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Etudes

Le cubisme, une esthétique de la surface (2)

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Vendredi, 16 Novembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Le personnage amuï ou la parole impuissante

 

Dans Martereau, la métamorphose de l’être en château fort témoigne d’un langage qui ne cache que mieux l’être :

 

Bien protégés. À l’abri derrière leurs mots. Personne ne pourrait parvenir à s’accrocher au rempart lisse de leurs discours et à arriver jusqu’à eux, là où ils se tiennent tapis lâchement et nous épient (26).

 

De même, les personnages de Claude Simon se parlent, mais ne saisissent que très rarement la signification des paroles de l’autre. Leur conversation ressemble davantage à des monologues prononcés simultanément où les répliques se confondent sans aucune communication. Par ailleurs, les personnages ne s’écoutant pas, toutes leurs paroles tombent dans le silence. C’est le cas de ceux de La Route des Flandres :

Rythme et cadence, en musique et en poésie

, le Mercredi, 14 Novembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

On dit souvent que la poésie d’aujourd’hui est écrite en « vers libres ». Quelle expression trompeuse ! On pourrait penser que les poètes, trouvant trop contraignantes les règles de la poésie classique, ont voulu s’en affranchir, cédant à la mode de l’époque qui refuse pénibilité et discipline.

Ce n’est pas totalement faux. L’irruption vers la fin du 19ème et tout au cours du vingtième siècle de poésies étrangères traduites dans notre langue, a accrédité l’idée qu’une poésie pouvait être intéressante, voire belle, indépendamment de tout respect de règles rythmiques. Je pense notamment aux traductions de Khalil Gibran, de Walt Whitman ou de Pablo Neruda.

A cela s’est ajouté que bien des poètes, influencés par la psychanalyse alors toute neuve, ne voulurent plus retoucher ce qui leur venait, pensaient-ils, du saint des saints de leurs profondeurs inavouées et retravailler leurs textes pour parvenir à la Beauté. Mais la notion de beauté à cette époque était considérée comme tout à fait ringarde. Du coup, on abandonna tout naturellement le vers classique pour le vers libre.

Le cubisme : une esthétique de la surface (1)

Ecrit par Sophia Dachraoui , le Vendredi, 09 Novembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Le personnage moderne : un simple objet du regard

 

Si la phénoménologie nous a appris qu’il n’est pas de perception « déculturalisée » ni exempte d’une part d’intentionnalité, il n’en reste pas moins que certains romans modernes sont peuplés de regards le plus « désinstrumentalisés » possible. Contemplatif et observateur, le narrateur proustien est prêt à embrasser le monde et à le contenir ou, du moins, à le fixer pour le retenir. Le spectacle du monde est donné par ses yeux. Dans Du côté de chez Swann, le narrateur est souvent observateur et presque jamais observé : on le voit rarement dans le champ de vision, on voit rarement son comportement, on écoute rarement ses paroles, mais on suit souvent le mouvement de son regard. Or, ce procédé, qui consiste à donner l’univers romanesque à travers le regard, est caractéristique de la littérature du Nouveau Roman. N’oublions pas que l’un des noms qu’on a voulu donner à ce mouvement fut « l’école du regard ». Barthes atteste que la perception est le propre du Nouveau Roman :

James Joyce/Lettres à Nora (4/4) - Un lecteur sorcier. Un lecteur de trop

Ecrit par Elisabeth Guerrier , le Jeudi, 08 Novembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Un lecteur sorcier

 

Ajoutée à l’usage de ces éléments biographiques pouvant peut-être donner à la publication de ces lettres une dimension d’éclairage plausible sur l’œuvre, il est nécessaire d’évoquer la présence dans cette préface d’une dimension plus équivoque et tout autant banalisée en tant que justification masquée, une sorte de psychologisation obligée mêlée de caractérologie dont les traits extraits du cours de ces écrits rassemblent dans le dossier de l’écrivain un impressionnant panel pathologique, «  L’attente anxieuse, impatiente, parfois presque hystérique »₁₂ , « On y sent percer un syndrome qui ne fera que s’accentuer »₁₃ « Des moments d’humilité et même d’avilissement quasi masochiste »₁₄,  «  une quête identitaire », « Une fixation fétichiste »₁₅ .

Acuité nosographique qui retourne, lorsqu’est abordée la partie ouvertement érotique, à la solidité incontestée de la valeur descriptive des grands classiques moraux en décrivant la richesse libidinale de ces lettres  comme des « obscénités »₁₆.

Peter Singer, la libération animale

Ecrit par Frédéric Saenen , le Mardi, 06 Novembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

La Libération animale, Peter Singer, traduction de l’anglais par Louise Rousselle, relue par David Olivier, présentation Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Petite bibliothèque Payot, 2012, n°884, 480 pp., 10,65 €

 

En quelques décennies, la « question animale » s’est imposée dans le débat public. Les campagnes de défense, les prises de position de stars ou de personnalités en faveur de tel mammifère menacé ou contre telle pratique jugée indigne (la corrida ou le port de la fourrure par exemple), les créations d’associations et même les décisions concrètes au niveau politique se sont multipliées. Elle semble bien révolue, l’époque où Brigitte Bardot semblait crier seule sur la banquise à l’arrêt du matraquage des bébés phoques aux grands yeux innocents. Les tenants de la cause animale sont désormais légion, et comme il en va dans tout courant d’opinion, leur discours est loin d’être monolithique. À bien y regarder, des sensibilités se dessinent, allant des plus modérées aux plus extrémistes et, aussi bizarre que cela paraisse, dans l’ardente promotion de leur combat, des essayistes (brillants par ailleurs) ne tiennent pas des propos moins aberrants que l’activiste un brin foldingue incarné par Brad Pitt dans L’Armée des 12 singes.