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Éphémérides créatives : Georges Simenon et Stéphane Mallarmé, par Jean-Marc Dupont

Ecrit par Jean-Marc Dupont le 24.09.18 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Éphémérides créatives : Georges Simenon et Stéphane Mallarmé, par Jean-Marc Dupont

 

4 Septembre : éphémérides créatives (I), Georges Simenon : « mots-matière »

Le 4 septembre 1989, disparition de l’écrivain belge francophone Georges Simenon (né le 13 février 1903). On lui doit par exemple : 103 épisodes de Maigret, 117 romans représentant au total 1800 lieux du monde entier et plus de 9000 personnages :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Simenon

Ici [1] Anne Mathonet rappelle ces mots de Simenon pour mieux comprendre son travail :

« Une pomme peinte par Cézanne, par exemple, a du poids. En trois coups de pinceau, elle a du jus et tout. J’essayais de donner à mes mots le même poids que Cézanne donnait à une pomme. C’est pourquoi j’emploie presque toujours des mots concrets. J’essaie d’éviter les mots abstraits ou poétiques, “crépuscules”, par exemple. C’est très joli, mais ça ne donne rien ».

Elle explique aussi que « cette obsession du regard voilé ou déformé par de trop gros verres prouve, en fait, par l’absurde, l’importance que Simenon accorde à l’analyse morphopsychologique des yeux et du regard. Les verres sont clairement désignés comme un obstacle à une véritable relation avec le personnage parce qu’ils ne laissent rien deviner de lui. Simenon induit alors, par le biais de l’absurde volonté de se cacher qu’il impute aux myopes, un trait psychologique particulier. Ces corrélations “physique – explication psychologique” que l’auteur a établies pour des centaines de personnages se révèlent être une technique créative très efficace. On pourrait peut-être même désigner la formule “œil (ou regard) = indice mental” comme l’une des “formules-matière” qui participent au secret de son écriture. Car le corps et l’esprit se prêtent mutuellement vie pour animer la description ».

Dans cette étude [*] Joanna Pychowska explique les quelques étapes dans chaque enquête de Maigret dont la première est sortie en 1931 (Pietr-le-Letton) : phase d’observation, phase d’éponge, phase de rumination, phase d’expulsion, phase de vérification de l’hypothèse [a]

« Je crois que ce que les critiques appellent mon “atmosphère” n’est rien d’autre que l’impressionnisme du peintre adapté à la littérature ». Et d’ajouter : « les mots matières sont les équivalents des couleurs pures », Georges Simenon [1].

 

[1] Regard et voyeurisme dans l’œuvre romanesque de Simenon, par Anne Mathonet :

http://www.edplg.be/index.php?page=item&id=207

[*] « Créativité dans l’enseignement de la littérature : Georges Simenon et quelques propositions de la lecture/écriture de ses romans » :

http://gerflint.fr/Base/Pologne1/creativite.pdf

[a] Ce qui n’est pas si éloigné d’un processus de créativité à la Poincaré ou Wallas en 4 temps (préparation, incubation, illumination, vérification), mieux encore la phase d’éponge ressemble à celle de l’empathie du Design Thinking.

 

9 Septembre : éphémérides créatives (I),Stéphane Mallarmé : « Peindre non la chose mais son effet » – « Ce n’est pas avec des idées qu’on fait des vers, c’est avec des mots »


Le 9 septembre 1898, disparition du poète français Stéphane Mallarmé (né le 18 mars 1842)

http://www.musee-mallarme.fr/

Et pour explorer divers aspects de son œuvre :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Stéphane_Mallarmé

Avec Un coup de dés jamais n’abolira le hasard, poème composé en vers libres et paru en 1897 dans la revue Cosmopolis, Stéphane Mallarmé a créé l’un des tout premiers poèmes typographiques de la littérature française.

A consulter ici « tel que Mallarmé le fit composer en rares caractères Didot pour le projet d’édition Vollard de 1897, restitué par Michel Pierson & Ptyx en 2002 à partir des photographies des épreuves conservées à la BNF » :

http://www.coupdedes.com/rubrique1.html

Et à télécharger là :

http://coupdedes.com/images/coupdedes.pdf

Cet article faisant suite à une énième tentative de décrypter ce poème que l’on doit au philosophe Quentin Meillassoux [*] :

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110928.OBS1316/le-coup-de-des-enfin-decode.html

Ici [1] Jean Cottraux évoque ce vers de Mallarmé – le transparent glacier des vols qui n’ont pas fui !– pour illustrer la pensée janusienne et les représentations homospatiales, puissants leviers créatifs, rappelant du coup l’importance de la métaphore dans sa poésie, en particulier celle dite « du pli » comme le rappelle le professeur Pierre-Henry Frangne dans [**] :

Ainsi, « Comme l’on sait, Mallarmé utilise partout la métaphore du pli. C’est que la poésie et le vers qui en est l’opérateur principal et le plus évident, ne sont que des plis dans la langue. Créer, c’est plier, replier, déplier une matière verbale qui possède déjà ses propres plis c’est-à-dire ses propres lois de fonctionnement et ses propres structures. […] La création n’est toujours qu’une recréation et le faire poétique n’est simplement qu’un refaire : un refaire autrement dont la nouveauté existait pourtant enfouie dans les mots et dans les lois ancestrales de leur assemblage ».

« Un poème est un mystère dont le lecteur doit chercher la clef », Stéphane Mallarmé

 

[*] Le Nombre et la sirène. Un déchiffrage du Coup de dés de Stéphane Mallarmé, par Quentin Meillassoux :

http://www.fayard.fr/le-nombre-et-la-sirene-9782213665917

Et l’avis de Bertrand Marchal, professeur à la Sorbonne et éditeur de Mallarmé dans la Pléiade :

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110929.OBS1387/suis-je-convaincu-par-le-mallarme-de-meillassoux.html

[1] À chacun sa créativité, par Jean Cottraux :

http://www.odilejacob.fr/catalogue/psychologie/developpement-personnel/a-chacun-sa-creativite_9782738123152.php

[**] Création et décréation : Mallarmé et les apories de la création(in WikiCréation, 2013)

http://www.wikicreation.fr/upload/Pierrehenry_frangne_fr.pdf

 

Jean-Marc Dupont

 


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A propos du rédacteur

Jean-Marc Dupont

 

Jean-Marc Dupont est né en 1968