, A rebours

 

 

Dès le 16ème siècle, les artistes européens ont souvent représenté des figures d’africains selon une forme et des attitudes spécifiques, dans certaines œuvres à caractère religieux, voire les admirables Adoration des Mages où les peintres Dürer et Altdorfer reprennent des scènes conformes aux grands textes de l’Evangile.

Les métamorphoses préfèrent la nuit (2)

Ecrit par Jean Bogdelin , le Vendredi, 06 Avril 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED


Les nouvelles fantastiques de Prosper Mérimée, d’Edgar Poe, et de Théophile Gautier se situent sans doute à l’apogée du genre, au XIXe siècle. Elles se sont beaucoup écartées du modèle originel quant au moment et aux circonstances de la métamorphose. Ovide a fait évoluer son héros en plein jour et en pleine fête, alors que Mérimée, Poe et Gautier ont eu besoin non seulement de la nuit, mais aussi de la déprime, du vague à l’âme, ou de l’égarement pour installer l’extraordinaire et susciter le frisson. Poe nous raconte dans le détail une genèse redoutable de la représentation, se nourrissant quasiment en vampire de la substance de son modèle. Sous cet éclairage, l’horreur s’infiltre avec une grande efficacité, comme quelque chose qui va de soi, dans sa narration. Gautier, pour sa part, a eu l’idée de déployer, magnifiquement, la métaphore lumineuse du jour nocturne pour recréer la vie à Pompéi d’avant le cataclysme, faisant déambuler son héros dans ses rues et rencontrer des Romains à qui il s’adresse en latin, leur donnant l’impression d’être tout de même un barbare, dans cet espace de civilisation, malgré sa culture, bizarrement habillé, comme il l’est, en contemporain de Gautier. Cette splendide reconstitution vaut tout ce que notre cinéma a produit sur le thème des derniers jours de Pompéi. Arria Marcella avec sa puissance d’évocation atteint, grâce à l’adéquation entre le sujet et l’écriture, un équilibre esthétique rarement rencontré.

Cthulhu à Helsinki (2)

Ecrit par Martin Carayol , le Vendredi, 30 Mars 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Etude de quelques constantes des récits post-lovecraftiens

Comparaison avec d’autres nouvelles récentes


Nous avons jugé utile de mettre cette nouvelle en perspective avec deux autres nouvelles post-lovecraftiennes ayant une tendance au second degré, dont les auteurs aiment à se servir des allusions au maître de Providence, non pas pour instiller la peur en s’inscrivant dans une tradition littéraire qui a fait ses preuves, mais plutôt pour adresser des clins d’œil ludiques au lecteur : H.P.L. (1890-1991), de Roland C. Wagner (Wagner 2000 : 261-277), et Shoggoth’s old peculiar (en français La spéciale des Shoggoths à l’ancienne), de Neil Gaiman (Gaiman 2005 : 147-159).

La nouvelle de Neil Gaiman n’aurait strictement aucun intérêt pour des lecteurs ne connaissant pas Lovecraft, car elle repose entièrement sur des allusions à celui-ci, sur des détournements, tout part de l’œuvre de l’écrivain américain et ne semble pas chercher à parler d’autre chose qu’elle. L’intrigue est la suivante : un jeune touriste américain, Ben Lassiter, erre sur la côte anglaise, trompé par un guide de voyage bourré d’approximations et de mensonges ; il arrive par hasard dans un village appelé Innsmouth, où par bonheur il trouve enfin un pub ouvert et parvient à assouvir sa faim.

Les métamorphoses préfèrent la nuit (1)

, le Mercredi, 28 Mars 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Texte en deux parties

 

Au commencement, il y a eu Ovide, qui narra l’histoire de Pygmalion, auteur d’une sculpture en ivoire représentant une femme de rêve, rayonnante de beauté, qu’aucune autre ne peut tenir de la nature, femme si parfaite qu’il en tomba amoureux. « On dirait qu’elle vit, et si la pudeur ne l’en empêchait pas, qu’elle désire se mouvoir. » L’ivoire devint chair le jour de la fête de Vénus. « Pygmalion alla vers la statue de la jeune fille, la coucha sur son lit et l’embrassa… Sa bouche rencontra une véritable bouche. » Ils vécurent ensemble et eurent une fille, Paphos,  « de laquelle l’île tient son nom. »

Le sculpteur ne donne pas seulement, par son talent, l’illusion de la vie, mais en devenant amoureux de sa création, il lui insuffle la vie. De fait ses mains ont donné le jour à une créature. Cette histoire de démiurge, se déployant comme un conte fantastique, avait de quoi alimenter l’imagination des artistes et des écrivains des siècles à venir. Le merveilleux est dans le récit, mais le réalisme aussi. La véracité du récit d’Ovide n’est pas tant, pour les lecteurs de son époque, dans l’intervention de Vénus, mais dans l’île Paphos, portant le nom de la fille de Galatée, la statue, et de Pygmalion son sculpteur. Quoi de plus réel en effet qu’une île !

Moi, Je, Zucco, Bernard-Marie Koltès

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 26 Mars 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Une petite étude sur le Zucco de B.-M. Koltès


Pour comprendre Roberto Zucco, le héros éponyme de la pièce de B-M. Koltès, et si on fait le choix de ne pas s'en tenir uniquement à l'affaire Succo, la vraie affaire criminelle, il faut dire quelque chose sur l'identité. Identité, entendue ici, comme un processus, la projection d'un moi vers d'autres moi, où, Zucco cherche une issue à sa violence du dedans.


Il s'approche, la caresse, l'embrasse, la serre; elle gémit.

Il la lâche et elle tombe, étranglée.

Zucco se déshabille, enfile son treillis et sort.

Koltès, R. Z.; p. 18