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Etudes

Le poème musical

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 17 Juin 2013. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Une étude de Didier Ayres sur : Le Temps ouvre les yeux, Gérard Pfister, Editions Arfuyen, 2013, 12 €

 

Je me trouve devant ma page avec l’objectif de rendre compte de la troisième reprise de la lecture des poèmes de Gérard Pfister, parcours varié et appétant. J’ai pris le parti d’une courte étude de ces neuf grands chapitres composés chacun de distiques aventureux et spirituels, indexés uniquement par des chiffres, sans titres. Un détour indirect ici est utile pour la compréhension de ce que je veux dire. Et cela est rendu possible grâce au sous-titre du livre, Oratorio (sorte d’opéra sacré), qui souligne le destin que le poète espère à son livre. Et c’est très bien choisi de parler de musique au sujet de cette expérience patiente et originale et qui ne se perd pas dans la fonction d’un système formel, mais arrive à toucher tout le temps et produire un effet très intéressant.

Créer "Chef-d'oeuvre" de Christian Lollike

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 05 Juin 2013. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

ou les quatre voix dans la poussière du monde


Simon Delétang est un infatigable guetteur du théâtre d’aujourd’hui. Il a pour lui l’énergie de sa jeunesse et l’on comprend qu’il soit un « frère » du danois Christian Lollike qu’il a été le premier à monter en France en 2011 avec sa pièce Angoisse cosmique ou le jour où Brad Pitt fut atteint de paranoïa. En 2012, il aborde Chef-d’œuvre avec les étudiants du TNB. C’est avec quatre jeunes comédiens de cette équipe qu’il revient sur le texte qu’il crée en traduction française aux Ateliers à Lyon, en mai 2013, théâtre dont il fut jusqu’à récemment co-directeur.

Le texte s’interroge sur le spectacle du monde, celui sans doute qui n’eut pas d’égal dans la mémoire des hommes : le 9/II à New York. Est-ce bien lui le chef-d’œuvre absolu, plus que l’acte guerrier et terroriste, des images en direct live pour nourrir le monstre CNN ? Lollike ne peut donner à voir et à entendre la pièce sur les étrangers qui semblait initialement prévue. Il faudra faire concourir toutes les horreurs du monde : Rwanda, famine africaine, Titanic, Beslan. Le monde ne serait-il devenu qu’un immense reality-show ?

"Je suis un homme écrit" - La beauté de vivre de Jean-Paul Dadelsen

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 21 Mai 2013. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Petite discussion sur La Beauté de vivre de Jean-Paul de Dadelsen

 

Pour tout dire, cette petite étude est écrite sous la dictée morale d’une intention et d’un goût personnels, que ce livre de Jean-Paul Dadelsen est venu raviver et éclairer avec franchise. Car, grâce à la lecture du livre hybride de cet auteur alsacien que certains connaissent, j’ai retrouvé en moi de difficiles interrogations qui méritent peut-être d’être écrites aujourd’hui. Le poète voit le jour en 1913, et ce livre sort en librairie pour la célébration du centenaire de la naissance de l’auteur. Ce n’est pas à proprement parler un recueil de poèmes, ni un livre de correspondances, ni encore un livre de souvenirs, et l’éditeur a choisi un angle d’attaque très original au regard de ce projet de célébration de l’anniversaire du poète, et a réuni des lettres, poèmes et témoignages qui retracent les tout premiers pas littéraires du poète, en regardant ce que celui-ci produisait autour de sa relation affectueuse et tendre avec son oncle Eric. Un poète était en train de naître, et on le voit s’épanouir en ses années de jeunesse, au milieu de cette relation étroite qui de 1929 à 1936 liera les deux hommes, entre Strasbourg et Paris notamment.

Conjecture sur l'hybridité

Ecrit par Didier Ayres , le Vendredi, 03 Mai 2013. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

À l’occasion de l’exposition Africa remix au Centre Georges Pompidou, qui a eu lieu de mai à août 2005 dans la galerie 1 du musée, les Editions du Centre Pompidou avaient publié un petit catalogue qui donne à voir, avec assez de précisions, des travaux d’arts visuels issus des activités des plasticiens africains contemporains. C’est un peu par hasard que j’ai acquis ce livre, dans une bouquinerie pour tout dire, et j’ai trouvé que le parti de montrer les œuvres sans presque de commentaires ni préface, était intéressant et remarquable. En tout cas, il m’a inspiré cette petite rêverie sur l’hybridité, et j’espère que cette discussion trouvera un écho et pourra se justifier de ce bon fondement. Car, comme dans l’entrée Ville et terre du catalogue, j’ai découvert une sculpture de Bodys Isek Kingelez, qui imagine un Kinshasa du troisième millénaire, l’Afrique m’a bondi aux yeux. Oui, avec ces espèces de bouteilles thermos des années 60 en guise d’immeubles – ou est-ce le contraire ? – ces constructions de lego qui figure des buildings et des gratte-ciel futuristes, je me suis trouvé bien à l’aise pour commencer de disserter en moi-même sur la porosité de l’expression africaine contemporaine, en tout cas telle que la propose cette exposition, et surtout le catalogue qui en est issu.

Propos sur Poèmes d'août de Maria Ângela Alvim

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 09 Avril 2013. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Quelques propos sur les Poèmes d’août, Maria Ângela Alvim, ed. Arfuyen, coll. Ombre, 2000, 14 €

 

Hymne aux choses abstraites

 

Comment expliquer le choix de livrer quelques mots sur ce livre paru en 2000 aux éditions Arfuyen, de la poétesse Maria Ângela Alvim, sinon, comme si l’idée des anges de la grâce – chère au cœur de Jean Tauler – pouvait s’appliquer au monde des livres. Car, je ne sais plus depuis quand ni pourquoi ce livre est dans ma bibliothèque, ni pourquoi encore une fois, je l’ai sorti du rayonnage, sinon par une vive nécessité – qu’expliquerait peut-être la mystique rhénane. Je dis « encore » mais il faudrait dire « à nouveau ». Comme quelque chose de non concret, de diffus, qu’il faut recommencer. Juste cette musique qui va l’amble de la musique des poèmes, tout à fait baignés de la lumière crépusculaire du suicide de Maria Ângela en 1959 à l’âge de trente-trois ans.