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Etudes

Voyage avec Frédéric Boyer dans la question brûlante du "nous" (2)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 12 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Frédéric Boyer, Phèdre les oiseaux, suivi de Texte pour une voix off (Thésée) et de Chants pour d’autres voix, P.O.L, 2012, 106 pages, 12 e ; Personne ne meurt jamais, P.O.L, 2012, 170 pages, 13 € ; Techniques de l’amour, P.O.L, 2010, 83 pages, 10,65 €

 

L’on sait en outre que l’amour est tout sauf commun, quand bien même il est la chose la moins inattendue. Cette expérience de l’amour, parce qu’elle est partagée par tous, est commune à chacun d’entre nous. Mais alors, l’amour serait-il lui-même commun ? L’on pourrait le penser. Car l’on aime finalement dès l’aube de sa vie. « Dès le ventre de [s]a mère [on] aim[e] quelqu’un ». En réalité, il n’en est rien. L’amour revêt toujours un caractère inédit. On aime toujours pour la première fois, quel que soit le nombre de fois où l’on a pu aimer, du reste. L’amour est toujours une première fois. Comme si, en aimant, en tombant amoureux puis en laissant l’amour s’installer en lui, l’amoureux naissait à sa vision, à son ressenti pour la toute première fois. Naissait à lui-même, en même temps qu’au monde, et à la vie.

L'étranger dans l'art (3)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 09 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Les nations européennes se vautrent dans l'opulence la plus ostentatoire. Cette opulence européenne est littéralement scandaleuse car elle a été bâtie sur le dos des esclaves, elle s'est nourrie du sang des esclaves, elle vient en droite ligne du sol et du sous-sol de ce monde sous-développé. Le bien-être et le progrès de l'Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. Cela nous décidons de ne plus l'oublier.

"Les Damnés de la Terre", Frantz Fanon

 

Deux dates cadrent étrangement: la mort de Matisse le 3 novembre 1954 et le début de l'insurrection algérienne le 1er novembre 1954. Les poncifs de la "grande nuit orientale", de ses "mystères impénétrables" sapent les traces de l'histoire et la violence de ses rencontres, d'"une nuit sans fin qui met à l'abri" [le sujet] "des réveils de l'histoire". (P. Vaudray) Les arts d'Afrique, d'Asie et d'Océanie, sont exposés dans différents musées, objets éparpillés, privés de leur sens initial, méconnaissables, fragmentaires. Ils survivent comme trophées vêtus de la domination occidentale.

Voyage avec Frédéric Boyer dans la question brûlante du "nous" (1)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 06 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Frédéric Boyer, Phèdre les oiseaux, suivi de Texte pour une voix off (Thésée) et de Chants pour d’autres voix, P.O.L, 2012, 106 pages, 12 € ; Personne ne meurt jamais, P.O.L, 2012, 170 pages, 13 € ; Techniques de l’amour, P.O.L, 2010, 83 pages, 10,65 €

 

Lire Frédéric Boyer, l’une des plus intenses voix qui ne forçant jamais son cours parvient toujours à l’inédit d’une évocation, au grain de peau d’une pensée qui jamais ne force sa diction mais toujours cherche la vérité d’une apparition, c’est plonger dans les méandres du « nous ».

Cette voix, deux parutions récentes (je ne parle pas ici de Sexy Lamb) nous donnent l’occasion de l’écouter, de nous en imprégner ; c’est la même voix qui chemine, sans cesse recommencée, livre après livre, sans cesse évanouie lorsque nos mains reprennent leur lente danse des gestes du quotidien, sans cesse évanouie et pourtant sans cesse renaissante, lorsque nos mains quittent leur danse du quotidien pour retrouver la danse de la diction de l’amour, dans la tendresse et le questionnement que nos paumes tracent sur les choses et les êtres.

Le miroir aux doubles

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mardi, 01 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Il me fallait faire en sorte que les interlocuteurs fussent assez distincts pour être deux et assez semblables pour n’être qu’un.

Jorge Luis Borges, Le livre de sable

 

D’Edgar Poe à Jorge Luis Borges, la littérature fantastique s’intéresse beaucoup aux doubles. Et plus précisément aux doubles qui sortent du miroir. Certains doubles sont devenus très célèbres grâce à l’incarnation que le cinéma leur a offerte. C’est le cas pour Le Portrait de Dorian Gray (1890) d’Oscar Wilde, et surtout de L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde (1886) de Robert Louis Stevenson.

Oscar Wilde était un lecteur attentif d’Edgar Poe. Ses sources d’inspiration proviennent sans aucun doute de deux nouvelles de Poe pour Le Portrait de Dorian Gray.

Un beau jeune dandy est représenté sur ce portrait, assez ressemblant et surtout assez vrai pour vieillir à sa place, en suscitant tout de même des conflits allant crescendo avec lui. Si bien que le sujet représenté sur le tableau, hissé au rang de véritable double, finit par se faire assassiner par son modèle. Eventualité déjà produite dans la nouvelle William Wilson d’Edgar Poe.

L'étranger dans l'art (2)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 24 Avril 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

« … le père travaille péniblement ce sucre que le Négrillon boit dans la même tasse avec sa riante maîtresse… ces négrillons et négrillonnes, empanachés et parfumés, on les achète… les reçoit en cadeau… Gouverneurs, intendants, grands colons, armateurs en offrent à tous ceux à qui ils veulent témoigner leur gratitude… Ainsi, les épouses des princes, des ministres, bref des grands de ce monde accueillent-elles dans leurs hôtels ces offrandes tropicales, comme de simples particuliers rangent dans leurs placards des citrons confits, quelques formes de sucre et une barrique de grains de café… On aime à les peindre auprès de grandes dames dont ils font ressortir l’éclat et la blancheur… »

 

L.-S. Mercier

 

Pendant des siècles, l’on fut persuadé que le beau en art était synonyme de blancheur immaculée. Au nom d’un idéal de noblesse et de pureté, – mouvement instauré à la fin du 18ème siècle –, on refusa la polychromie, jugée triviale. La sensibilité romantique et la naissance du courant orientaliste marquèrent, certes, un pas nouveau vers une reconsidération de différents types humains, mais accompagné d’un pittoresque colonialiste.