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Etudes

Cap au pire, Samuel Beckett

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 27 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Cap au pire, Samuel Beckett, traduit de l’anglais par Edith Fournier, 1991, 64 pages, 8,60 €

Seul l’acte de résistance résiste à la mort, soit sous la forme d’une œuvre d’art soit sous la forme d’une lutte des hommes.

Deleuze

Celui qui ne résiste pas ne se rendra jamais

Thoreau

 

Beckett a résisté à faire du Beckett. Chaque œuvre, chaque phrase, chaque mot, chaque lettre, résiste à la littérature pour tracer des lignes de fuite vers le cinéma, le théâtre, la philosophie, la poésie, la logique, le sens et les sons. Seulement et simplement vers. Chaque phrasé est un personnage et inversement. Les événements arrêtés fuient de toutes parts. Un homme dans une poubelle : une vie entière. Pas d’analyse. Rien que du constat. En attendant Godot :

« – Le temps s’est arrêté… « – Tout ce que vous voulez, mais pas ça ».

Entre les paranos qui voient du sens partout et les cons qui jugent absurde tout ce qui les gêne, les tragédies humaines oscillent avec humour.

A propos de "La mort aux trousses" d'Hitchcock. Deux lectures

Ecrit par Yasmina Mahdi, Didier Ayres , le Mardi, 22 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

1. Synopsis 1959

"La Mort aux trousses"d'Alfred Hitchcock par Yasmina MAHDI

 

Sous le titre français qui sonne comme celui d'un roman policier, on voit au générique le vrai nom anglais, "North by Northwest", enroulé comme un noeud de Moebius, c'est-à-dire une impasse, un nom qui ne veut rien dire. Un titre qui, comme le plan de la plongée vertigineuse du haut du toit de l'immeuble des Nations-Unies à New-York sur le bassin circulaire et le jardin qui s'arrondit en coin, le tout encadré et bloqué par les fenêtres cellulaires du gratte-ciel, se trouve sans issue. Comme un constat. Une vision aveugle. Un angle mort. Le film est célèbre car chacun s'est approprié la course-poursuite d'un homme traqué, se retrouvant seul attaqué par un avion. Détournement du sens ou anticipation de détournements d'avions ? Guerre froide derrière le saupoudrage d'informations, (nocif comme l'épandage), d'images de femmes et d'hommes élégants, impeccables, - sorte de gravure de mode des années 60 -, adeptes du modernisme, (et de l'individualisme), du bien-penser et du bien-manger, agents de la propagande d'un peuple sain d'Amérique ? Continent débarrassé de ses scories, espions venus de l'Est, trafiquants, usurpateurs politiques ?

Voyage avec Frédéric Boyer dans la question brûlante du "nous" (2)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 12 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Frédéric Boyer, Phèdre les oiseaux, suivi de Texte pour une voix off (Thésée) et de Chants pour d’autres voix, P.O.L, 2012, 106 pages, 12 e ; Personne ne meurt jamais, P.O.L, 2012, 170 pages, 13 € ; Techniques de l’amour, P.O.L, 2010, 83 pages, 10,65 €

 

L’on sait en outre que l’amour est tout sauf commun, quand bien même il est la chose la moins inattendue. Cette expérience de l’amour, parce qu’elle est partagée par tous, est commune à chacun d’entre nous. Mais alors, l’amour serait-il lui-même commun ? L’on pourrait le penser. Car l’on aime finalement dès l’aube de sa vie. « Dès le ventre de [s]a mère [on] aim[e] quelqu’un ». En réalité, il n’en est rien. L’amour revêt toujours un caractère inédit. On aime toujours pour la première fois, quel que soit le nombre de fois où l’on a pu aimer, du reste. L’amour est toujours une première fois. Comme si, en aimant, en tombant amoureux puis en laissant l’amour s’installer en lui, l’amoureux naissait à sa vision, à son ressenti pour la toute première fois. Naissait à lui-même, en même temps qu’au monde, et à la vie.

L'étranger dans l'art (3)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 09 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Les nations européennes se vautrent dans l'opulence la plus ostentatoire. Cette opulence européenne est littéralement scandaleuse car elle a été bâtie sur le dos des esclaves, elle s'est nourrie du sang des esclaves, elle vient en droite ligne du sol et du sous-sol de ce monde sous-développé. Le bien-être et le progrès de l'Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. Cela nous décidons de ne plus l'oublier.

"Les Damnés de la Terre", Frantz Fanon

 

Deux dates cadrent étrangement: la mort de Matisse le 3 novembre 1954 et le début de l'insurrection algérienne le 1er novembre 1954. Les poncifs de la "grande nuit orientale", de ses "mystères impénétrables" sapent les traces de l'histoire et la violence de ses rencontres, d'"une nuit sans fin qui met à l'abri" [le sujet] "des réveils de l'histoire". (P. Vaudray) Les arts d'Afrique, d'Asie et d'Océanie, sont exposés dans différents musées, objets éparpillés, privés de leur sens initial, méconnaissables, fragmentaires. Ils survivent comme trophées vêtus de la domination occidentale.

Voyage avec Frédéric Boyer dans la question brûlante du "nous" (1)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 06 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Frédéric Boyer, Phèdre les oiseaux, suivi de Texte pour une voix off (Thésée) et de Chants pour d’autres voix, P.O.L, 2012, 106 pages, 12 € ; Personne ne meurt jamais, P.O.L, 2012, 170 pages, 13 € ; Techniques de l’amour, P.O.L, 2010, 83 pages, 10,65 €

 

Lire Frédéric Boyer, l’une des plus intenses voix qui ne forçant jamais son cours parvient toujours à l’inédit d’une évocation, au grain de peau d’une pensée qui jamais ne force sa diction mais toujours cherche la vérité d’une apparition, c’est plonger dans les méandres du « nous ».

Cette voix, deux parutions récentes (je ne parle pas ici de Sexy Lamb) nous donnent l’occasion de l’écouter, de nous en imprégner ; c’est la même voix qui chemine, sans cesse recommencée, livre après livre, sans cesse évanouie lorsque nos mains reprennent leur lente danse des gestes du quotidien, sans cesse évanouie et pourtant sans cesse renaissante, lorsque nos mains quittent leur danse du quotidien pour retrouver la danse de la diction de l’amour, dans la tendresse et le questionnement que nos paumes tracent sur les choses et les êtres.