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Etudes

Visions pour une poésie mystique

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 06 Septembre 2011. , dans Etudes, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED


I

Tu et Il.


Cette petite étude n'est pas didactique, mais tient à ma vision personnelle des choses. Interroger la mystique m'interroge d'abord moi-même, et sur ce qui me convient du rapport à l'autre, -l'Autre-, lequel est inclus, fait angle, fait le biais, la pointe, fait l'entrée de l'énigme de soi-même au sein de la chose connue (un peu à l'image de l'étrangeté freudienne). En interrogeant le tu, par exemple, quand je devrais dire il ou nous, ou encore elle et moi, je rends perceptible cette sémantique des pronoms en quoi l'affaire est compliquée. Ce que je cherche, c'est faire le remplacement de la phrase par ce qui lui manque, et donc remplir l'Autre de ma propre question.


La poésie du trait : Bernard Noël, politique du corps

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 05 Septembre 2011. , dans Etudes, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

aux éditions Cercle d’Art (2010).

 

Chantal Colomb-Guillaume dans « Le partage du dit et de l’indicible » qui ouvrait le numéro d’Europe consacré à Bernard Noël avouait implicitement sa tristesse de ne pouvoir reproduire au moins l’un des dessins de l’auteur du Château de Cène : « Trop modeste pour publier dans ce dossier l’un de ses “labyrinthes”, Bernard Noël trouve pourtant dans le dessin une expression complémentaire de l’écriture ». D’où, signifiée à mi-mots, leur importance, comme l’avait fait déjà le directeur de la collection Signes des éditions ENS en choisissant de reproduire un « labyrinthe » de Bernard Noël en couverture de la publication des actes du colloque de Cerisy lui ayant été consacré sous la direction de Fabio Scotto (sous le titre Bernard Noël : le corps du verbe) ; leur importance, flagrante, eu égard à son œuvre dans son ensemble, qui ne s’exprime que dans sa dynamique cherchant à prendre dans le mouvement de l’intellection autant que du vers et de sa brisure qui le redouble la façon dont l’impensé cherche à tendre irrémédiablement vers le pensé, ce dernier n’étant que mouvement de résolution vers le sens (il s’agit en somme de sa pulsation dynamique qui est la vérité de son identité), sans lui laisser, in fine, cette possibilité, l’impensé devenant, avec Bernard Noël, mouvement de presque-résolution.

Un nain géant : Marc Petit et la nouvelle fiction

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 30 Juillet 2011. , dans Etudes, Les Dossiers

La nouvelle fiction . Ecrivain(s): Marc Petit

La nouvelle fiction a généré bien des polémiques et nous ne souhaitons pas ici initier de nouvelles frictions.
Jean-Luc Moreau a fait une magistrale mise au point dont voici la moelle :

1)    Il ne s’agit pas, pour la Nouvelle Fiction, de prôner, ou de seulement prôner, le retour à la fiction et à l’imaginaire, évincés de la littérature ou uniquement acceptés par elle sous des formes strictement codifiées. Le libre exercice de la fiction exclut la mise en récit du supposé réel, toute espèce de fictionnalisation. Au lieu d’être ravalée à une simple technique de feintise et de leurre, destinée à rendre la représentation aussi vraisemblable qu’attrayante, la fiction agit cette fois pour son propre compte et de son propre chef, en pleine autonomie. D’autre part, donner toute sa chance à l’imaginaire, ce n’est pas le mettre en coupe réglée, comme le réalisme le fait du monde extérieur et l’autofiction du moi, c’est le décoloniser, le libérer. « Si l’imagination est une faculté, écrit Hubert Haddad, l’imaginaire reste son domaine inviolé dont elle ne cesse de s’éloigner par des pacotilles, des inventions . » Il y va bien d’une conception nouvelle, ou à tout le moins à contre courant, aussi bien de la fiction que de l’imaginaire.

Les romans de Philippe Sollers : une littérature en situation

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 12 Juin 2011. , dans Etudes, Les Dossiers

À l’occasion de la parution de Trésor d’amour (Gallimard, 2011, 17 euros 90, 213 pages). . Ecrivain(s): Philippe Sollers


Lire un livre de Sollers, c’est toujours faire l’expérience d’une écoute intense, qui soit intérieure, mais tendue comme un fil à se rompre, face à une écriture qui, dans la façon qu’a l’auteur de ciseler son souffle, par le choix notamment de l’emplacement des virgules, est une musique sans cesse gratuite (puisque tout est gratuit, tout ce qui est important et vivant, pour reprendre la pensée chère aux surréalistes et en premier lieu à Breton dont Sollers se sentira très proche très jeune). Sans cesse gratuite et imprévisible. Un exemple ? « Elle est pour toi à l'instant, remer­ciement calme ». Un autre ? Mais oui. « Jamais assez de temps encore, encore ».

Cette écriture cherche, dans ce livre-ci, plus que jamais, à prendre à bras le corps trois entités très chères à l’auteur : Venise, la littérature (en l’occurrence Stendhal) et l’amour.

Hommage à Roberto Bolaño

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Etudes, Les Dossiers, Articles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Hommage à Roberto Bolaño (les citations sont de la main de l’auteur), poète et romancier chilien, né le 28 avril 1953 à Santiago du Chili et décédé à Barcelone le 14 juillet 2003, suite à une longue période de maladie, abandonnant à la vie vierge de lui son épouse espagnole et leurs deux enfants qu’il a appelés « sa seule patrie », à l’occasion de la réédition de 2666 en Folio.


C’est « une étrange journée » pour l’épouse espagnole qui se sent « comme si quelque chose avait crevé à l’intérieur » de soi. Elle reste assise sur le lit, « les pieds posés sur le sol, à essayer de se souvenir de quelque chose de flou » (2666).

Autour d’elle, tous les silences font une ronde. Cela durera des semaines. Peut-être des mois. Des semaines, avant que la ronde ne se brise.

Laisser ses journées et ses nuits lentement s’effilocher dans son lit, laisser la vaisselle s’empiler, ne pas ouvrir les stores. Ne plus même être capable de prononcer son prénom, de l’épeler dans l’intimité vacillante de sa pensée.