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Etudes

James Joyce/Lettres à Nora (1/4) - Un lecteur idéal

Ecrit par Elisabeth Guerrier , le Mardi, 16 Octobre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

James Joyce. Lettres à Nora. Petite bibliothèque Payot avril 2012. 8,50 €

 

« Garde mes lettres pour toi ma chérie, elles sont toutes pour toi »

 

Un lecteur idéal

 

Si j’avais jamais pu ou su m’abandonner à l’œuvre joycienne, la laisser incuber et se répandre, créant par sa rencontre un nouveau lieu de cohabitation, une de ces enclaves du style qui, sans vraiment qu’on en sache ou sente rien, travaillent et modèlent la façon de considérer où et comment poser le regard, si j’avais jamais pu ou su lire James Joyce, j’aurais peut-être ouvert ces lettres à Nora comme un pas obligé vers une proximité plus étroite, une fluidité plus grande à créer entre la stature monolithique de l’écriture et les traces rassemblées de l’existence de l’écrivain : biographies, correspondance, témoignages ou documents divers assignant, comme sous la nécessité d’un rituel conjuratoire autour du rempart de l’œuvre et de sa masse propre, les repères enfin accessibles de sa genèse.

Sinisgalli ou le poème panthéiste

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 15 Octobre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

J’ai vu les Muses, Leonardo Sinisgalli, traduit de l’italien par Jean-Yves Masson, Editions Arfuyen, Paris-Orbey, 2007

 

Il est difficile d’écrire à partir de ce très beau livre, traduit de l’italien par Jean-Yves Masson, sans choisir un point de vue, une orientation. Car le poème lui-même, ou plutôt la possibilité du chant poétique, le parcours de la langue du poème – que le traducteur respecte de très près – résistent et, si je peux dire, vont vers la vérité de cette langue, vers la vérité qui se cache, comme le motif dans le tapis, dans l’essence de ce qu’est la parole poétique.

D’autre part, le livre recouvre dix années du travail du poète, de 1931 à 1942, avec une sorte de constance, de lyrisme où, ni l’effet de vers tels que : Le cœur émerveillé/ J’ai interrogé mon cœur émerveillé/ J’ai dit à mon cœur la merveille, qui sont comme une aigrette verbale, un salto, depuis quoi l’effet ne se dilapide pas, ni le mélange habile des affaires des jours et celles de la métaphysique, n’épuisent l’impression de ravissement de l’ouvrage. Il y a, si je puis dire, un peu, voire beaucoup de sens et signification accumulés et qui portent très haut le livre – qui d’ailleurs vont bien à J.-Y. Masson, me semble-t-il, à cause d’un soin identique pour sa propre poésie.

"Moi et Toi" et "Je n'ai pas peur", deux livres de Niccolò Ammaniti

Ecrit par Alexandre Muller , le Samedi, 13 Octobre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Moi et Toi, Niccolò Ammaniti, éditions Robert Laffont, traduit de l’italien par Myriem Bouzaher, 23 Août 2012, 15 €

suivi de Je n’ai pas peur, Niccolò Ammaniti, éditions Robert Laffont, traduit de l’italien par Myriem Bouzaher, 23 Août 2012, 20 €

 

162 pages. Une fois entre vos mains vous pourriez vous dire il sera vite lu, trop vite. Certes. Une à trois heures suffisent. C’est dur de tirer juste ce qu’il faut en écrire pour ne pas gâcher l’envie. 162 pages, à la louche 30.000 mots. Lesquels emprunter ? Arracher quelques feuilles à un jeune chêne, c’est lui faire prendre un risque. Mais un jeune chêne reste un chêne, contenant toute l’énergie de l’arbre adulte. Lire un livre c’est un peu voir grandir un arbre. On ne découvre qu’à la fin l’envergure de sa ramure.

Parfois 162 pages marquent plus que mille.

La poésie et les notes d'Antoine Émaz : au plus près (1/2)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 12 Octobre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Caisse claire, poèmes, 1990-1997, anthologie établie par François-Marie Deyrolle, postface de Jean-Patrick Courtois, Points, collection Points. Poésie, 2007, 231 pages, 7,60 €

Sauf, encres de Djamel Meskache, Tarabuste, collection Reprises, 2011, 330 p., 13 €

Cuisine, publie.net, collection Temps réel, 2012, 240 pages, 3,99 €

Cambouis, publie.net, collection Temps réel, 2010, 268 pages, 3,49 €

 

Chaque poème d’Antoine Émaz est force percussive du peu, au plus près des choses, au plus ras du réel.

Il s’agit de dire ce qui est, précisément.

Le poème est os, le plus souvent, même si parfois il est coulée de boue.

Baltimore, crime city, USA

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 08 Octobre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

L’histoire regorge d’auteurs attachés à une région ou une ville. De ce côté-là, on pourrait donc penser que David Simon ne joue pas vraiment la carte de l’originalité. Après une carrière de journaliste au Baltimore Sun, c’est à cette ville qu’il a consacré la plus grande part de son œuvre littéraire et télévisuelle.

Ville assez peu connue, fuie par les touristes et, pour tout dire, a priori assez peu sexy avec son taux de criminalité flirtant avec celui d’un État d’Amérique centrale, Baltimore est le centre de l’œuvre de David Simon. Et plus précisément la criminalité à Baltimore comme miroir d’une société déliquescente qui abandonne une part de sa population aux affres de la drogue, de la violence, du manque d’éducation, bref qui exclut.

En France, c’est la formidable série The Wire (Sur écoute), coproduite et scénarisée avec Ed Burns qui a vraiment fait connaître David Simon. Fresque sur le trafic de drogue à Baltimore alternant les points de vue des policiers, des divers échelons de trafiquants, des consommateurs mais aussi des hommes politiques, des journalistes, des enseignants ou encore des dockers, The Wire, avec l’aide de coscénaristes aussi prestigieux que Richard Price, George Pelecanos ou Dennis Lehane, est un fascinant tableau d’ensemble qui vient clore des années de travail pour David Simon.