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Etudes

Lumières

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 12 Décembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

A propos de Camera Work dans la collection Photo-Poche 1983

 

Après la lecture des chroniques sur la photographie d’Hervé Guibert qu’il a fait paraître de 1977 à 1985 dans le journal Le Monde, j’ai appris beaucoup. Non seulement sur l’art de chroniquer, grâce à sa manière fine et libre, tout en faisant infuser le sentiment de partage de ce qu’il aime, mais aussi sur la photographie. Dans ce sens, je me suis procuré quelques livres de photographie, de celles que pouvait avoir vues et traitées Guibert dans ses chroniques, et moi aussi m’exercer à ce travail difficile sur l’image.

Ainsi, comment décrire la lumière sirupeuse et plastique de cette nature morte de 1908 du baron de Meyer ? Il faudrait un vocabulaire de glace, de givre ou de cristal pour redire la composition de ces quelques fleurs, pivoines ou nénuphars, qui gisent dans un petit peu d’eau au milieu d’une coupelle plate, laquelle se reflète sur un morceau de table en verre, qui répète la scène voluptueuse et ces deux fleurs qui se perdent dans un reflet aléatoire. Car c’est bien ainsi que la possibilité nous est donnée de dire quelque chose sur la photographie.

Nécessité de lire la poésie contemporaine ... (2/5)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 06 Décembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Ou de l’importance des sites Internet la faisant exister

 

En lisant la poésie contemporaine de cette manière tout à la fois hasardeuse, libre, sauvage et précautionneuse, on la lit en l’éprouvant, en faisant en sorte qu’elle se communique à nos vies et ainsi on fait peu à peu tomber tous les a priori (d’illisibilité) la concernant, car il existe de très nombreuses formes de poésie contemporaine, lesquelles, pour beaucoup d’entre elles, ne résistent pas du tout, ou très peu, face à la compréhension que l’on peut immédiatement en avoir. Immédiatement. Et, pour les autres plus difficiles d’accès, plus audacieuses dans le travail effectué sur la langue, l’illisibilité (toute relative) ou l’inintelligibilité apparente visent à nous pousser à réinventer notre façon de lire, à envisager la langue qui s’offre à nous comme une altérité radicale nous présentant la possibilité d’y être soudain plongé comme en terre étrangère. Merveilleux présent que nous fait la poésie contemporaine qui est celui de nous faire nous sentir en terre étrangère au plus intime de notre terre quotidienne, de notre terre de tous les instants. Nous avons alors, pour reprendre la formulation deleuzienne, en lisant semblable poésie le sentiment d’être étranger au sein de notre propre langue maternelle.

Nécessité de lire la poésie contemporaine ... (1/5)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 28 Novembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

ou De l’importance des sites Internet la faisant exister

 

 

La poésie contemporaine est l’hypostase du quotidien. Hypostase doit être pris ici dans le sens médical de « sédiment » contenu « dans un liquide organique », le courant du quotidien se confondant avec celui héraclitéen d’un liquide, mais au-dedans (devenant par là même « organique »), le quotidien étant le cours du temps et de l’espace (liquide impétueux) qui emporte l’homme plus ou moins loin au-dedans de lui (le mettant face à un soi tout à la fois nouveau et permanent dans le même mouvement, dans un mouvement qui est mouvement constant sans direction), le faisant résonner avec des parties de lui jusqu’ici entrevues seulement, mettant en présence des fragments jamais mis en présence, épousant des recoins qui pouvaient supposément ne pas exister, sans qu’il ait forcément à faire, du reste, le moindre mouvement. Ou peu s’en faut. Le quotidien n’est pas ce qui survient. Le quotidien est uniquement la façon qu’a le dedans d’accueillir.

IGNitiés par Albert Jacquard

Ecrit par Henri-Louis Pallen , le Lundi, 19 Novembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Je voudrais livrer ici mon sentiment global sur l’œuvre d’un homme dont j’ai lu tous les ouvrages (au dernier près) ainsi que sur ses actions d’éveil des consciences. J’ai pu mesurer son acuité et son impact auprès d’un amphithéâtre bondé de professeurs stagiaires au centre IUFM de Saint-Denis où je me trouvais moi-même en charge de leur formation.

Entre le « Feu ! » inaugural de Blaise Pascal qui carboniserait l’âme, et l’à peine moins célèbre «Je fis un feu, l’azur m’ayant abandonné» d’un Eugène Grindel encore en chrysalide, flamme circonscrite au feu de camp ou de cheminée, une lampe frontale se trouve être la seule arme de l’homme venu rencontrer nos étudiants. Si je tiens pour une chance d’être l’un de ses contemporains, c’est que je suis sensible au rayonnement inextinguible de cette lampe et que, Berkeley ou pas, elle ne disparaît pas souvent de ma vue. Oh, pas celle que Diogène tenait allumée en plein jour dans les rues d’Athènes en lançant à la cantonade «Je cherche un homme», loin de là. Sa clarté serait trop crue, et bien sûr cynique. D’abord, entendons-nous bien : il ne la brandit pas. Et ce n’est pas à proprement parler une lampe. Plus petit, plus humble, plus simple. On peut faire l’hypothèse - vision parmi d’autres -, qu’il s’agit de quelque veilleuse, aussi efficace que discrète, et intemporelle. Elle vient du dedans, inhérente à son verbe. Elle trouve sa réalité dans l’adéquation, peu aperçue de façon aussi nette jusqu’alors, entre un discours et une façon d’être au monde.

Belles saisons obscures, Gérard Bocholier

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 17 Novembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Belles saisons obscures, Gérard Bocholier, Ed. Arfyuen, 2012, 10 €

 

La poésie contemporaine (que je ne détache pas du corpus de la poésie en général) cherche. Les poètes sont aux prises avec les possibilités infinies du langage en même temps que défaits par avance par le sujet qui les occupe, et sont donc aujourd’hui en ce sens plus des chercheurs que des créateurs. Je dis cela d’une façon un peu nonchalante, je l’avoue, mais je crois que la part du chercheur est très belle. Dans ce sens, il faut faire confiance au chemin que l’on fait en compagnie de la poésie d’aujourd’hui.

Or voici que quelques jours avant la Toussaint, je traverse le dernier recueil de Gérard Bocholier – que je connais un peu grâce à une entrevue au café Costes du Centre Georges Pompidou –, lequel est animateur d’une revue très sérieuse de littérature contemporaine, revue souvent bien illustrée. Et j’ai bu d’un seul trait, pourrait-on dire, comme on boit un alcool fort, une eau de vie violente, ce livre Belles saisons obscures que publie le très intéressant éditeur Arfuyen. On me pardonnera ainsi les imprécisions, la nervosité de mes paroles qui ne sont que le développement rapide de quelques mots pour cette chronique, qui essaye d’illustrer ce livre dont la couverture représente un ciel d’orage qui convient bien à l’atmosphère de l’ouvrage.